Gilles Deleuze, CINEMA 1 : "Mais on dirait que (...) ce qui compte pour Ford, c'est que la communauté puisse se faire sur elle-même certaines illusions. Ce serait la grande différence entre les milieux sains et les milieux pathogènes. Jack London écrivait de belles pages pour montrer que, finalement, la communauté alcoolique est sans illusion sur elle-même. Loin de faire rêver, l'acool "refuse de laisser rêver le rêveur", il agit comme une "raison pure" qui nous convainc que la vie est une mascarade, la communauté, une jungle, la vie, un désespoir (d'où le ricanement de l'alcoolique). On pourrait en dire autant des communautés criminelles. Au contraire, une communauté est saine tant que règne une sorte de consensus qui lui permet de se faire des illusions sur elle-même, sur ses motifs, sur ses désirs et ses convoitises, sur ses valeurs et ses idéaux : illusions "vitales", illusions réalistes plus vraies que la vérité pure. C'est aussi le point de vue de Ford qui, dès "Le mouchard", montrait la dégradation presque expressionniste d'un traître dénonciateur, en tant qu'il ne pouvait plus se faire d'illusion. On ne pourra donc pas reprocher au rêve américain de n'être qu'un rêve : c'est ainsi qu'il se veut, tirant toute sa puissance de ce qu'il est un rêve. La société change et ne cesse de changer, pour Ford comme pour Vidor, mais ses changements se font dans un Englobant qui les couvre et les bénit d'une saine illusion comme continuité de la nation. 
Finalement, le cinéma américain n'a pas cessé de tourner et retourner un même film fondamental, qui était Naissance d'une nation-civilisation, dont Griffith avait donné la première version."

(Gilles Deleuze, CINEMA 1 : L'IMAGE-MOUVEMENT, L'image-action : La grande forme, Les Editions de Minuit, pages 204-205)

NAISSANCE D'UNE NATION - THE BIRTH OF A NATION - GRIFFITH