Catherine Samie : la grand-mère du narrateur, Micha Lescot : Marcel / Le narrateur, À la recherche du temps perdu,  Nina Companeez 2011

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Catherine Samie

Marcel's grandmother / Grand'mère du narrateur

"Nous fûmes heureusement très vite débarrassés de la fille de Françoise qui eut à s'absenter plusieurs semaines. Aux conseils habituels qu'on donnait, à Combray, à la famille d'un malade : « Vous n'avez pas essayé d'un petit voyage, le changement d'air, retrouver l'appétit, etc... » elle avait ajouté l'idée presque unique qu'elle s'était spécialement forgée et qu'ainsi elle répétait chaque fois qu'on la voyait, sans se lasser, et comme pour l'enfoncer dans la tête des autres : « Elle aurait dû se soigner radicalement dès le début. » Elle ne préconisait pas un genre de cure plutôt qu'un autre, pourvu que cette cure fût radicale. Quant à Françoise, elle voyait qu'on donnait peu de médicaments à ma grand'mère. Comme, selon elle, ils ne servent qu'à vous abîmer l'estomac, elle en était heureuse, mais plus encore humiliée. Elle avait dans le Midi des cousins – riches relativement – dont la fille, tombée malade en pleine adolescence, était morte à vingt-trois ans ; pendant quelques années le père et la mère s'étaient ruinés en remèdes, en docteurs différents, en pérégrinations d'une « station » thermale à une autre, jusqu'au décès. Or cela paraissait à Françoise, pour ces parents-là, une espèce de luxe, comme s'ils avaient eu des chevaux de courses, un château. Eux-mêmes, si affligés qu'ils fussent, tiraient une certaine vanité de tant de dépenses. Ils n'avaient plus rien, ni surtout le bien le plus précieux, leur enfant, mais ils aimaient à répéter qu'ils avaient fait pour elle autant et plus que les gens les plus riches. Les rayons ultra-violets, à l'action desquels on avait, plusieurs fois par jour, pendant des mois, soumis la malheureuse, les flattaient particulièrement. Le père, enorgueilli dans sa douleur par une espèce de gloire, en arrivait quelquefois à parler de sa fille comme d'une étoile de l'Opéra pour laquelle il se fût ruiné. Françoise n'était pas insensible à tant de mise en scène ; celle qui entourait la maladie de ma grand'mère lui semblait un peu pauvre, bonne pour une maladie sur un petit théâtre de province."

PHOTO :
Catherine Samie : la grand-mère du narrateur,
Micha Lescot : Marcel / Le narrateur, 
À la recherche du temps perdu,  Nina Companeez 2011

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ENGLISH. Marcel Proust, Translated from the French by C. K. Scott Moncrieff: 

"Luckily for ourselves, we were soon rid of Françoise’s daughter, who was obliged to be away for some weeks. To the regular stock of advice which people at Combray gave to the family of an invalid: “You haven’t tried taking him away for a little... the change of air, you know... pick up an appetite... etc?” she had added the almost unique idea, which she had specially created in her own imagination, and repeated accordingly whenever we saw her, without fail, as though hoping by dint of reiteration to force it through the thickness of people’s heads: “She ought to have taken herself in hand radically from the first.” She did not recommend any one cure rather than another, provided that it were ‘radical.’ As for Françoise herself, she noticed that we were not giving my grandmother many medicines. Since, according to her, they only destroyed the stomach, she was quite glad of this, but at the same time even more humiliated. She had, in the South of France, some cousins — relatively well-to-do — whose daughter, after falling ill just as she was growing up, had died at twenty-three; for several years the father and mother had ruined themselves on drugs, on different doctors, on pilgrimages from one watering-place to another, until her decease. Now all this seemed to Françoise, for the parents in question, a kind of luxury, as though they had owned racehorses, or a Place in the country. They themselves, in the midst of their affliction, derived a certain gratification from the thought of such lavish expenditure. They had now nothing left, least of all their most precious possession, their child, but they did enjoy telling people how they had done as much for her and more than the richest in the land. The ultra-violet rays to the action of which, several times a day for months on end, the poor girl had been subjected, delighted them more than anything. The father, elated in his grief by the glory of it all, was led to speak of his daughter at times as of an operatic star for whose sake he had ruined himself. Françoise was not unmoved by this wealth of scenic effect; that which framed my grandmother’s sickbed seemed to her a trifle meagre, suited rather to an illness on the stage of a small provincial theatre."