GEORGES THILL - CESAR VEZZANI - RACHEL, QUAND DU SEIGNEUR - LA JUIVE - Jacques Fromental Halevy


GEORGES THILL - 1930 - RACHEL, QUAND DU SEIGNEUR - LA JUIVE - Jacques Fromental Halevy

"La patronne qui ne connaissait pas l’opéra d’Halévy
ignorait pourquoi j’avais pris l’habitude de dire:
«Rachel quand du Seigneur»."

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

Rachel, quand du Seigneur
La grâce tutélaire
A mes tremblantes mains confia ton berceau,
J'avais à ton bonheur
Voué ma vie entière.
Et c'est moi qui te livre au bourreau!
J'avais à ton bonheur
Voué ma vie entière,
Et c'est moi qui te livre au bourreau,
Et c'est moi qui te livre au bourreau!
Mais j'entends une voix qui me crie:
Sauvez-moi de la mort qui m'attend!
Je suis jeune et je tiens à la vie,
Ô mon père épargnez votre enfant,
Je suis jeune et je tiens à la vie,
Ô mon père, ô mon père, épargnez votre enfant!
Ah! Rachel, quand du Seigneur
La grâce tutélaire
A mes tremblantes mains confia ton berceau,
J'avais à ton bonheur
Voué ma vie entière.
Et c'est moi qui te livre au bourreau,
Et c'est moi qui te livre au bourreau!
Et c'est moi qui te livre au bourreau,
Rachel, je te livre au bourreau!
Rachel, c'est moi, moi,
moi qui te livre au bourreau!
Et d'un mot, et d'un mot arrêtant la sentence,
D'un mot arrêtant la sentence
Je puis te soustraire au trépas!
Ah! j'abjure à jamais ma vengeance,
J'abjure à jamais ma vengeance,
Rachel, non tu ne mourras pas!



Cesar Vezzani - RACHEL, QUAND DU SEIGNEUR - LA JUIVE - Jacques Fromental Halevy


"Originaire de Bastia en Corse, César Vezzani a été surnommé
l’« Empereur des ténors » par le tsar Nicolas II.

Sans aucun doute l'une des plus grandes voix de tous les temps,
il aura brillé jusqu'au palais impérial de Saint-Pétersbourg." (WP)

"Rachel quand du Seigneur" chez Proust, rencontrée par le narrateur au bordel, avant qu'elle ne devienne le grand amour de Robert de Saint-Loup:

"La patronne de cette maison ne connaissait aucune des femmes qu’on lui demandait et en proposait toujours dont on n’aurait pas voulu. Elle m’en vantait surtout une, une dont, avec un sourire plein de promesses (comme si ç‘avait été une rareté et un régal), elle disait: «C’est une Juive! Ça ne vous dit rien?» (C’est sans doute à cause de cela qu’elle l’appelait Rachel.) Et avec une exaltation niaise et factice qu’elle espérait être communicative, et qui finissait sur un râle presque de jouissance: «Pensez donc mon petit, une juive, il me semble que ça doit être affolant! Rah!»

Cette Rachel, que j’aperçus sans qu’elle me vît, était brune, pas jolie, mais avait l’air intelligent, et non sans passer un bout de langue sur ses lèvres, souriait d’un air plein d’impertinence aux michés qu’on lui présentait et que j’entendais entamer la conversation avec elle. Son mince et étroit visage était entouré de cheveux noirs et frisés, irréguliers comme s’ils avaient été indiqués par des hachures dans un lavis, à l’encre de Chine.

Chaque fois je promettais à la patronne qui me la proposait avec une insistance particulière en vantant sa grande intelligence et son instruction que je ne manquerais pas un jour de venir tout exprès pour faire la connaissance de Rachel surnommée par moi «Rachel quand du Seigneur».

Mais le premier soir j’avais entendu celle-ci au moment où elle s’en allait, dire à la patronne:— «Alors c’est entendu, demain je suis libre, si vous avez quelqu’un, vous n’oublierez pas de me faire chercher.»

Et ces mots m’avaient empêché de voir en elle une personne parce qu’ils me l’avaient fait classer immédiatement dans une catégorie générale de femmes dont l’habitude commune à toutes était de venir là le soir voir s’il n’y avait pas un louis ou deux à gagner. Elle variait seulement la forme de sa phrase en disant:
— «Si vous avez besoin de moi», ou «si vous avez besoin de quelqu’un.»

La patronne qui ne connaissait pas l’opéra d’Halévy ignorait pourquoi j’avais pris l’habitude de dire: «Rachel quand du Seigneur». Mais ne pas la comprendre n’a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle et c’est chaque fois en riant de tout son coeur qu’elle me disait:

«— Alors, ce n’est pas encore pour ce soir que je vous unis à «Rachel quand du Seigneur»? «Comment dites-vous cela: «Rachel quand du Seigneur!» Ah! ça c’est très bien trouvé. Je vais vous fiancer. Vous verrez que vous ne le regretterez pas.»

MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
AUTOUR DE MME SWANN - A L OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS