Dans la femme - CALMOS - BERTRAND BLIER Jean-Pierre Marielle, Bernard Blier, Jean Rochefort

Jean-Pierre Marielle, Bernard Blier, Jean Rochefort dans CALMOS de Bertrand Blier

"Personne n’a vu ce film. Dans la filmographie du dynamitero Bertrand Blier, il existe un film inconnu. Oublié, enterré, à la manière des bâtards qu'on cache à la cave. On connaît "Les valseuses", en 1974, avec le couple Depardieu-Dewaere. Deux ans plus tard, « Préparez vos mouchoirs », toujours les mêmes lascars à l’affiche. Mais entre les deux, en 1975, figure une pépite, jetée aux ordures depuis longtemps. Le film s’appelle « Calmos ».

C’est une expérience dont on se
relève pantois, malpoli et piètre
gentleman. Une distribution
baroque : les ducs Marielle et
Rochefort, le surréaliste Piéplu, le
ruffian Bernard Blier en curé et une
ribambelle de seconds rôles
trash-beauf (Gérard Jugnot, Sylvie
Joly, Brigitte Fossey…).

Le scénario est un vague prétexte
au délire, à l’errance et à la provo.
Deux bonhommes, Rochefort et
Marielle, exténués par les femmes,
abandonnent tout pour aller vivre
au plein air, à la fraîche.
Décontractés du gland, à la
manière de Dewaere et Depardieu
dans Les Valseuses, les deux
loufiats font table rase et
s’installent dans un village perdu.
Ils y rencontrent un curé truculent
et soiffard (Bernard Blier), qui les
initie à la bonne bouffe.

Bientôt, leur exemple inspire des
milliers d’hommes. Des cohortes
de mâles déboussolés quittent les
villes, fuyant l’hystérie féministe
des années 70. Le film, déjà
furieux, vire alors au n’importe
quoi. Rochefort et Marielle sont
arrêtés par un escadron
d’amazones nympho. Puis
enfermés dans une clinique,
transformés en chauds-lapins de
laboratoire.

Au palmarès du kitsch, la scène
finale fait figure de perle.
D’anthologie. Revenus à un état
néanderthalien, Marielle et
Rochefort rétrécissent. Ils
deviennent minuscules, lilliputiens.
Après un baroud aérien
hallucinatoire, ils tombent dans un
gouffre moite et flasque. On
s’interroge : qu’est-ce que c’est
que cette séance de spéléologie?
En fait, Marielle et Rochefort ont
échoué dans le sexe géant d’une
sorte d’Eve qui bronze sur une
plage digne des meilleurs pub Fa
Douche. Cette scène en
carton-pâte est une farce énorme.
C’est aussi un clin d’œil à une
nouvelle de Charles Bukowski
dans « Contes de la folie ordinaire
» (un homme, devenu minuscule,
se réfugie dans un utérus, à l’abri
du monde).

Attentat au bon goût, « Calmos »
fut un fiasco financier. Les critiques
le détestent. Trop rabelaisien, trop
gras, trop carnavalesque, trop
franchouillard. Pour Le Monde,
c’est « une lourde satire du
féminisme ». D’autres, plus
indulgents, le considèrent comme
« un canular anti MLF ». De ce film
date la réputation misogyne de
Blier le bourru.

Comme tout le monde, Blier trouve
son film raté. « Je n'en suis pas
content du tout, mais je ne regrette
pas de l'avoir fait : c'était une
tentative passionnante qui aurait
pu être réussie. Mais qui ne l'a pas
été ! Dans "Calmos", il y a
simplement des moments dont je
suis content, mais ce n'est pas
avec trois ou quatre scènes qu'on
fait un film... »

Ce film est effectivement un
patchwork, ça part dans tous les
sens, ode à la bourlingue, aux
salades salaces. Des scénettes
cousues les unes aux autres avec
du fil blanc. « Calmos » est un
appel à la mascarade.

Avec ses effets spéciaux à la Ed
Wood et ses dialogues gaulois,
c’est avant tout un nanar. Mais un
nanar anar, avec la verve caustique
de Blier et la gouaille de Marielle et
Rochefort, ça ne se refuse pas. A
déguster entre esthètes."

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