BRYN TERFEL (WOTAN) - LEB WOHL - WAGNER - Edo De Waart
Bryn Terfel singing "Leb Wohl" from Die Walkure by Wagner with the Radio Filharmonisch Orkest Holland conducted by Edo De Waart.
PAUL VALERY:
“Dans Wagner - je n’admire jamais assez la suite incomparable des thèmes, situations - et leurs combinaisons ou déductions de tout le IIIe acte de Valkyrie.
Il y a 50 ans que je ne puis me lasser de cette extraordinaire magnificence génératrice. - Tous les plans de passion et d’action et les passages de l’un à l’autre - à la température du “Sublime” - Tout travaille.
Et l’on y trouve, chose inouïe, - les changements d’état des “personnages” comme fonction du flux d’énergie sonore - qui leur est comme une sève, une raison d’être, se manifeste par eux, s’oppose à lui-même, se fait colère, tendresse, vouloir, tellement que… la “pensée” (supposée) devient une des variables de cette vie du système de l’oeuvre !
C’est le triomphe de la possession totale des moyens et des forces d’application à un but absolument connu.”
Paul Valéry, Cahiers, II, page 980
Voir en complément les meilleures versions chantées du rôle de WOTAN:
WOTAN
Leb wohl, du kühnes,
herrliches Kind !
Du meines Herzens
heiligster Stolz !
Leb wohl ! Leb wohl ! Leb Wohl !
Muss ich dich meiden,
und darf nicht minnig
mein Gruss dich mehr grüssen ;
sollst du nun nicht mehr
neben mir reiten,
noch Met beim Mahl mir reichen ;
muss ich verlieren
dich, die ich liebe,
du lachende Lust meines Auges ! —
Ein bräutliches Feuer
soll dir nun brennen,
wie nie einer Braut es gebrannt !
Flammende Glut
umglühe den Fels ;
mit zehrenden Schrecken
scheuch es den Zagen,
der Feige fliehe
Brünnhildes Fels !
Denn Einer nur freie die Braut,
der freier als ich, der Gott !
(Brünnhilde sinkt gerührt und begeistert an Wotans Brust ; er hält sie lange umfangen.)
Der Augen leuchtendes Paar,
das oft ich lächelnd gekost,
wenn Kampfeslust
ein Kuss dir lohnte,
wenn kindisch lallend
der Helden Lob
von holden Lippen dir floss ;
dieser Augen strahlendes Paar,
das oft im Sturm mir geglänzt,
wenn Hoffnungsehnen
das Herz mir sengte,
nach Weltenwonne
mein Wunsch verlangte
aus wild webendem Bangen :
zum letzten Mal
letz es mich heut
mit des Lebewohles
letztem Kuss !
Dem glücklichen Manne
glänze sein Stern :
dem unseligen Ew’gen
muss es scheidend sich schliessen.
Denn so kehrt
der Gott sich dir ab,
so küsst er die Gottheit von dir !
Loge, hör !
Lausche hieher !
Wie zuerst ich dich fand
als feurige Glut,
wie dann einst du mir schwandest
als schweifende Lohe ;
wie ich dich band,
bann ich dich heut !
Herauf, wabernde Lohe !
Umlodre mir feurig den Fels !
Loge ! Loge ! Hierher !
Wer meines Speeres
Spitze fürchtet,
durchschreite das Feuer nie !
TRADUCTION FRANCAISE:
Adieu ! vaillante,
Noble enfant !
Toi de mon être
Sainte fierté !
Adieu ! adieu ! adieu !
Dois-je éviter tes yeux,
Et dois-je ne plus te faire
Un accueil tendre et grave ;
Dois-je ne plus te voir
Chevaucher à ma droite.
Ou bien m’offrir la coupe ;
Dois-je te perdre,
Toi que j’adore,
Ô rire et bonheur de ma vie;
Qu’un Feu nuptial
Pour ta couche s’allume,
Pareil n’a jamais flamboyé !
Rouge splendeur
Défende le roc ;
Qu’un mur d’épouvante
Chasse le lâche ;
Que nul infâme
N’ose approcher :
Qu’un Homme ici t’éveille seul,
Plus libre que moi, le Dieu !
(Brünnhilde, saisie d’émotion et d’extase, se jette dans les bras de Wotan.)
Ces yeux baignés de clarté,
Ces yeux baisés tant de fois,
Quand mon baiser
Payait ta vaillance,
Et quand s’ouvraient
Pour le lot des braves
Tes douces lèvres d’enfant ;
Ces deux yeux, soleils de mon cœur,
Éclairs des jours de combat,
Lorsqu’un espoir
Plus immense qu’un monde
Brûlait mon sein
D’éperdus désirs,
D’angoisses sans mesure :
Ma lèvre encore
Goûte leurs larmes.
En l’adieu dernier
Du dernier baiser !
Qu’à l’Homme enviable
Brillent leurs feux ;
Pour moi, Dieu misérable,
À jamais ils se ferment !
Le Dieu qui
S’écarte de toi,
Te prend d’un baiser le Divin.
Loge, entends !
Viens à ma voix !
Autrefois tu brûlais,
Brasier dévorant,
Jusqu’au jour de ta fuite,
Lueur ondoyante :
Comme jadis,
Sois enchaîné !
Jaillis, mer flamboyante,
défends le roc, rouge clarté !
Loge ! Loge ! ici !
Qui de ma lance
Craint la pointe,
N’aborde jamais ce Feu !

