PROUST : LE TEMPS RETROUVE lu par Michaël Lonsdale
Le Temps Retrouvé. Première partie lue par Michaël Lonsdale.
Le Temps Retrouvé :
CD : AUDIO : MARCEL PROUST : A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - L'Intégrale 111 CD :
THELEME EDITIONS
Texte en ligne : http://alarecherchedutempsperdu.com
"Vous n'avez pas idée de ce que c'est que cette guerre, mon cher ami, et de l'importance qu'y prend une route, un pont, une hauteur.
Que de fois j'ai pensé à vous, aux promenades grâce à vous rendues délicieuses que nous faisions ensemble dans tout ce pays aujourd'hui ravagé, alors que d'immenses combats se livrent pour la possession de tel chemin, de tel coteau que vous aimiez, où nous sommes allés si souvent ensemble.
Probablement vous comme moi, vous ne vous imaginiez pas que l'obscur Roussainville et l'assommant Méséglise d'où on nous portait nos lettres, et où on était allé chercher le docteur quand vous avez été souffrant, seraient jamais des endroits célèbres. Eh bien, mon cher ami, ils sont à jamais entrés dans la gloire au même titre qu'Austerlitz ou Valmy.
La bataille de Méséglise a duré plus de huit mois, les Allemands y ont perdu plus de cent mille hommes, ils ont détruit Méséglise, mais ils ne l'ont pas pris.
Le petit chemin que vous aimiez tant, que nous appelions le raidillon aux aubépines et où vous prétendez que vous êtes tombé dans votre enfance amoureux de moi, alors que je vous assure en toute vérité que c'était moi qui étais amoureuse de vous, je ne peux pas vous dire l'importance qu'il a prise. L'immense champ de blé auquel il aboutit c'est la fameuse cote 307 dont vous avez dû voir le nom revenir si souvent dans les communiqués.
Les Français ont fait sauter le petit pont sur la Vivone qui, disiez-vous, ne vous rappelait pas votre enfance autant que vous l'auriez voulu, les Allemands en ont jeté d'autres, pendant un an et demi, ils ont eu une moitié de Combray et les Français l'autre moitié."



