KING LEAR - SHAKESPEARE - BBC - which is the justice, which is the thief ? - This great stage of fools
VIDEO : KING LEAR, IV, 6
DVD BOX : The BBC TV Shakespeare Collection
37 DVDs : 5940 minutes :
L'intégrale des pièces de Shakespeare mises en scène par la BBC.
En anglais, pas de sous-titres français.
--> The 37 Plays The BBC TV Shakespeare Collection
King Lear :
o taping dates, March 26-April 2, 1982
o first transmitted in the UK, September 19, 1982
o first transmitted in the US, October 18, 1982
o directed by Jonathan Miller
o Michael Hordern as King Lear
o Brenda Blethyn as Cordelia
o John Shrapnel as Kent
GLOUCESTER
O ruin'd piece of nature! This great world
Shall so wear out to nought. Dost thou know me?
KING LEAR
I remember thine eyes well enough. Dost thou squiny
at me? No, do thy worst, blind Cupid! I'll not
love. Read thou this challenge; mark but the
penning of it.
GLOUCESTER
Were all the letters suns, I could not see one.
EDGAR
I would not take this from report; it is,
And my heart breaks at it.
KING LEAR
Read.
GLOUCESTER
What, with the case of eyes?
KING LEAR
O, ho, are you there with me? No eyes in your
head, nor no money in your purse? Your eyes are in
a heavy case, your purse in a light; yet you see how
this world goes.
GLOUCESTER
I see it feelingly.
KING LEAR
What, art mad? A man may see how this world goes
with no eyes. Look with thine ears: see how yond
justice rails upon yond simple thief. Hark, in
thine ear: change places; and, handy-dandy, which
is the justice, which is the thief? Thou hast seen
a farmer's dog bark at a beggar?
GLOUCESTER
Ay, sir.
KING LEAR
And the creature run from the cur? There thou
mightst behold the great image of authority: a
dog's obeyed in office.
Thou rascal beadle, hold thy bloody hand!
Why dost thou lash that whore? Strip thine own back;
Thou hotly lust'st to use her in that kind
For which thou whipp'st her. The usurer hangs the cozener.
Through tatter'd clothes small vices do appear;
Robes and furr'd gowns hide all. Plate sin with gold,
And the strong lance of justice hurtless breaks:
Arm it in rags, a pigmy's straw does pierce it.
None does offend, none, I say, none; I'll able 'em:
Take that of me, my friend, who have the power
To seal the accuser's lips. Get thee glass eyes;
And like a scurvy politician, seem
To see the things thou dost not. Now, now, now, now:
Pull off my boots: harder, harder: so.
EDGAR
O, matter and impertinency mix'd! Reason in madness!
KING LEAR
If thou wilt weep my fortunes, take my eyes.
I know thee well enough; thy name is Gloucester:
Thou must be patient; we came crying hither:
Thou know'st, the first time that we smell the air,
We wawl and cry. I will preach to thee: mark.
GLOUCESTER
Alack, alack the day!
KING LEAR
When we are born, we cry that we are come
To this great stage of fools: this a good block;
It were a delicate stratagem, to shoe
A troop of horse with felt: I'll put 't in proof;
And when I have stol'n upon these sons-in-law,
Then, kill, kill, kill, kill, kill, kill!
Enter a Gentleman, with Attendants
Gentleman
O, here he is: lay hand upon him. Sir,
Your most dear daughter--
KING LEAR
No rescue? What, a prisoner? I am even
The natural fool of fortune. Use me well;
You shall have ransom. Let me have surgeons;
I am cut to the brains.
Gentleman
You shall have any thing.
KING LEAR
No seconds? all myself?
Why, this would make a man a man of salt,
To use his eyes for garden water-pots,
Ay, and laying autumn's dust.
Gentleman
Good sir,--
KING LEAR
I will die bravely, like a bridegroom. What!
I will be jovial: come, come; I am a king,
My masters, know you that.
Gentleman
You are a royal one, and we obey you.
KING LEAR
Then there's life in't. Nay, if you get it, you
shall get it with running. Sa, sa, sa, sa.
Exit running; Attendants follow


Le Roi Lear IV, 6
Traduction française de François-Victor Hugo:
GLOUCESTER Ô œuvre ruinée de la nature ! Ce grand univers sera ainsi réduit à néant ! … Me reconnais-tu ?
LEAR Je me rappelle assez bien tes yeux. Tu me regardes de travers ! Bah ! acharne-toi, aveugle Cupidon ! je ne veux plus aimer… Lis ce cartel, remarque seulement comme il est rédigé.
GLOUCESTER Quand toutes les lettres en seraient des soleils, je ne pourrais les voir.
EDGAR On raconterait cela, que je ne le croirais pas ; cela est, et mon cœur se brise.
LEAR Lisez.
GLOUCESTER Quoi ! avec ces orbites vides ?
LEAR Oh ! oh ! vous en êtes là avec moi ? Pas d’yeux dans votre tête, ni d’argent dans votre bourse ? En ce cas, l’état de vos yeux est aussi accablant qu’est léger celui de votre bourse. Vous n’en voyez pas moins comment va le monde.
GLOUCESTER Je le vois par ce que je ressens.
LEAR Quoi ! es-tu fou ? Un homme peut voir sans yeux comment va le monde. Regarde avec tes oreilles. vois-tu comme ce juge déblatère contre ce simple filou ? Écoute, un mot à l’oreille ! Change-les de place, et puis devine lequel est le juge, lequel est le filou… Tu as vu le chien d’un fermier aboyer après un mendiant ?
GLOUCESTER Oui, seigneur.
LEAR Et la pauvre créature se sauver du limier ? Eh bien ! tu as vu là la grande image de l’autorité : un chien au pouvoir qui se fait obéir ! Toi, misérable sergent, retiens ton bras sanglant : pourquoi fouettes-tu cette putain ? Flagelle donc tes propres épaules : tu désires ardemment commettre avec elle l’acte pour lequel tu la fouettes. L’usurier fait pendre l’escroc. Les moindres vices se voient à travers les haillons ; les manteaux et les simarres fourrées les cachent tous. Cuirasse d’or le péché, et la forte lance de la justice s’y brise impuissante ; harnache-le de guenilles, le fétu d’un pygmée le transperce. Il n’est pas un coupable, pas un, te dis-je, pas un ! Je les absous tous. Accepte ceci de moi, mon ami : j’ai les moyens de sceller les lèvres de l’accusateur. Procure-toi des besicles et, en homme d’État taré, affecte de voir les choses que tu ne vois pas… Allons, allons, allons, allons ! ôtez-moi mes bottes ; ferme, ferme ! c’est ça.
EDGAR Oh ! mélange de bon sens et d’extravagance ! La raison dans la folie !
LEAR Si tu veux pleurer sur mon sort, prends mes yeux. Je te connais fort bien : ton nom est Gloucester. Il te faut prendre patience : nous sommes venus ici-bas en pleurant. Tu le sais ! la première fois que nous humons l’air, nous vagissons et nous crions… Je vais prêcher pour toi ; attention !
GLOUCESTER Hélas ! Hélas !
LEAR Dès que nous naissons, nous pleurons d’être venus sur ce grand théâtre de fous… Le bon couvre-chef ! Ce serait un délicat stratagème que de ferrer avec du feutre un escadron de chevaux ; j’en veux faire l’essai ; et puis je surprendrai ces gendres, et alors tue, tue, tue, tue, tue, tue !
Entre un officier, suivi d’une escorte.
L’OFFICIER montrant Lear Oh ! le voici ; mettez la main sur lui… Seigneur, votre très chère fille…
LEAR Personne à la rescousse ! Quoi ! prisonnier ! Je suis donc toujours le misérable bouffon de la fortune… Traitez-moi bien : je vous payerai rançon. Procurez-moi des chirurgiens, je suis blessé à la cervelle.
L’OFFICIER Vous aurez ce que vous voudrez.
LEAR Pas de seconds ! On me laisse tout seul ! Ah ! c’en serait assez pour qu’un homme, un homme de cœur, fît de ses yeux des arrosoirs et abattît sous ses pleurs la poussière d’automne !
L’OFFICIER Bon sire !
LEAR Je veux mourir vaillant comme un nouveau marié… Eh ! je veux être jovial. Allons, allons ! je suis roi ! Savez-vous cela, mes maîtres ?
L’OFFICIER Vous êtes une Majesté, et nous vous obéissons.
LEAR Il y a encore de la vie dans cette Majesté-là. Même, si vous l’attrapez, vous ne l’attraperez qu’à la course ! Vite, vite, vite, vite ! (Il sort en courant. L’escorte le poursuit.)