Interview film scholar Donald Richie : Robert Bresson, Au Hasard Balthazar
story
La diction chez Robert Bresson - L'égalisation des syllabes - l'abîme neuf qu'accuse ce retrait de l'énonciation sur les contenus
Vidéo : Extrait d'Une femme douce, de Robert Bresson.
Avec Dominique Sanda.
La diction des comédiens chez Shakespeare.
La diction chez Robert Bresson.
"L'égalisation des syllabes, c'est-à-dire la soustraction de la signification intentionnelle du texte lui-même, l'absence de destinataire dans l'élocution - "se parler à soi-même" [conseil de Bresson aux modèles], la répétition des phrases, encore reprise à la postsynchronisation, vise une absence de réverbération dans la voix, identique à celle de l'image de soi dans le tournage.
...
On parle beaucoup de ce qu'enlève une telle technique, moins de ce qu'elle apporte :
... l'abîme neuf qu'accuse ce retrait de l'énonciation sur les contenus."
Robert Bresson, de Philippe Arnaud, page 77
André Bazin et les Dames du Bois de Boulogne de Robert Bresson : dialogue racinien
"Il n'a fallu que le bruit d'un essuie-glace d'automobile sur un texte de Diderot
pour en faire un dialogue racinien"
"Dans Les Dames du Bois de Boulogne, Bresson a spéculé sur le dépaysement d'un conte réaliste dans un autre contexte réaliste. Le résultat, c'est que les réalismes se détruisent l'un l'autre, les passions se dégagent de la chrysalide des caractères, l'action des alibis de l'intrigue, et la tragédie des oripeaux du drame. Il n'a fallu que le bruit d'un essuie-glace d'automobile sur un texte de Diderot pour en faire un dialogue racinien."
André Bazin,
Le "Journal d'un curé de campagne" et la stylistique de Robert Bresson,
Cahiers du Cinéma, n°3, juin 1951
André Bazin, Qu'est-ce que le cinéma ?, page 112

Julien Gracq : la lueur finissante du Graal donne au film de Bresson sa densité de contre-jour très noir
Extraits d'un texte de Julien Gracq sur Lancelot du Lac, film de Robert Bresson:
"J'ai vu le film au sortir du montage. Ce qu'il a conservé de cette braderie d'antiquaire, c'est exactement ce qu'un peplum américain à grand spectacle aurait coupé. Des figurants, une rumeur à peine dans la bande sonore. Des jouteurs, le poignet seul qui abaisse la lance en garde, la main qui tapote l'encolure du cheval. Des spectateurs du tournoi, rien que le bloc de têtes qu'on voit osciller comme un métronome d'un bord à l'autre du court de tennis. La fureur inextinguible de couper, de sabrer l'inessentiel, ne peut aller plus loin.
(...)
Ce qui subsiste, étrangement, de ce massacre, ce qui en surgit plutôt, neuf et encore jamais vu, c'est ce que les romans de la Table ronde eux-mêmes ne montrent jamais. Le sang. Les blessures. La fatigue. La boue. La brutalité du choc.
(...) qui fait du drame de Lancelot et de Guenièvre (...) au sens littéral du terme, un désastre, un sort fatal, jeté sur tout un groupe humain par l'éclipse de la seule étoile autour de laquelle il gravitait
(...) la lueur finissante du Graal comme un soleil couchant donne [au film] sa densité de contre-jour très noir."
(Cité par Jean Sémolué, Bresson, pages 319-321)


Robert Bresson : Vois ton film comme une surface à couvrir
"Comment se dissimuler que tout finit sur un rectangle de toile blanche suspendu à un mur ? (Vois ton film comme une surface à couvrir.)"
Robert Bresson, Notes sur le cinématographe

Robert Bresson : Egalité de toutes les choses filmées - Défaire les hiérarchies des significations
"Egalité de toutes les choses. Cézanne peignant du même oeil et de la même âme un compotier, son fils, la montagne Sainte-Victoire."
Robert Bresson, Notes sur le cinématographe
---
"Pour Bresson, toute chose convoquée devant la caméra accède au même statut : il est aussi important de filmer un visage, une main, un âne, un arbre, un objet.
(...)
L'égalité filmique de toutes les choses, c'est aussi défaire les hiérarchies des significations (...)".
Robert Bresson, de Philippe Arnaud, page 77
Robert Bresson: "Le mal déboule, vertigineux. La vie est presque entièrement faite de hasards."
VIDEO : ROBERT BRESSON - L'ARGENT
Jean Sémolué: "Dans L'Argent plus encore que dans Balthazar, on va, semble-t-il, "au hasard".
"La vie est presque entièrement faite de hasards", déclare d'ailleurs Bresson à propos de son film.
La diversité de lieux hétérogènes (...) retient moins que le passage perpétuel d'un lieu à un autre. La forme du passage prend une valeur en elle-même.
Dans L'Argent, aboutissement exemplaire, Bresson ne s'accorde aucune harmonie préétablie. Aucun de ses films, même Balthazar, ne rassemble autant d'êtres différents, par leur âge, leur caractère, leur profession, leur éthique; aucun ne réunit des lieux et des objets aussi peu disposés à jouer ensemble; et aucun ne transforme davantage le morcelé en continu, le dissonant en concertant.
... Le va-et-vient devient processus, crée une attente : il doit arriver quelque chose.
... L'assassin ne sait pas quelle vétille a donné naissance aux catastrophes qui l'ont frappé.
- "Tu attends."
- "C'est tout ?"
- "C'est tout."
...
"Le mal déboule, vertigineux. Pour une petite faute - passer un faux billet, qu'est-ce pour des enfants ? - le démon surgit." (Robert Bresson)
L'argent s'installe et circule dans les images du film comme dans notre vie. Moyen de communication dont les hommes civilisés ne peuvent se passer, il renforce entre eux l'incommunicabilité. Il ouvre la voie, mais il barre le chemin. Il ferme visages et coeurs. Il fait de qui le touche un obsédé, un malade, un fou.
...
L'argent l'a perdu ; il va perdre les autres, pour l'argent.
...
La phrase finale d'Yvon rappelle l'aveu de Raskolnikov:
"C'est moi qui ai tué, à coups de hache, pour les voler, la vieille femme de fonctionnaire et sa soeur Lisaveta."
...
Ce qu'écrit Hector Bianciotti dans Sans la miséricorde du Christ : "Nous ne savons pas pourquoi nous agissons ; la vie se sert de nous pour faire des échanges qui nous dépassent.""
(Jean Sémolué, Bresson ou l'acte pur des métamorphoses, Flammarion )

1983 : L'Argent (Money)
Réalisateur Robert Bresson
Scénario Robert Bresson
Auteur de l'oeuvre originale Léon Tolstoï d'après la nouvelle "le Faux coupon"
Société de production Eôs Films (Chêne-Bourg)
Société de production Marion's Films
Société de production FR3 Cinéma
Producteur délégué Jean-Marc Henchoz
Producteur exécutif Antoine Gannage
Distributeur d'origine AMLF (Paris)
Directeur de la photographie Pasqualino De Santis
Directeur de la photographie Emmanuel Machuel
Ingénieur du son Luc Yersin
Ingénieur du son Jean-Louis Ughetto
Mixeur Jacques Maumont
Décorateur Pierre Guffroy
Assistant-réalisateur Thierry Bodin
Assistant-réalisateur Mylène Van der Mersch
Assistant-réalisateur Pascal Bony
Monteur Jean-François Naudon
Effets sonores Daniel Couteau
Christian Patey (Yvon Targe)
Sylvie Van den Elsen (La petite femme)
Michel Briguet (Le père de la petite femme)
Caroline Lang (Elise Targe)
Vincent Risterucci (Lucien)
Béatrice Tabourin (La photographe)
Didier Baussy (Le photographe)
Marc-Ernest Fourneau (Norbert)
Bruno Lapeyre (Martial)
André Cler (le père de Norbert)
Claude Cler (la mère de Norbert)
François-Marie Banier (le compagnon de cellule d'Yvon)
Jeanne Aptekman (Yvette)
* R1/NTSC (US): Rights held by New Yorker
* R2/PAL (France): Box Set MK2
* R2/PAL (UK): To be released by Artificial Eye 05/23/05
Présent dans le Coffret Bresson 4 DVD MK2 :
Pickpocket (2 DVD); Le Procès de Jeanne d'Arc ; L'Argent
Les notes sur l'histoire du cinéma se poursuivent désormais à cette adresse :
HISTOIRE DU CINEMA : CINEASTES, SCENARIOS, MISES EN SCENE, DIRECTION D'ACTEURS...
--> ACTRICES - DEMOS

















