Extraits d'un texte de Julien Gracq sur Lancelot du Lac, film de Robert Bresson:
"J'ai vu le film au sortir du montage. Ce qu'il a conservé de cette braderie d'antiquaire, c'est exactement ce qu'un peplum américain à grand spectacle aurait coupé. Des figurants, une rumeur à peine dans la bande sonore. Des jouteurs, le poignet seul qui abaisse la lance en garde, la main qui tapote l'encolure du cheval. Des spectateurs du tournoi, rien que le bloc de têtes qu'on voit osciller comme un métronome d'un bord à l'autre du court de tennis. La fureur inextinguible de couper, de sabrer l'inessentiel, ne peut aller plus loin.
(...)
Ce qui subsiste, étrangement, de ce massacre, ce qui en surgit plutôt, neuf et encore jamais vu, c'est ce que les romans de la Table ronde eux-mêmes ne montrent jamais. Le sang. Les blessures. La fatigue. La boue. La brutalité du choc.
(...) qui fait du drame de Lancelot et de Guenièvre (...) au sens littéral du terme, un désastre, un sort fatal, jeté sur tout un groupe humain par l'éclipse de la seule étoile autour de laquelle il gravitait
(...) la lueur finissante du Graal comme un soleil couchant donne [au film] sa densité de contre-jour très noir."
(Cité par Jean Sémolué, Bresson, pages 319-321)























