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Outils du sadomasochisme, viol et voyeurisme dans le Procès de Jeanne d'Arc de Robert Bresson

"Sexe : la quasi-totalité du film se partage entre le tribunal où Jeanne est jugée, et la cellule où elle est enfermée.

Si le tribunal est par excellence le lieu de l'affrontement politique,

la cellule est sous le signe du sexe féminin de Jeanne,

du trouble qu'elle constitue, comme jeune fille et comme vierge parmi cette société d'hommes,

du trouble supplémentaire que constitue le port de l'habit d'homme qui, loin de la déféminiser, souligne au contraire son sexe, et sa différence.

Bresson filme les mains menottées, les pieds entravés, le visage éclairé de l'intérieur par une lumière douce qui exprime une détermination sans faille, et pourtant si peu hautaine.

Il y a là une ambivalence, non dépourvue de brutalité, les outils du sadomasochisme contribuent à érotiser une figure que sa délicatesse féminine et sa proximité avec l'enfance rendent plus troublante encore.

Le statut sexuel de Jeanne est inlassablement interrogé par les juges, et par le film, sa virginité est mise en doute, on la traite de putain comme de sorcière en voix off (les mots s'équivalent : ils mènent au bûcher), on fait examiner son hymen intact - tout cela, qui est conforme aux faits historiques, est élu par le film comme une de ses lignes de force.

Surtout la violence disruptive de son sexe est directement reliée au voyeurisme :

Bresson multiplie les plans où Jeanne est observée à la dérobée par des hommes à travers des trous dans les murs ou les portes.

Warwick, le seigneur anglais qui veut la mort de Jeanne, compte sur la pression sexuelle, la menace du viol devient plus présente et plus efficace dramatiquement que cette condamnation à mort que tout spectateur sait inéluctable.

La cellule et la salle du procès ne sont pas étanches. Pour faire plier Jeanne, l'évêque Cauchon décide de poursuivre les audiences dans sa cellule, sur le terrain de son intimité.

Cette manoeuvre, dont l'objectif sera énoncé par Cauchon dans toute l'ambivalence de sa formulation (il faut "prendre la Pucelle"), ouvre la possibilité de la faiblesse de l'héroïne, qui vacille, accepte de porter un habit de femme (que Bresson ne montre pas), signe des aveux par peur de la torture, avant de renier ce moment d'abandon et de choisir son destin.

Procès de Jeanne d'Arc est une des plus belles déclarations d'amour, à une figure féminine comme à l'idée de liberté, qui jamais éclaira un écran...

Ce que Bresson lui-même appellera "une vérité non historique" : un absolu."

ROBERT BRESSON
de Jean-Michel Frodon, Collection Grands Cinéastes, Cahiers du cinéma

Jean-Michel Frodon est directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma. Il est notamment l'auteur de L'Age moderne du cinéma français, La Projection nationale, Le Cinéma chinois, Horizon cinéma.

1962 : Procès de Jeanne d'Arc (Trial of Joan of Arc)

Réalisateur    Robert Bresson   
Scénario    Robert Bresson   
Dialoguiste    Robert Bresson   
Société de production    Delahaie Productions   
Producteur    Agnès Delahaie   
Directeur de production    Léon Sanz   
Distributeur d'origine    Pathé Consortium Cinéma   
Directeur de la photographie    Léonce-Henri Burel   
Ingénieur du son    Antoine Archimbaud   
Compositeur de la musique    Francis Seyrig   
Décorateur    Pierre Charbonnier   
Monteur    Germaine Artus

Florence Carrez Delay     (Jeanne)
Jean-Claude Fourneau    (Cauchon)
Roger Honorat    (L'interrogateur)
Marc Jacquier    (L'inquisiteur)
Michel Herubel    (Frère Isambart)
Nicolas Bang    (garde)
Alain Blaisy    (assesseur)
Henri Collin-Delavaud    (un évêque)
Jean Collombier    (notaire)
Marcel Darbaud    (Nicolas de Houppeville)
Philippe Dreux    (Frère Martin)
Guy-Louis Duboucheron    (assesseur)
Pierre Duboucheron    (un évêque)
Pierre Gauthier    (notaire)
Jean Gillibert    (Jean de Châtillon)
Arthur Le Bau    (Jean Massieu)
Yves Leprince    (Pierre Morice)
André Maurice    (Tiphaine)
Robert Minet    (Guillaume Erard)
Donald O'Brien    (prélat anglais)
Jean Payen    (garde)
Claude Péronne    (assesseur)
Richard Pratt    (Warwick)
André Régnier    (Jean d'Estivet)
Samners    (évêque de Winchester)
Eric Siroux    (assesseur)
Vernon Thompson    (assesseur)
Michael Williams    (gentilhomme anglais)
Gérard Zingg    (Jean Lohier)

DVD:

ou en Coffret Bresson 4 DVD MK2 :
Pickpocket (2 DVD); Le Procès de Jeanne d'Arc ; L'Argent

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ROBERT BRESSON, QUATRE NUITS D'UN REVEUR - le passage des rêves de l'adolescence à l'âge des créations

VIDEO : QUATRE NUITS D'UN REVEUR, ROBERT BRESSON - Fin
Guillaume Des Forêts & Isabelle Weingarten

Robert Bresson, Quatre nuits d'un rêveur.

"Qu'est-ce que l'Histoire de Jacques ? Celle d'un chasseur de regards, comme Pickpocket celle d'un chasseur de portefeuilles.

Un long escalier relie la rue, lieu de la capture, et la chambre, lieu de la cachette :

là, trésor des montres glissées derrière une plinthe ;
ici, trésor des rêveries confiées au magnétophone."

...

"Les images où il ne se passe rien de marquant sont les plus nombreuses dans le film et absorbent les autres.
"Je n'ai pas d'histoire", dit Jacques à Marthe.
"C'est ça votre vie ?", demande Marthe après le récit de Jacques.

De fait, parmi les films de Bresson, c'est celui où les personnages se rencontrent le plus et se manoeuvrent le moins, où leur évolution implique le moins de préméditation et de signification. La beauté de la matière cinématographique, qui formait peut-être le vrai sujet des films antérieurs, devient presque le seul sujet de celui-ci.

...

la fin : par le monologue ultime, il s'assimile à l'autre garçon, en s'imaginant que Marthe vient vers lui ; il reconstruit entièrement leurs rapports.

...

La fin du film ouvre d'ailleurs sur l'avenir. ...le bruit du pinceau qui se fait seul entendre une fois que le magnétophone a fini de redire le monologue d'amour et de remerciement signifie peut-être le passage des rêves de l'adolescence à l'âge des créations."

Extraits de Jean Sémolué, Bresson ou l'acte pur des métamorphoses, Flammarion

1971 : Quatre nuits d'un rêveur (Four Nights of a Dreamer)

Réalisateur    Robert Bresson   
Scénario    Robert Bresson   
Auteur de l'oeuvre originale    Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski   
Dialoguiste    Robert Bresson   
Société de production    Albina Productions (Paris)   
Société de production    Victoria Films   
Société de production    I Film Dell'Orso (Roma)   
Directeur de production    Georges Casati   
Distributeur d'origine    Imperia Films   
Directeur de la photographie    Ghislain Cloquet   
Directeur de la photographie    Pierre Lhomme   
Ingénieur du son    Roger Letellier   
Mixeur    Jacques Carrère   
Compositeur de la musique    Michel Magne   
Décorateur    Pierre Charbonnier   
Assistant-réalisateur    Mylène Van der Mersch   
Assistant-réalisateur    André Bitoun   
Assistant-réalisateur    Jean-Pierre Ghys   
Assistant-réalisateur    Munni Kabir   
Monteur    Raymond Lamy   
Scripte    Irène Lhomme

Guillaume Des Forêts    (Jacques)
Isabelle Weingarten    (Marthe)
Jean-Maurice Monnayer    (le locataire)
Jérôme Massart    (le camarade des Beaux-Arts)
Patrick Jouané    (le gangster du film incorporé)
Lydia Biondi    (la mère de Marthe)
Giorgio Maulini

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Métaphore du cinéma, ce mensonge qui révèle la vérité - MADAME DE, MAX OPHULS

"Le brio des cinq séquences de bal, enchaînées comme dans un même ensemble, est devenu légendaire.

Mais au-delà de leur extrême sophistication formelle, on peut y mesurer toute une progression sentimentale à travers un dialogue cette fois encore basé sur la litote, que ce soit pour souligner le temps et son accélération (successivement : "Quatre jours sans vous voir !", "Deux jours sans vous voir !", "Vingt-quatre heures sans vous voir") ou le passage progressif des jeux de séduction mondains à l'amour véritable (Donati prenant de moins en moins de nouvelles du général absent).".

Jacques Zimmer, HISTOIRE(S) DE FILMS FRANCAIS, de Jean-Luc Douin et Daniel Couty

-

MADAME DE
MAX OPHULS 1953
Acteurs : Charles Boyer, Danielle Darrieux, Vittorio De Sica, Jean Debucourt, Jean Galland
Scénaristes : Max Ophüls, Annette Wademant, Louise de Vilmorin, Marcel Achard

"...la mise en scène sublime d'Ophuls est une métaphore du cinéma, ce mensonge qui révèle la vérité, pour paraphraser la formule de Cocteau.

Des mouvements de caméra d'une élégance et d'une précision extraordinaires semblent constamment entourer les personnages dans leur sinueux parcours vers la lucidité et, donc, vers la mort."

(P.M. TELERAMA TTTT)

Max Ophuls : "Il y a, dans cette décadence d'un monde, une étrange beauté qui m'a séduit."

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Le guide du cinéma : 15000 films à voir (télé, vidéo, DVD) - Télérama hors-série - 15000 critiques pour mieux choisir vos films

La nouvelle édition du Guide Cinéma de Télérama Hors Série vient de paraître, plusieurs années après la précédente : 15000 films à voir (télé, vidéo, DVD), 1700 pages.

C'est de loin le meilleur panorama du cinéma mondial, présentant en un paragraphe un regard sur chaque film, ne se résumant pas à un résumé impersonnel.

Exemples et extraits : Télérama, Guide du cinéma - Pitch de films - 15000 films à voir (télé, vidéo, DVD), 15000 critiques pour mieux choisir vos films

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La plus attirante des héroïnes de Bresson - Il court à une agence de voyages... A son retour elle est morte

DOMINIQUE SANDA - UNE FEMME DOUCE - ROBERT BRESSON

DOMINIQUE SANDA - UNE FEMME DOUCE - ROBERT BRESSON

"La plus attirante des héroïnes de Bresson, dans laquelle Dominique Sanda fut très remarquée, torture son mari plus encore qu'il ne la fait souffrir.

...

Il court à une agence de voyages... A son retour elle est morte.

...

A-t-elle manqué de courage face à un bonheur à construire ?

...

Une femme douce reste du début à la fin le film du doute, des questions sans réponse."

(Jean Sémolué, Bresson ou l'acte pur des métamorphoses, Flammarion )

"Le geste suicidaire reste un phénomène inexplicable d'une soudaineté effrayante", notait Bernanos dans sa Nouvelle Histoire de Mouchette.

"Pourquoi est-elle morte ? Elle a eu peur de mon amour ?

...

Les hommes sont seuls sur la terre, voilà le mal !

... Les hommes sont seuls, environnés de silence. Voilà la terre !"

- Dostoïevski, La douce.

Vidéo : l'ouverture du film de Robert Bresson, Une femme douce (1969)

--> Le texte et sa lecture à haute voix par René Depasse: DOSTOIEVSKI, LA DOUCE (Krotkaïa)

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Truffaut : les murs rouges qui ont assuré le succès de Cris et Chuchotements de Bergman

Après le petit pan de mur jaune de Vermeer chez Proust, les murs rouges de Bergman chez Truffaut...

François Truffaut, A quoi rêvent les critiques (Les films de ma vie):

"... L'exemple du film d'Ingmar Bergman, Cris et Chuchotements qui a été un succès mondial bien que présentant toutes les caractéristiques du film maudit :

lente agonie d'une femme rongée par le cancer, tout ce que le public refuse de voir.

Eh bien, dans le cas de Cris et Chuchotements, il me semble que la perfection formelle du film et surtout l'utilisation de la couleur rouge dans le décor de la maison, ont constitué l'élément exaltant, j'oserai dire l'élément de plaisir,

grâce à quoi le public a immédiatement senti qu'il était en train de regarder un chef-d'oeuvre et a décidé de le regarder avec une complicité artistique, une admiration qui ont équilibré et compensé l'effet traumatisant des cris et des râles de l'agonie d'Harriet Andersson.

D'autres films de Bergman, non moins beaux, ont été boudés par ce qu'on appelle le grand public - il ne leur manquait peut-être que les murs rouges -"

VIDEO : CRIS ET CHUCHOTEMENTS, BERGMAN, bande annonce du film

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CANDY - La fiction d'Igarashi et de Mizuki repose sur une véritable économie de la séparation et de la réminiscence. Candy passe son temps à se souvenir

"Paru originellement à partir d'avril 1975 dans Nakayoshi, Candy Candy dessiné par Yumiko Igarashi et écrit par Kyoko Mizuki, fut l'un des grands succès de la bande dessinée sentimentalo-mélodramatique japonaise.

La série ayant été popularisée en France par l'entremise des 115 épisodes du dessin animé télévisé.

Fondamentalement, Candy Candy relève du roman d'apprentissage.

...

Loin des yeux, près du coeur

Candy ne perdra jamais, au long des neuf volumes, l'habitude de grimper aux arbres. Assise sur une branche, elle passe des heures à rêvasser et à méditer. Le proverbe japonais : saru mono hibi ni utoshi (celui qui s'en va est ignoré de jour en jour) : c'est à peu près notre "loin des yeux, loin du coeur", est pris à contre-pied par Candy. Avec elle, ce serait plutôt loin des yeux, près du coeur.

La fiction d'Igarashi et de Mizuki repose sur une véritable économie de la séparation et de la réminiscence. Candy passe son temps à se souvenir des gens qu'elle a connus, se remémore les joies et les peines de son existence, s'interroge sur ses sentiments. Elle se place ainsi, d'arbre en arbre, en marge du récit de sa propre histoire et en fait l'inventaire. Toute la fiction est recyclée périodiquement, sur un mode quasi incantatoire.

Il est pertinent de noter que les "hors-d'oeuvre" des ouvrages (pages de garde, appendices), présentent sous forme de portails, les cercles successifs des "chers absents" de Candy. Premier cercle, celui des tableaux de famille, c'est à dire, les personnages qui font toujours partie de la litanie du souvenir : Annie, l'amie d'enfance, les frangins rigolos Archibald et Alistair, les persécuteurs Eliza et Daniel, la vieille tante, le mystérieux oncle william.

Second cercle, celui des photos souvenirs, c'est à dire, des gens dont l'évocation n'est qu'occasionnelle : des gens de rencontre, un  paysan veuf chez lequel Candy a passé quelques jours, un rude loup de mer qui lui a permis le passage en Amérique, un petit passager clandestin. Comme la vie est longue, ces visages de rencontre sont nombreux.

Certains personnages passent de l'un à l'autre des cercles ou oscillent à leur frontière (Patricia, la copine de collège timide qui, significativement, ne figure pas dans les tableaux en début de volume), tandis que le prince des collines, image obsédante et quasi hallucinatoire du mâle idéal, flotte en arrière plan.

Cette manie de la réminiscence sert également à étager la fiction en fonction du temps. Les personnages grandissent ou vieillissent insensiblement. Le rappel d'un souvenir de leur tendre enfance est donc le meilleur moyen de faire mesurer à la lectrice le chemin parcouru. "Comme le temps passe !" s'exclament ensemble Candy et son public."

Source: Candy, Candy, des journées entières dans les arbres,
par Manuel Hirtz et Harry Morgan
extrait du fanzine Mangazone, 2ème semestre de 1992

Etude complète à lire sur : Au pays de Candy - www.candyneige.com

CANDY, le dessin animé : le Générique Au Pays de Candy

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