"Ces grands chefs-d’oeuvre ne commencent pas par nous donner ce qu’ils ont de meilleur." (Marcel Proust)
Cinéma "vision du monde", et non cinéma de divertissement, l'oeuvre de Robert Bresson ne se livre pas d'emblée. Elle gagne à l'analyse.
Ainsi, "Le Diable probablement comporte de nombreux plans où les personnages sont curieusement cadrés aux hanches (tête et jambes coupées) de manière franchement gênante."
Le critique aide à comprendre la raison, ce qui donne une autre vie au film:
"Dans la mesure où cette tendance était déjà discernable dans les films précédents et qu'elle s'impose ici avec beaucoup d'insistance, il ne peut évidemment s'agir de "fautes" répétées de l'opérateur. C'est bien le résultat d'une volonté délibérée de Bresson refusant le cadrage classique, mais reste encore à trouver la raison d'une telle manière de présenter les choses. Curieusement, la plupart des critiques ne se sont pas posés la question. Quelques-uns ont remarqué, sans y insister, cette façon de filmer au niveau du bassin - des sexes ?
En fait, tout comme pour l'accumulation de plans de pieds qui, elle aussi, est notable depuis plus de dix ans, il s'agit de traduire cinématographiquement la notion de prédestination, de montrer que les êtres ne sont plus libres et que leur destin est entre les mains du mal. Ainsi, lorsque l'ami quitte la chambre pauvre de l'héroïne, il passe devant la caméra immobile et se trouve un long moment cadré à la hauteur de la taille ; mais il va ensuite s'asseoir sur la troisième marche de l'escalier et, à cette place, à la fin du plan, le personnage se trouve bien au milieu de l'écran. Le centre du cadre était donc fixé par Bresson sur cette troisième marche dès le début de la prise de vues. Si la caméra avait accompagné le personnage pendant qu'il se déplaçait, cela aurait signifié qu'il était libre d'aller où il voulait puisque c'était son mouvement volontaire qui provoquait la mise en scène. Il était premier et l'oeil de la caméra second. Or pour Bresson, l'homme n'est pas libre. Aussi en entrant dans le cadre prédéterminé, il ne pouvait qu'aller occuper exactement la position qui lui était, fatalement, réservée."
Extrait de "Robert Bresson. L'aventure intérieure",
par René Prédal. Numéro spécial L'Avant-Scène Cinéma, nº 408/409, Janvier Février 1992


Captures film LE DIABLE PROBABLEMENT, ROBERT BRESSON (-> DVD)
Les principaux livres disponibles sur le cinéma de Robert Bresson:
Notes sur le cinématographe
de Robert Bresson
Présentation de l'éditeur
Le réalisateur de grands films tels que Au hasard Balthazar, Pickpocket, Procès de Jeanne d'Arc, Lancelot du Lac, rassemble dans ce volume ses notations de travail qui témoignent de son expérience à l'égard d'un art assez multiple pour s'offrir à une exploration sans fin. Pendant près de vingt-cinq ans, Robert Bresson a noté, pour lui-même et pour nous autres, les idées que lui apportait son métier. Il oppose notamment le cinématographe, écriture d'images et de sons formant un texte visuel et auditif, au cinéma qui reste, selon lui, du théâtre filmé. Il s'explique aussi sur les rapports qui l'unissent à ses modèles et non à des acteurs reconnus, prêtant à la recherche des visages, des corps, une gestuelle appartenant au star-system dont il nie l'efficacité. Ce recueil d'aphorismes lapidaires, de réflexions prises au vol en cours de tournage ou de montage de tant d'oeuvres libres, originales et fortes, est passionnant aussi bien pour le professionnel du septième art que pour tout intellectuel en quête d'approfondissement de la pensée et des sens.
Robert Bresson
de Jean-Michel Frodon
Présentation de l'éditeur
Considéré par nombre de ses pairs comme un maître, adoubé par la critique comme le plus grand cinéaste français, Robert Bresson souvent intimide. Pourtant, dès la première rencontre avec ses films, ils touchent, simplement, par leur bouleversante beauté. Des Anges du péché à L'Argent, ses treize films, réalisés entre 1943 et 1983, composent une œuvre d'une cohérence exceptionnelle. Ils scandent aussi la mise au point puis l'accomplissement d'une idée très personnelle du cinéma, dont il a également explicité les principes dans ses Notes sur le cinématographe. Vibrants plaidoyers pour la vie ou terribles constats sur les désespoirs du monde, ses films ont en commun leur extrême intensité. Cette tension intérieure tient à l'art de Bresson, et en particulier à la manière unique dont il crée ses personnages. Qu'ils soient inspirés d'événements historiques (Procès de Jeanne d'Arc, Un condamné à mort s'est échappé), d'œuvres littéraires (journal d'un curé de campagne ou Mouchette d'après Bernanos, Une femme douce et Quatre Nuits d'un rêveur d'après Dostoïevski, Lancelot du lac...) ou qu'il s'agisse de scénarios originaux (Pickpocket, Au hasard Balthazar), leur présence illumine l'écran d'un feu singulier. Chez Bresson, les personnages de femmes, même les bonnes sœurs, les saintes ou les criminelles, sont magnifiques. Les visages aux yeux baissés de Florence Delay, Marika Green, Anne Wiazemsky, Dominique Sanda ou Isabelle Weingarten sont ineffaçables. Curé de campagne, résistant emprisonné, chevalier perdu, adolescent révolté contre les horreurs du monde ou innocent poussé au meurtre par trop d'injustice, les hommes brûlent d'une lumière intérieure inoubliable. Pour le meilleur ou pour le pire, chacun vit ses sentiments jusqu'au bout, chacun prend en main son existence. Cette présence humaine est au cœur du cinéma de Robert Bresson.
Biographie de l'auteur
Jean-Michel Frodon est directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma. Il est notamment l'auteur de L'Age moderne du cinéma français, La Projection nationale, Le Cinéma chinois, Horizon cinéma.
Robert Bresson
de Philippe Arnaud
Présentation de l'éditeur
Robert Bresson, pour qui l’expression « Maître du cinéma », n’est pas une simple figure de style, fait partie de ces cinéastes qui ont inventé l’art du cinéma à l’usage d’une œuvre exemplaire.
Pickpocket, Au hasard Balthazar, L’argent ont apporté au cinéma une dimension essentielle : c’est ce que lui-même nomme dans ses réflexions et écrits : le « cinématographe ».
C’est ce caractère unique et prodigieux du « système Bresson » qu’analyse ici Philippe Arnaud. Méthode où la maîtrise de toutes les étapes du film dans leur moindre détail n’empêche jamais le metteur en scène de rester à l’écoute du hasard, de l’aléa qui seul pourra doter le film de sa part de réel. C’est ainsi que, pour le spectateur, assister à la projection d’un film de Bresson est avant tout une expérience : les objets, les gestes, le monde, filmés par Bresson, il a la sensation de les voir pour la première fois. Le livre essaie de comprendre cette énigme, à partir d’exemples concrets du travail du cinéaste depuis le scénario, l’élaboration des personnages, le choix des acteurs, le contenu même des films.
L’essai est complété de témoignages de collaborateurs et d’une filmographie complète. La première édition de cet ouvrage est parue aux Cahiers du cinéma en 1986.
L'auteur vu par l'éditeur
Philippe Arnaud (1951-1996) a été l’un des critiques de cinéma des années 80 les plus originaux. Il a dirigé les éditions de la Cinémathèque française à la même période et collaboré à de nombreux scénarios d’Alain Bergala, Christine Laurent, Jean-Pierre Limosin…). Il est l’auteur d’un essai sur la rencontre au cinéma : « … son aile indubitable en moi » (1996). Ses principaux textes ont été réunis sous le titre Les Paupières du visible en 2001.
Bresson, ou, L'acte pur des métamorphoses
de Jean Sémolué
Présentation de l'éditeur
"Des "films cultes", des "films phares" ponctuent l'itinéraire de Robert Bresson : Les Dames du bois de Boulogne, Pickpocket, Au hasard Balthazar... Bresson a conquis, puis gardé une place à part. Sa quête se nourrit de réflexions originales et profondes, comme le prouve son livre Notes sur le cinématographe. Mais si ses films s'interrogent sur l'art cinématographique, c'est en fuyant l'intellectualité, la cérébralité : c'est en privilégiant la communication vraie, les sensations directes, les émotions authentiques. Oeuvre exigeante ? Oui, sans doute. Mais il s'agit d'une exigence de participation.
Le livre de Jean Sémolué présente le parcours accompli par Robert Bresson d'Affaires publiques, court métrage de 1934 retrouvé depuis peu d'années, à l'Argent, qui, en 1983, étonne toujours par la jeunesse de l'écriture filmique, par une modernité inventive et maîtrisée. Au fil de l'analyse, Jean Sémolué s'appuie sur des déclarations de Robert Bresson, des opinions formulées par ses interprètes, par ses collaborateurs artistiques, par des critiques, par des écrivains et des cinéastes qui l'ont admiré. Mais il se donne surtout deux objectifs : établir un contact précis avec les films en mettant au jour les particularités de chacun d'eux ; cerner la spécificité d'une aventure créatrice exemplaire en conciliant le plus possible la fidélité dans l'approche, la liberté dans les points de vue."
Enseignant, essayiste (Etudes cinématographiques, Esprit et diverses revues littéraires et cinématographiques), Jean Sémolué est également l'auteur de livres sur Julien Green et sur Carl Th. Dreyer.
Qu est-ce que le cinema ?
de Andre Bazin
Présentation de l'éditeur
Cette réédition constitue le recueil des principaux articles (parus d'abord en quatre tomes, entre 1958 et 1962) de celui dont l'œuvre a illuminé cette collection : André Bazin. Son apport reste plus que décisif pour comprendre le cinéma.
Chapitre IX : Le "Journal d'un curé de campagne" et la stylistique de Robert Bresson
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Plus difficile à trouver :
"Robert Bresson. L'aventure intérieure",
par René Prédal.
Numéro spécial L'Avant-Scène Cinéma, nº 408/409
Janvier Février 1992