Avec Andrei Tarkovsky, Paul Schrader, Louis Malle, Dominique Sanda et Robert Bresson
ROAD TO BRESSON
A filmic essay on Robert Bresson and his unique style. FRAGMENT
ROAD TO BRESSON
A filmic essay on Robert Bresson and his unique style. FRAGMENT
FEMIS 1987 : Gilles Deleuze parle de l'espace visuel chez Robert Bresson.
Les valeurs tactiles.
Fabrice LUCHINI, Le Figaro : "Si quelque chose m'intéresse dans la figure du bourgeois, c'est qu'il n'a rien pour lui. Il est nanti, il a des petits états d'âme, des émotions de tiroir-caisse, des certitudes sur tout et, comme disait Flaubert, «la rage de conclure ». On le déteste, voilà ce qui peut me le rendre intéressant: j'aime bien les gens qui n'ont pas la cote. Le culte de l'antibourgeois, c'est le côté facile et convenu de la révolte. Mais je ne joue jamais la condition sociale, je joue la condition humaine."
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«N'oublie pas, disait Jouvet, que le public ne vient pas te regarder jouer, il vient jouer avec toi.» S'il ressent cette métamorphose d'un type terne et triste et s'il ressort content, à l'aise, c'est gagné. Notre métier, c'est de plaire, Molière le disait. C'est génial et épouvantable à la fois. On donne notre énergie pour que le spectateur s'amuse, s'émeuve, s'enchante. Il faut plaire au public, mais sans pactiser, sans trahir la tessiture soit de la langue, soit de l'émotion, soit du climat. Pas faire des turlutes de racoleuse du bois. Je vous fais un peu de Thomas Bernhard? «Il y a quelque chose de haïssable chez les acteurs du Burgcenter qui pactisent avec le public. Je hais les acteurs. Les acteurs sont ignobles, répugnants. Ma répugnance pour les acteurs est définitive. Surtout pour les acteurs du Burgcenter, etc. » Je pourrais continuer longtemps ! On ne pastiche que ce qu'on admire. Bon, alors, laissons-le, l'acteur. Michel Bouquet m'a dit un jour: « Pourquoi les gens viennent voir ton spectacle ? Parce qu'ils sortent renseignés sur eux-mêmes.»
Fabrice Luchini: "Le grand comédien est celui qui sait se faire infiniment disponible, vide, comme absent, pour que le monde tout autour vienne l'impressionner, telle une plaque photographique. Michel Bouquet me disait toujours: Il faut que tu deviennes normal, apathique. Là, le public peut rentrer dans l'histoire que tu lui racontes. Un acteur n'a pas le droit d'être pittoresque. Jouvet aussi recommandait la même chose à ses élèves du conservatoire... Mais le mystère, c'est que ces deux maîtres qui chérissent la dépersonnalisation sont en fait des acteurs à la personnalité écrasante... Sans doute n'est-il pas possible d'énoncer une théorie, un mode d'emploi du jeu de l'acteur: il n'y a que des pratiques d'acteurs singulières."
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D'où vous est venu ce goût de lire seul en scène ?
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"Comme aucun metteur en scène réputé talentueux du secteur subventionné ne m'a jamais fait signe - de Vitez à Chéreau - je suis bien obligé de me lancer seul si je veux avancer."
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"Si je ne m'enrichissais pas, si je ne m'éprouvais pas moi-même constamment au contact des grandes oeuvres sur scène, je n'aurais sans doute rien à donner au cinéma"
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"Le but d'un acteur, ce n'est jamais sa propre émotion mais celle qu'il provoque chez les autres. Et il ne la provoquera qu'avec la plus absolue légèreté. C'est le paradoxe de Diderot: seul émeut l'acteur quasi impassible, qui retient sa peine et ses larmes. Celui qui pleure fait au contraire sourire."
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"Si le comédien veut descendre dans le profond, il se noie, disait Jouvet. Il faut dans sa participation qu'il reste en surface. C'est là qu'il a plus de chances et de facilités pour peser sur l'âme et l'esprit du spectateur."
La suite : Ecran Noir
(Max Ophuls à Danielle Darrieux, conseils pour le rôle de "Madame de" :)
"Votre tâche sera dure. Vous devrez, armée de votre charme, de votre beauté, de votre élégance, de votre intelligence, incarner le vide, l'inexistence. Non remplir le vide, mais l'incarner (...) Sans ce paradoxe, nous aurions un petit film banal de boulevard".
Cette volonté de situer ses personnages "en creux" est sans doute pour beaucoup dans certains reproches de vacuité.
Jacques Rivette, qui fut l'un des rares qui n'ait pas, à l'époque, succombé aux apparences, écrivait que "le pittoresque s'ingénie à masquer le pathétique. (...) Je ne connais pas de grands films qui ne soient aussi le récit d'itinéraires spirituels. (...) Cette démarche craintive, mais assurée, conduira Madame de de la frivolité des jeunes épouses à la lucidité des agonisantes."
(Les Cahiers du Cinéma n° 28, novembre 1953)
Jacques Zimmer,
in HISTOIRE(S) DE FILMS FRANCAIS, de Jean-Luc Douin et Daniel Couty, Bordas
Coffret DVD Max Ophuls : LOLA MONTES, MADAME DE..., LA RONDE, LE PLAISIR.
Extrait vidéo : La Boulangère de Monceau, Eric Rohmer
(c) les films du losange : www.filmsdulosange.fr
Michèle Girardon (Sylvie) et Barbet Schroeder (le narrateur).
Voix du narrateur : Bertrand Tavernier
Entretien avec Eric Rohmer,
réalisé par Frank Madlener et Gabriel Leroux :
- Vous dites que les images sont sonores. Y a-t-il dans vos films des scènes, sans musique, que vous trouvez très musicales ?
Rohmer : - "Je pense à une scène d'un de mes films qui a été tourné de façon absolument amateur. C'est l'avant-dernier plan du premier conte moral, La Boulangère de Monceau. Ce film a été tourné avec une caméra de 16 mm à ressort. Le ressort se déroulait pendant 15 secondes. Donc les plans ne durent jamais plus de 15 secondes.
Dans cette scène on entend un commentaire :
"La pluie avait cessé, et la boulangère pouvait sortir et nous apercevoir. Ce trajet me parut interminable."
On voit la rue inoncée par la pluie. La pluie n'était pas prévue à l'origine. Elle est venue pendant qu'on tournait, et on l'a utilisée. Le protagoniste avait donné rendre-vous à la boulangère et, entre-temps, il avait rencontré la fille qu'il cherchait depuis longtemps. Ils s'éloignent tous les deux.
Il y a dans cette vue, avec une photographie un peu grisâtre, avec le sol mouillé, les deux personnes qui s'éloignent, une ambiance musicale. Avec la musique, le plan aurait été gâché. Ce qui le rend beau c'est le silence. Seul se détache le bruit des pas."
Suite de l'entretien : jeanpierreclech.unblog.fr/...
DVD : La Boulangère de Monceau, et Coffret DVD Six contes moraux
Jean-Luc Godard:
"Les grands cinéastes que nous aimions ont toujours fait ce qu'ils pouvaient faire.
Einsenstein a fait les films que lui permettait Staline, Hitchcock a fait les films que lui permettait Selznick, et même à certains moments les films que lui permettait le public.
Il a réussi à vaincre le public, Hitchcock, c'est pour ça que c'est un des plus grands. Il a vaincu ce qu'il y avait de mauvais dans le public, en prenant appui sur le mauvais pour le métamorphoser. Cela indignait même certains critiques comme André Bazin (mais pas nous). Je me souviens du fameux baiser entre Bergman et Grant dans Notorious : cela indignait profondément Bazin (*) que sur un sujet aussi connard, il puisse faire un aussi beau film. Nous, on trouvait ça normal, si on peut dire."
JEAN-LUC GODARD par JEAN-LUC GODARD,
Editions Cahiers du Cinéma 1998, Tome 2 page 414
(*) Complément:
Notorious (Les Enchaînés) d'Alfred Hitchcock, la critique d’André Bazin parue dans L’Écran français (n° 142 du 16.3.1948):
“Le scénariste Ben Hecht n’a pas dû se fatiguer pour revoir et augmenter cette traduction en américain de Marthe Richard au service de la bombe atomique...
(...)
La rhétorique d’Alfred Hitchcock est certainement la plus brillante du monde. Nous savons maintenant, du reste, qu’il n’a pas son pareil pour les travellings en spirale et l’expression des mouvements les plus secrets de l’inquiétude et du doute. Il a reculé les limites de la sensibilité de la caméra, au sens où l’on dit d’une balance qu’elle est sensible.
Malheureusement, il y a quelque ridicule à poser, sur ce trébuchet qu’inclinerait une poussière d’or, la vulgaire limaille de fer de ces psychologues de confection.
La caméra subjective, très bien, mais faut-il qu’il y ait un sujet !”. (Source)
Les notes sur l'histoire du cinéma se poursuivent désormais à cette adresse :
HISTOIRE DU CINEMA : CINEASTES, SCENARIOS, MISES EN SCENE, DIRECTION D'ACTEURS...
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