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15000 SCENARIOS : Que retenir d'une vie pour en faire une histoire ? Que retient une histoire d'une vie ?

...les hommes sont des débiles, les femmes des nymphomanes...

Il faut lire et relire le Guide cinéma de Télérama... (Edition 2009, 1700 pages)

Plus qu'un guide des films : un panorama des situations humaines, réduites aux synopsis des scénaristes et conteurs d'histoires.

Que retenir d'une vie pour en faire une histoire ?
Que retient une histoire d'une vie ? D'un enchevêtrement de vies ?

15000 films, 15000 synopsis critiques : 15000 façons de faire de la vie une histoire, 15000 regards critiques sur ces histoires.

Aux deux extrêmes,

de l'intrigue premier degré :

Comment draguer toutes les filles
Michel Vocoret | 1981 | France | 95' |
Yves Thuillier, Emmanuel Karsen

"Papa a du fric. Fiston va draguer à Deauville. Ses deux copains aussi. Celui qui aura conquis le plus de nanas ira se reposer au Maroc, tous frais payés... Triste vision de l'humanité : les hommes sont des débiles, les femmes des nymphomanes. Très vite, les quelques gags versent dans la vulgarité franchouillarde."
P.M.

à l'absence d'intrigue la plus sublime :

Gens de Dublin TTTT
John Huston (The Dead) | 1987 | GB | 85' |
Angelica Huston, Donal McCann, Helene Carroll, Cathleen Delany

"Un jour, la neige recouvrira les vivants comme déjà elle recouvre les morts, ces morts du titre original. En attendant, dégustons ensemble l'oie de Noël et les souvenirs, le bon jambon, le pudding, les chocolats et les potins qui vont avec. Nous sommes en 1904, dans une maison irlandaise, chez tante Kate et tante Julia ; dix convives à peine, qui se chamaillent avec affection, avec drôlerie. Rien d'important ne se dit. L'essentiel pourtant : que le temps file, entre les mots, les silences et l'air d'une chanson d'autrefois. C'est le sens du dernier quart d'heure, monologue d'amour qui n'est pas loin de surpasser en émotion tout ce que le cinéma nous a offert de pleurs depuis ses origines. Quand il signe, à 81 ans, ce testament à l'Irlande, à sa jeunesse, à sa famille et à la vie, Huston est sous perfusion dans un fauteuil roulant. La maîtrise dans les choix esthétiques, cependant, est absolue. Et l'épilogue terrasse par sa musicalité, sa profondeur, sa beauté blanche. Comme Proust ou Joyce, dont il adapte fidèlement une des dernières nouvelles, on garde pour toujours, à portée de main et de coeur, ce chef d'oeuvre, libre de toute intrigue et si complexe dans sa simplicité."
M. Gri
Film Télérama 1988 (Critiques)
Prix de la critique française 1988

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JACQUOT - Cette obsession de filmer l'innocence dans un monde vil, souillé, où tout s'achète, se négocie et se vend

Xavier Lardoux : "La Fille seule apparaît comme le deuxième film de "jeune fille" de Benoît Jacquot, cinq ans après La Désenchantée (avec Judith Godrèche) et dix ans avant A tout de suite (avec Isild Le Besco).

Comme ces deux autres films, La Fille seule s'appuie sur son actrice principale, Virginie Ledoyen, âgée de dix-huit ans seulement, et à qui le cinéaste a confié l'enjeu du film (la comédienne magnifique de dureté et de fragilité est à l'écran à chaque plan).

Ce qui frappe le plus, c'est cette obsession de filmer l'innocence dans un monde vil, souillé, où tout s'achète, se négocie et se vend.

...

"Je dois à Bergman l'idée de la Fille seule, disait Benoît Jacquot. C'est le voeu de faire un film où on suivrait quelqu'un en durée réelle, sans le lâcher d'un pouce, un film où la caméra colle à un personnage.""

Xavier Lardoux, Le cinéma de Benoît Jacquot, pages 70-71.

VIDEO : LA FILLE SEULE, VIRGINIE LEDOYEN - UN FILM DE BENOIT JACQUOT

Coffret DVD Benoît Jacquot : A tout de suite - La fille seule - La désenchantée

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Godard, la mort : les gens se disent: "Après tout, c'est le plus simple de faire ça, après on sera tranquille."

Godard, Le bon plaisir de Jean-Luc Godard, entretien avec Jean Daive, producteur à France Culture, 20 mai 1995:

Jean Daive: ...dans vos autres films, ça meurt beaucoup.

Godard : - C'est une facilité. C'est parfois transformé formellement, mais c'est une facilité qui vient du romantisme. Tous les philosophes l'ont dit.

- ça meurt pour quoi faire ?

- C'est le plus simple, parce qu'on manque d'éducation, et on croit ça. Mais on est aussi responsable des morts réelles après. Parce que les gens se disent: "Après tout, c'est le plus simple de faire ça, après on sera tranquille." Il y a là un manque de générosité qui est explicable, mais ce sont des morts absolument non nécessaires.

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JEAN-LUC GODARD par JEAN-LUC GODARD,
Editions Cahiers du Cinéma 1998, Tome 2, page 314

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Godard : un grand romancier, c'est Mme de La Fayette. Des écrivains, il y en a vingt à tout casser

Godard, Les livres et moi, entretien avec Pierre Assouline:

Godard: "Il n'y a guère que la relecture de classiques qui puisse m'éblouir encore.

(...)

Pierre Assouline: "Mais vous avez au moins essayé d'en lire, des romans français contemporains ?"

Godard: "J'ai essayé. A la gare de Lausanne, j'ai souvent pris des poches sur le tourniquet. Bof...
Je fais quand même des découvertes, Léon Daudet, Alexandre Vialatte, Fernando Pessoa, des gens que j'ai lus sur le tard."

(...)

Pierre Assouline: "Mais qu'est-ce que c'est, un grand romancier ?"

Godard: "C'est Mme de La Fayette. En ce moment, je relis La Princesse de Clèves pour un projet de film sur l'Amour et l'Occident.
Balzac, Stendhal, Flaubert, Tolstoï, Dostoïevski, Dickens, Thomas Hardy, George Meredith, Virginia Woolf, les grands Américains... Voilà des écrivains, il y en a vingt à tout casser. Ils ont un style, c'est-à-dire un endroit où se pose l'âme."

Lire, Mai 1997

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JEAN-LUC GODARD par JEAN-LUC GODARD,
Editions Cahiers du Cinéma 1998, Tome 2, pages 433, 434

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BRESSON - un monde extérieur devient un monde intérieur. Avec une franchise absolue

Robert Bresson : "Le frappant, à mes yeux, fut surtout le cahier d'écolier du journal où, par la plume du curé, un monde extérieur devient un monde intérieur et prend une couleur spirituelle.

C'est à cela que mon scénario s'attacha, de préférence aux événements jugés d'habitude plus cinématographiques."
(Le Figaro Littéraire, 16 mars 1967)

Jean Sémolué : "Le film s'ouvre en même temps que le cahier. Une main retire un buvard noirci; sur la première page, quelques lignes, déjà écrites:

"Je ne crois rien faire de mal en notant ici, au jour le jour, avec une franchise absolue, les très humbles, les insignifiants secrets d'une vie d'ailleurs sans mystère."

Dans le roman, cette phrase ne paraît qu'au bout de plusieurs pages et reste noyée dans la masse.

Dans le film, elle prend valeur d'épigraphe, de programme : franchise absolue, telle est la ligne morale du personnage, telle est aussi celle du film."

(Jean Sémolué, Bresson, pages 61-62)

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Marin Karmitz, MK2 : Peut-on changer la vie en créant un lieu de vie ? La réponse est oui

"...en 1996, en ouvrant le MK2 Quai de Seine, j'ai réalisé un rêve: ouvrir des salles à un emplacement exceptionnel, le long du canal de la Villette, deserté par la culture et en particulier par le cinéma, toutes les salles de quartier ayant fermé.

La place Stalingrad était un haut lieu de la drogue où il était dangereux de sortir le soir.

Peut-on changer la vie en créant un lieu de vie ? La réponse est oui, si j'en juge par ce que disent les habitants du quartier et d'ailleurs."

Marin Karmitz, Profession producteur, Conversations avec Stéphane Paoli, page 77

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Claude Sautet : cette explication des personnages par leur entourage. La solitude apparaît mieux dans le groupe

VINCENT, FRANCOIS, PAUL... ET LES AUTRES - CLAUDE SAUTET

VOD (Film à voir en ligne) : VINCENT, FRANCOIS, PAUL... ET LES AUTRES - CLAUDE SAUTET

Claude Sautet :

"...cette explication des personnages par leur entourage.

La solitude apparaît mieux dans le groupe, j'en sais quelque chose.

Il y a ces moments de chaleur qui créent une illusion extraordinaire et qui font mieux ressortir le fait que la solitude se situe à un niveau qui n'est pas celui que l'on croit".

cité par Sandra Marti, Claude Sautet, page 43

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