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Michel Bouquet : Je n'ai pas un public énorme mais il n'est pas là par hasard. Ils savent très bien qu'il va falloir ouvrir ses oreilles

Michel Bouquet : "Je n'ai pas un public énorme. Maintenant que je vais bientôt disparaître - et j'en suis content - je peux l'évaluer entre 70 000 et 120 000 personnes pour le théâtre et au cinéma entre 400 000 et 600 000.
...
C'est un public fidèle. Il n'est pas là par hasard. Je peux leur balancer Ionesco ou Beckett ou Molière ou Thomas Bernhardt, ils savent très bien qu'il va falloir ouvrir ses oreilles. Mais ça me suffit amplement. Je n'ai pas besoin de millions et de millions. Ca ne m'intéresse pas."

Long entretien avec Michel Bouquet et Fabrice Luchini à lire dans L'Express : Bouquet / Luchini, l'interview croisée, Par Laurence Liban

Voir aussi : Fabrice Luchini : En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Non mais vous entendez comme c'est écrit !

MICHEL BOUQUET - Le Malade imaginaire, Théâtre de la Porte Saint Martin Paris (Xème). Jusqu'au 4 janvier.
http://www.portestmartin.com/

FABRICE LUCHINI - Le Point sur Robert, Espace Cardin, Paris (VIIIème).
Du 20 décembre au 20 janvier.
http://www.pierrecardin.com/Dculture/espace_cardin_gb.html

Le Malade imaginaire de Molière
Mise en scène Georges Werler Avec Michel Bouquet

Michel Bouquet est le malade imaginaire

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Fabrice Luchini : En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Non mais vous entendez comme c'est écrit !

Fabrice Luchini Le point sur Robert
Espace Pierre-Cardin Paris - 3, avenue Gabriel 75008 Paris
du 22/12/2009 au 31/12/2009 dimanche: 17h00

FABRICE LUCHINI - CELINE BAUDELAIRE PROUST FLAUBERT NIETZSCHE

Long entretien avec Fabrice Luchini à lire dans L'Express.

Extrait :

"Prenez La Fontaine :

"Une tortue était, à la tête légère, qui, lasse de son trou, voulut voir le pays..."

Si ce texte n'éveille pas en vous tout ce qu'il y a de burlesque, d'inquiétant, de prodigieux... Mais c'est le texte de La Fontaine qui fait ça, pas la diction de Luchini ! Moi, je ne fais que le faire résonner.

(...)

En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Mais il faut avoir une nature suffisamment ébranlée et douloureuse pour être acteur.

(...)

Revenons à La Fontaine :

"Certain ours montagnard, ours à demi léché."

Ours à demi léché. Formidable ! On ne sait pas : il n'est pas mal léché, il n'est pas bien léché, il est "à demi" léché. Ça a l'air de rien mais c'est une nuance.

"Certain ours montagnard, ours à demi léché, [...] Nouveau Bellérophon vivait seul et caché. Il fût devenu fou, la raison d'ordinaire n'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés."

Non mais vous entendez comme c'est écrit ! Ce n'est pas écrit, c'est autre chose !... Là où les écrivains écrivent, La Fontaine, lui, est dans le nerf ! C'est du miracle. Il n'y a aucune rhétorique.

En ce moment, je travaille Baudelaire. Je prépare un spectacle sur la musique classique et Baudelaire, qui sera un spectacle hyper-pointu, avec du piano, une chanteuse d'opéra, etc... Je ne suis pas fou de Baudelaire mais je suis fasciné par la belle oeuvre, le bel ouvrage :

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; adieu vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, et, comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; l'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd."

Ça, c'est une forme prodigieuse. Mais La Fontaine est supérieur ! La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance :

"Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie."

Vous rendez-vous compte ? "Si bien que tout ours..." D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" :

"Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait."

A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court."

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André Bazin et les Dames du Bois de Boulogne de Robert Bresson : dialogue racinien

"Il n'a fallu que le bruit d'un essuie-glace d'automobile sur un texte de Diderot
pour en faire un dialogue racinien"

"Dans Les Dames du Bois de Boulogne, Bresson a spéculé sur le dépaysement d'un conte réaliste dans un autre contexte réaliste. Le résultat, c'est que les réalismes se détruisent l'un l'autre, les passions se dégagent de la chrysalide des caractères, l'action des alibis de l'intrigue, et la tragédie des oripeaux du drame. Il n'a fallu que le bruit d'un essuie-glace d'automobile sur un texte de Diderot pour en faire un dialogue racinien."

André Bazin,
Le "Journal d'un curé de campagne" et la stylistique de Robert Bresson,
Cahiers du Cinéma, n°3, juin 1951

André Bazin, Qu'est-ce que le cinéma ?, page 112

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Bresson dit qu'avant de changer de régime ou de société, il convient de modifier l'homme

Vidéo : Extrait du film de Robert Bresson, "Le diable probablement"
(Scène de l'autobus)

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"...si Bresson dit qu'avant de changer de régime ou de société, il convient de modifier l'homme, son discours fait peur. Aussi le rejette-t-on et tente-t-on de le réduire au silence. Le Diable, probablement. De la Genèse à l'Argent en passant par la douceur et le rêve, c'est le procès-verbal sans appel d'un itinéraire de perdition. Oui, Bresson juge et condamne, concluant à la victoire du Mal sur le Bien.

L'étonnant est qu'il le fasse avec la force tranquille de l'évidence, avec des cadrages et non par des discours, par l'image plus que par le dialogue, c'est-à-dire en artiste et non pas en politique."

Bresson moraliste,
La manipulation : la grâce, le hasard et le diable.

Extrait de la page 21 de "Robert Bresson. L'aventure intérieure",
par René Prédal. Numéro spécial L'Avant-Scène Cinéma, nº 408/409, Janvier Février 1992

Coffret Bresson 3 DVD MK2 :
Un condamné à mort s'est échappé / Lancelot du Lac / Le Diable probablement

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Julien Gracq : la lueur finissante du Graal donne au film de Bresson sa densité de contre-jour très noir

Extraits d'un texte de Julien Gracq sur Lancelot du Lac, film de Robert Bresson:

"J'ai vu le film au sortir du montage. Ce qu'il a conservé de cette braderie d'antiquaire, c'est exactement ce qu'un peplum américain à grand spectacle aurait coupé. Des figurants, une rumeur à peine dans la bande sonore. Des jouteurs, le poignet seul qui abaisse la lance en garde, la main qui tapote l'encolure du cheval. Des spectateurs du tournoi, rien que le bloc de têtes qu'on voit osciller comme un métronome d'un bord à l'autre du court de tennis. La fureur inextinguible de couper, de sabrer l'inessentiel, ne peut aller plus loin.

(...)

Ce qui subsiste, étrangement, de ce massacre, ce qui en surgit plutôt, neuf et encore jamais vu, c'est ce que les romans de la Table ronde eux-mêmes ne montrent jamais. Le sang. Les blessures. La fatigue. La boue. La brutalité du choc.

(...) qui fait du drame de Lancelot et de Guenièvre (...) au sens littéral du terme, un désastre, un sort fatal, jeté sur tout un groupe humain par l'éclipse de la seule étoile autour de laquelle il gravitait

(...) la lueur finissante du Graal comme un soleil couchant donne [au film] sa densité de contre-jour très noir."

(Cité par Jean Sémolué, Bresson, pages 319-321)

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Robert Bresson : Vois ton film comme une surface à couvrir

"Comment se dissimuler que tout finit sur un rectangle de toile blanche suspendu à un mur ? (Vois ton film comme une surface à couvrir.)"

Robert Bresson, Notes sur le cinématographe

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Robert Bresson : Egalité de toutes les choses filmées - Défaire les hiérarchies des significations

"Egalité de toutes les choses. Cézanne peignant du même oeil et de la même âme un compotier, son fils, la montagne Sainte-Victoire."

Robert Bresson, Notes sur le cinématographe

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"Pour Bresson, toute chose convoquée devant la caméra accède au même statut : il est aussi important de filmer un visage, une main, un âne, un arbre, un objet.

(...)

L'égalité filmique de toutes les choses, c'est aussi défaire les hiérarchies des significations (...)".

Robert Bresson, de Philippe Arnaud, page 77

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Photos : AU HASARD BALTHAZAR, Robert Bresson

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