Un parcours original à travers 91 films français.
Chaque film est abordé dans son contexte et commenté, puis complété de ses prolongements dans l'histoire du cinéma français.
Sous la direction de Jean-Luc Douin et Daniel Couty.
Avec la collaboration de Laurent Aknin, N.T. Binh, Pascale Borenstein, Fabien Boully, Sophie Grassin, Jean-Marc Rodrigues, Philippe Rouyer, Jacques Zimmer
Les 91 films français retenus:
(Extraits vidéos et bandes annonces des films, à visionner sur Films7 dans la section: HISTOIRE DE FILMS FRANCAIS)
1896 Arrivée d'un train à La Ciotat, Louis Lumière
1902 Le voyage dans la Lune, Georges Méliès
1914 Fantômas, Louis Feuillade
1923 L'Inhumaine, Marcel L'Herbier
1924 Entr'acte, René Clair
1927 Napoléon, Abel Gance
1928 La Passion de Jeanne d'Arc, de Carl Theodor Dreyer
1930 L'Age d'or, Luis Bunuel
1934 L'Atalante, Jean Vigo
1935 La Kermesse héroïque, Jacques Feyder
1935 Le crime de Monsieur Lange, Jean Renoir
1936 La Belle Equipe, Julien Duvivier
1936 Le roman d'un tricheur, Sacha Guitry
1937 Pépé le Moko, Julien Duvivier
1937 La grande illusion, Jean Renoir
1937 Drôle de drame, Marcel Carné
1938 La femme du boulanger, Marcel Pagnol
1939 Sierra de Teruel (Espoir), André Malraux
1939 Le jour se lève, Marcel Carné
1939 La Règle du jeu, Jean Renoir
1941 Remorques, Jean Grémillon
1943 Le corbeau, Henri-Georges Clouzot
1945 Les enfants du paradis, Marcel Carné
1945 Les dames du bois de Boulogne, Robert Bresson
1946 La Belle et la Bête, Jean Cocteau
1952 Fanfan la Tulipe, Christian-Jacque
1952 Casque d'or, Jean Becker
1953 Madame de, Max Ophuls
1956 La traversée de Paris, Claude Autant-Lara
1957 Maigret tend un piège, Jean Delannoy
1958 Mon oncle, Jacques Tati
1958 Moi, un noir, Jean Rouch
1959 Pickpocket, Robert Bresson
1959 Les yeux sans visage, Georges Franju
1959 Hiroshima mon amour, Alain Resnais
1959 Les Quatre Cents Coups, François Truffaut
1960 A bout de souffle, Jean-Luc Godard
1960 Les bonnes femmes, Claude Chabrol
1962 Jules et Jim, François Truffaut
1963 Les tontons flingueurs, Georges Lautner
1963 Le feu follet, Louis Malle
1963 La jetée, Chris Marker
1963 Le Mépris, Jean-Luc Godard
1964 Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy
1965 Pierrot le fou, Jean-Luc Godard
1966 La grande vadrouille, Gérard Oury
1966 Le deuxième souffle, Jean-Pierre Melville
1966 La religieuse, Jacques Rivette
1969 Z, Costa-Gavras
1969 Ma nuit chez Maud, Eric Rohmer
1970 Peau d'Ane, Jacques Demy
1971 Le chagrin et la pitié, Marcel Ophuls
1972 César et Rosalie, Claude Sautet
1973 La maman et la putain, Jean Eustache
1974 La société du spectacle, Guy Debord
1975 India Song, Marguerite Duras
1975 Que la fête commence..., Bertrand Tavernier
1976 Monsieur Klein, Joseph Losey
1977 Providence, Alain Resnais
1978 Le dossier 51, Michel Deville
1979 Le roi et l'oiseau, Paul Grimault
1979 Série noire, Alain Corneau
1979 Drôlesse, Jacques Doillon
1980 Buffet froid, Bertrand Blier
1981 Coup de torchon, Bertrand Tavernier
1981 La femme d'à côté, François Truffaut
1982 Le père Noël est une ordure, Jean-Marie Poiré
1983 A nos amours, Maurice Pialat
1984 L'Amour par terre, Jacques Rivette
1984 Les nuits de la pleine lune, Eric Rohmer
1985 Shoah, Claude Lanzmann
1985 Sans toit ni loi, Agnès Varda
1985 L'effrontée, Claude Miller
1985 Mauvais sang, Leos Carax
1986 Thérèse, Alain Cavalier
1988 Le grand bleu, Luc Besson
1989 Les baisers de secours, Philippe Garrel
1990 Cyrano de Bergerac, Jean-Paul Rappeneau
1990 Van Gogh, Maurice Pialat
1991 Delicatessen, Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
1994 La reine Margot, Patrice Chéreau
1994 Les roseaux sauvages, André Techiné
1994 Délits flagrants, Raymond Depardon
1996 Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Arnaud Desplechin
1997 On connait la chanson, Alain Resnais
1999 La captive, Chantal Akerman
1999 L'Humanité, Bruno Dumont
2000 Le goût des autres, Agnès Jaoui
2001 A ma soeur!, Catherine Breillat
2004 A tout de suite, Benoît Jacquot
2004 L'esquive, Abdellatif Kechiche



Cent ans de cinéma français
Cent ans de cinéma français
D’après une invention des frères Lumière, avec dans les rôles principaux Arletty, Jean Gabin, Brigitte Bardot, Alain Delon et Catherine Deneuve, sur une musique de Michel Legrand, dialogues Jacques Prévert, mise en scène Luc Besson, une superproduction : le grand film d’un siècle de cinéma français.
Affolement dans la salle. Une locomotive fonce à toute allure. Elle se rapproche : on dirait qu’elle va percer l’écran. Des spectateurs, épouvantés, tentent de fuir... Voilà. Le cinéma vient de naître, en ce 28 décembre 1895, au Grand Café, sur les grands boulevards, à Paris. Mais nul ne se doute encore que ces images tremblotantes, aujourd’hui si émouvantes, viennent de donner naissance à un art, le septième du nom. Eblouis par ce qu’ils découvrent, les pionniers font leur la devise de Danton : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » Ils foncent. Ils essaient. Ils trouvent. Si les frères Lumière sont, comme l’a dit Jean-Luc Godard, les derniers des impressionnistes, Georges Méliès devient le premier poète de l’art nouveau. Dans ses studios - il faut oser ! - il reconstitue des actualités : le sacre d’Edouard VII, par exemple. Et, à l’aide de trucages merveilleux, il tourne de courtes féeries, dont le célèbre Voyage dans la lune (1902). Le public s’y rue. Comme il se rue, quelques années plus tard, pour voir les feuilletons mystérieux de Louis Feuillade, Fantômas ou les Vampires. Abel Gance, lui, oeuvre dans le grandiose : pour son Napoléon (1927), il invente le triple écran, l’ancêtre du Cinérama, en toute simplicité.
Le réalisme poétique des années 30
Nouvelle surprise, au début des années 30 : le cinéma était doué de parole et il ne le savait pas ! Comme il en use très librement, certains lui reprochent aussitôt d’en abuser. Comme si l’on pouvait parler trop lorsque Sacha Guitry, Marcel Pagnol ou Jacques Prévert dialoguent pour vous ! « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? », s’indigne Arletty dans Hôtel du Nord. « Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit "bizarre, bizarre" », chevrote Michel Simon à Louis Jouvet, dans Drôle de drame. « Moi, j’ai dit "bizarre" ? Comme c’est bizarre », répond l’autre.
Les acteurs sont les rois de la fête : Raimu, Fernandel, Viviane Romance. Depuis qu’il lui a murmuré, dans Quai des brumes, « T’as d’beaux yeux, tu sais ! », Jean Gabin et Michèle Morgan forment le couple cinématographique français par excellence. Bientôt, on ne jure plus que par Danielle Darrieux. Toutes les femmes s’habillent, se coiffent et chantonnent comme elle pendant ces années noires de l’Occupation où le coeur des Français bat caché, comme celui des amants statufiés des Visiteurs du soir... Avec le triomphe des Enfants du paradis de Marcel Carné, considéré comme l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma, avec la prolifération des ciné-clubs, s’impose à la Libération, la notion « d’auteur ». Les stars s’effacent au profit des cinéastes et de leur univers : Jacques Tati et Jour de fête, Robert Bresson et les Dames du bois de Boulogne, Jean Cocteau et la Belle et la Bête. Parmi les plus acharnés à défendre le cinéma d’auteur, à travers la revue des Cahiers du cinéma, le critique André Bazin et son disciple, le jeune François Truffaut. Au début des années 50, tandis que Fernandel fait un malheur en curé dans Don Camillo et que Gérard Philipe entraîne tous les coeurs dans Fanfan la tulipe, Truffaut vitupère contre son cinéma chéri qui lui semble tombé entre les mains de techniciens froids et sans âme. Tout de même, Truffaut défend passionnément Renoir, Bresson, Becker ou Max Ophuls. Il défend aussi une « starlette » que tout le monde attaque : Brigitte Bardot.
Après quelques films mineurs, elle devient la plus grande star du cinéma français, en 1956, avec Et Dieu créa la femme de Roger Vadim. Ce n’est pas parce qu’elle se vautre dans le péché que Bardot fait scandale, mais parce qu’elle pourrait s’y vautrer, si le coeur lui en disait. C’est sa liberté que la bourgeoisie, dont elle est elle-même issue, juge insupportable. Bardot tue ce que l’après-guerre avait accumulé de pesanteur et de rigorisme. A sa suite, tout explose. A coups de maladresses géniales, Godard, à partir d’A bout de souffle, viole la grammaire du cinéma. Agnès Varda filme les rues (Cléo de cinq à sept), François Truffaut, l’évolution de son double, Antoine Doinel (les Quatre Cents Coups, l’Amour à vingt ans, Baisers volés).
Bardot et la révolution de la Nouvelle Vague
Jacques Rivette, dans un Paris qui lui appartient, invente des complots balzaciens. Eric Rohmer entame ses « contes moraux », dont le plus célèbre est Ma nuit chez Maud. Jacques Demy et Michel Legrand, eux, inventent, avec les Parapluies de Cherbourg, un genre nouveau : ni comédie musicale, ni opéra ; non, un film « en chanté ». Une nouvelle génération d’acteurs interprète ces films où l’on ose tout : Catherine Deneuve et sa soeur, Françoise Dorléac, Jeanne Moreau, Anna Karina, Bernadette Lafont et, bien sûr, Jean-Paul Belmondo qui va, d’A bout de souffle à Pierrot le fou de Godard, en passant par l’Homme de Rio de Philippe de Broca, faire voler en éclats l’image du jeune premier classique.
La décennie qui suit est moins aventureuse. Les acteurs populaires sont des quadra - voire des quinqua - génaires : Philippe Noiret, Michel Piccoli, Yves Montand. Tous trois tournent avec la bien-aimée des Français : Romy Schneider. Le premier dans le Vieux fusil de Robert Enrico, les deux autres, sous la direction de Claude Sautet (les Choses de la vie, César et Rosalie). Sautet devient le chantre d’une France dont l’inquiétude se dissimule sous une tradition de bon aloi. Impeccable, tout cela est impeccable.
Ceux qui ruent dans les brancards le payent cher. Patrick Dewaere se suicide. Jean Eustache meurt quelques années après avoir signé un film brutal sur l’insatisfaction et le désespoir : la Maman et la Putain. Tout de même, les années 70 révèlent un couple de stars : Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Elle, elle se fait rare sur les écrans, mais chacune de ses apparitions est un événement, de l’Histoire d’Adèle H à la Reine Margot. Lui a une boulimie de rôles. Avec le temps, le voyou des Valseuses joue du Zola (Germinal) et du Balzac (le Colonel Chabert). Que s’est-il passé, entre-temps ? Beaucoup de choses. Jacques Demy est mort. Et Truffaut aussi, après avoir tourné deux de ses plus beaux films, la Femme d’à côté et Vivement dimanche ! avec Fanny Ardant « qui semble venue d’un pays qui n’existe pas », selon son expression.
Une génération d’esthètes est arrivée, petits génies de la belle image : le loft de Diva est devenu aussi célèbre que la bouche de Béatrice Dalle dans 37°2 le matin, de Jean-Jacques Beineix. Les jeunes se sont trouvés une idole en Luc Besson, dont ils ont vu le Grand Bleu une bonne dizaine de fois. Et Christian Clavier est devenu le Louis de Funès d’un Gérard Oury moderne : Jean-Marie Poiré, le réalisateur des Visiteurs.
A l’heure des bilans, tout n’est pas rose, mais le cinéma français existe. Mieux : il fait exister les autres. Ni Talons aiguilles de l’Espagnol Pedro Almodovar, ni Bleu, Blanc et Rouge du Polonais Krzysztof Kieslowski n’auraient pu voir le jour sans ce système d’aides, que certains critiquent et que beaucoup de pays européens envient à la France. Et puis, quelle palette d’auteurs ! Alain Resnais vient de tourner son film le plus inventif : Smoking, No smoking, André Téchiné, dans la force de l’âge, réussit son film le plus libre : les Roseaux sauvages et nous attendons cette année les derniers-nés, entre autres, de Jean-Paul Rappeneau (le Hussard sur le toit avec Juliette Binoche), Bertrand Tavernier (l’Appât) ou Claude Lelouch (les Misérables du XXe siècle).
Les jeunes ne sont pas en reste. Que de noms, presque encore inconnus, mais qui ne le resteront pas longtemps : Arnaud Desplechin, Laurence Ferreira Barbosa, Marion Vernoux, Tonie Marshall, Pascale Ferran, Mathieu Kassovitz... C’est qu’il est vivace, ce vieux cinéma français centenaire. Vivace et bien décidé à rester vivant. Ce numéro de Label France en est la preuve.
Pierre Murat
Source = France Diplomatie