SIGNATAIRES HADOPI : CINEASTES POUR et CINEASTES CONTRE - Loi Création et Internet

HADOPI et le monde du cinéma - Prises de position et argumentaires... :

1 : Les arguments des cinéastes favorables à la loi Création et Internet, et liste des signataires:

HADOPI : lettre ouverte des cinéastes aux députés

Madame la Députée, Monsieur le Député,

Cinéastes, auteurs du cinéma et de l'audiovisuel, c'est très solennellement que nous nous adressons à vous. Alors que la loi "Création et Internet" a été adoptée à la quasi unanimité par le Sénat, dans un climat de consensus et de réflexions positives, le débat qui a débuté à l'Assemblée Nationale s’avère plus passionné. Il est de notre responsabilité de vous alerter contre certaines approximations et contre des campagnes démagogiques, voire mensongères, qui pourraient vous faire passer à côté des vrais enjeux.

Ce qui se joue aujourd'hui, ce n'est pas seulement la rémunération des ayants droits, c'est surtout l'avenir de la création et la possibilité de produire les œuvres futures. En effet, le financement des films repose sur des exclusivités successives que les différents intervenants achètent ou préachètent. Alors qu'en 2008, pour la première fois, le nombre de téléchargements illégaux de films a dépassé le nombre d'entrées en salle, c'est tout cet édifice qui menace de s'effondrer.

Bien évidemment, les cinéastes ne sont pas les ennemis d'internet, au contraire. Nous sommes tous des internautes. Mais ce qui est un extraordinaire outil de culture, d'échange et de circulation des œuvres risque de devenir l'instrument de la mort de notre diversité culturelle, si nous ne réussissons pas à lui donner un cadre légal, accepté et respecté.

Aujourd'hui, dans l'état actuel de la législation, nous n'avons à notre disposition qu'un seul recours pour défendre la liberté de créer : la plainte en justice. Or nous n'en voulons pas, justement parce que nous ne sommes pas les ennemis des internautes. Aujourd'hui, un internaute poursuivi par des ayants droits risque jusqu'à 3 000 € et 3 ans de prison. Mais qui peut imaginer qu'un créateur veuille jeter en prison celui qui a choisi de regarder son œuvre ? Certainement pas nous et nous avons besoin d'un nouveau cadre légal, moins répressif mais plus efficace.

Ce projet de loi respecte les internautes. Il propose, à l'opposé de la situation actuelle, un processus pédagogique qui, nous en sommes profondément convaincus, va progressivement installer un autre fonctionnement, plus responsable, des échanges sur internet.

Nous savons bien que cette loi ne résoudra pas tout et ne suffira pas à éradiquer le piratage. Nous savons aussi que dès lors qu'un internaute ou l'un de ses proches, habitué à télécharger illégalement sans considérer qu'il est réellement en infraction, aura reçu un premier mail d'avertissement il saura concrètement que la régulation d'internet existe.
Par la suite, s'il reçoit un deuxième mail ou une lettre recommandée, il saura que s'il continue à télécharger illégalement, il prend des risques.

Nous n'avons pas la naïveté de croire que tous cesseront, mais nous savons que, de même que "la fauche" dans les magasins n'est jamais ramenée à zéro, si une minorité conserve des comportements illicites, les autres préféreront respecter les règles et ne pas prendre de risques. Le simple fait de savoir que des règles existent, qu'un organisme est chargé de les faire respecter et se manifeste, modifiera le comportement de la majorité.

Certains veulent faire croire que cette loi serait "liberticide". C'est scandaleusement faux. Pourquoi ne le considèrent-ils pas lorsqu’un FAI coupe l'accès à internet de celui qui n'a pas payé son abonnement ? Les valeurs du commerce sont-elles supérieures à celles de la création ? La suppression du permis de conduire de celui qui a commis trop d'infractions est-elle "liberticide" ?

Rappelons à ce propos que la loi n'envisage qu'une suspension, brève, de la possibilité de télécharger, sans toucher aux autres offres liées.

Rappelons aussi que celui dont la suspension provisoire est effective – parce qu'il a récidivé malgré les démarches et les avertissements – a toujours la possibilité de consulter ses mails ou de naviguer sur Internet chez quelqu'un d'autre ou dans les lieux d'accès collectifs.

Rappelons enfin que, contrairement à la situation actuelle, les ayants droits lésés ne connaitront jamais l'identité de l'internaute concerné.

Cette accusation d'être "liberticide", répétée à l'envi, nous révolte, nous qui nous sommes toujours battus pour défendre la culture et son accès au plus grand nombre, dans le respect de toutes les libertés. Nous affirmons que ce projet de loi respecte la liberté des internautes tout en protégeant celle de créer.

Nous le savons aussi, la seule chance pour que le nouveau dispositif nous protège efficacement est que se développe parallèlement une véritable offre légale de qualité, abordable, sécurisée, diverse et ouverte. Il est tout aussi urgent de la mettre en place.

Pour que cette offre puisse se construire, il faudra notamment procéder à une réforme en profondeur de la chronologie des médias pour permettre, pour l’ensemble des publics, la mise à disposition des films en vidéo et en vidéo à la demande plus tôt après leur sortie en salles tout en protégeant notre système de préfinancement des films et la vie des films en salles. Nous sommes conscients de cette exigence et nous soutiendrons tout accord professionnel ou tout amendement parlementaire qui irait dans ce sens.

En défendant sans réserve ce projet de loi, nous ne nous sommes pas transformés en défenseurs acharnés de quelque corporatisme ou de quelques majors incapables de faire évoluer un modèle économique obsolescent. Nous nous situons dans la continuité de nos combats, en France comme à l'international, pour la diversité culturelle. Et nous tenons à rappeler que ces combats essentiels ont toujours été soutenus par tous les gouvernements successifs au delà des clivages politiques.

Votre responsabilité, Mesdames et Messieurs les parlementaires sera donc grande dans les prochains jours et les prochaines semaines. Entre une ère numérique sans règles qui abdique tout soutien à la culture et une société numérique qui préserve les bases du financement de la création sans rien renier des libertés individuelles, votre choix sera décisif pour notre avenir.

Nous espérons que vous vous rallierez, avec la communauté unie des cinéastes et des auteurs, à ce projet de loi que nous estimons juste, ambitieux et adapté aux enjeux de demain.

Nous vous prions de croire, Madame la Députée, Monsieur le Député, en l'assurance de notre considération distinguée.

Cinéastes signataires:

Michel ANDRIEU
Jean-Jacques ANNAUD
Jean BECKER
Jean-Jacques BEINEIX
Vera BELMONT
Djamel BENSALAH
Jacob BERGER
Michel BOUJENAH
Patrick BRAOUDE
Guillaume CANET
Christian CARION
Malik CHIBANE
Alain CORNEAU
Jean-Loup DABADIE
Dante DESARTHE
Jacques FANSTEN
Costa GAVRAS
Laurent HEYNEMANN
Agnès JAOUI
Pierre JOLIVET
Gérard JUGNOT
Cédric KLAPISCH
Georges LAUTNER
Patrice LECONTE
Philippe LIORET
Radu MIHAILEANU
Claude MILLER
Jean-Marie POIRE
Jean-Paul RAPPENEAU
Jean-Paul SALOME
Coline SERREAU
Bertrand TAVERNIER
Pascal THOMAS
Danièle THOMPSON
Bertrand VAN EFFENTERRE
Francis VEBER
Christian VINCENT

2 : Les arguments des cinéastes opposés à la loi Création et Internet, et liste des signataires:

Pour le cinéma

Une immense victoire pour le cinéma et les libertés
Pour la quatrième fois dans l'histoire de la Ve république, un projet de loi a été rejeté après son passage en Commission Mixte Paritaire.

Nous nous réjouissons de cet événement quasi sans précédents qui fait honneur à la France et qui représente à la fois une victoire du cinéma dans sa diversité et des libertés.

Cinéastes, acteurs, producteurs, nous avions signé il y a quelques jours une tribune dénonçant les dangers de cette loi et appelant à un changement de mentalités. L'Assemblée nationale vient de nous donner la formidable opportunité de le faire. Commençons à réfléchir, dès aujourd'hui, aux nouvelles perspectives que nous offre internet et aux nouvelles formes de diffusion des oeuvres qui doivent être trouvées.

La diversité de la création doit dès aujourd'hui revenir au centre de la réflexion sur les enjeux de la révolution numérique, au même titre que la protection des libertés individuelles et des auteurs. Complétement oubliées dans ce projet de loi, elles sont pourtant les poumons de la création.

Espérons que le cinéma dans toute sa diversité, le cinéma que nous défendons, et qui fait l'honneur de la France dans les festivals et les salles du monde entier, reprenne la place qui lui est due dans ces débats.

Réjouissons-nous de cette victoire pour les libertés, pour le cinéma et pour la culture !

Signataires:

Victoria Abril (actrice)

Chantal Akerman (réalisatrice)

Agathe Berman (productrice)

Paulo Branco (producteur)

Catherine Deneuve (actrice)

Louis Garrel (acteur)

Yann Gonzalez (comédien)

Clotilde Hesme (actrice)

Christophe Honoré (réalisateur)

JP Limosin (acteur)

Chiara Mastroianni (actrice)

Zina Modiano (réalisatrice)

Gael Morel (réalisateur)

Eva Truffaut (artiste cinéaste, ayant-droit de François Truffaut)

Brigitte Rouan (réalisatrice)

Françoise Romand (réalisateur)

Laurence Ferreira Barbosa (réalisateur)

Santiago Amigorena (réalisateur)

Jeanne Balibar (actrice)

Luc Wouters (SRF)

Jean Sainati (ex délégué de l'ALPA général de 88 à 2002)

Pierre Cattan (producteur)

Gilles Sandoz (producteur

Pascal Verroust (ADR productions)

Timothy Duquesne (auteur)

Agnès de Cayeux (azuteur

Nathalie Chéron (directrice de casting)

Gisčle Rapp-Meichler (cinéaste)

Sylvain Monod (producteur, cinéaste)

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Lettre ouverte des artistes à la première secrétaire du PS

Submitted by Artistes pour Hadopi (not verified) on Thu, 04/30/2009 - 20:08.

HADOPI

Lettre ouverte des artistes à la première secrétaire du PS, Martine Aubry :

Les auteurs, associés à cent cinquante autres signataires du monde de la création artistique, s'indignent de l'attitude du Parti socialiste dans le débat parlementaire sur la loi création et Internet.

Par Jean-Jacques ANNAUD, Guy BEDOS, Sarah BIASINI, Alain CORNEAU, Gérard JUGNOT, Philippe LIORET, Jean-Paul RAPPENEAU, Jean ROCHEFORT, Danièle THOMPSON et Nadine TRINTIGNANT

Madame la Première Secrétaire,

Nous, réalisateurs, scénaristes, compositeurs, auteurs, artistes interprètes, techniciens, producteurs de cinéma ou de musique, éditeurs de musique, distributeurs de films, éditeurs, éditeurs vidéo, exploitants de salles de cinéma, agents artistiques, managers d'artistes et les organisations qui les représentent… sommes atterrés par les positions défendues par le Parti socialiste et voulons exprimer publiquement notre colère.

Nous avons le sentiment d'être les otages d'une bataille politique menée par les députés socialistes contre le projet de loi création et Internet, à laquelle sert d'instrument une «licence globale» rejetée il y a quatre ans et rebaptisée «contribution créative».

La «licence globale» ou «contribution créative» consiste à instituer un forfait obligatoire, qui devrait être versé par tous les abonnés à Internet, contre un droit d'utilisation sans limites et sans cadre de toutes les œuvres cinématographiques, musicales et bien d'autres encore. Une telle mesure irait à l'encontre de toute régulation de nos secteurs culturels, en particulier celui du cinéma, qui figurent parmi les plus dynamiques au monde mais sont également fragiles.

Cette régulation passe notamment par la chronologie des médias pour le cinéma, ainsi que par le respect des droits d'auteur, inventés par la France de Beaumarchais et qui ont, depuis, accompagné avec succès toutes les mutations techniques, industrielles et économiques.

Faut-il rappeler au Parti socialiste, dont les options culturelles ont si fréquemment été partagées et soutenues par beaucoup d'entre nous, que le développement de l'ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique ?

Aujourd'hui, le Parti socialiste à l'Assemblée n'a de cesse de prétendre que la propriété littéraire et artistique est accaparée par des groupes multinationaux et des privilégiés, mettant ainsi en cause la légitimité même du droit d'auteur.

Cette attitude ignore délibérément que l'économie de nos secteurs culturels s'appuie sur le fait que les œuvres plus exigeantes, moins grand public, bénéficient pour leur financement du succès que connaissent d'autres œuvres.

Chacun a pu constater que nous nous sommes prononcés de façon ultramajoritaire en faveur du projet de loi création et Internet.

Le «coup de théâtre» du 9 avril, qui pourrait engendrer de graves conséquences dans les relations entre le monde de la culture et le Parti socialiste, est très regrettable car cet acte a été accompli au mépris de la défense de la création, des droits d'auteur, de notre diversité culturelle.

Nous avons le sentiment que le Parti socialiste, celui-là même qui était porteur de la loi Lang du 3 juillet 1985 sur les droits d'auteur et les droits voisins, a décidé de tourner le dos au monde de la création et des industries culturelles.

Pour toutes les raisons ainsi exposées, les signataires de cette lettre ouverte souhaiteraient vous rencontrer, Madame la Première Secrétaire, en lien avec la reprise des débats.

Création et Internet, par Patrick Zelnik et Rémi Bouton

Submitted by HADOPI (not verified) on Tue, 05/05/2009 - 01:55.

Point de vue

Création et Internet, par Patrick Zelnik et Rémi Bouton

LE MONDE | 27.04.09

Etrange et effrayante, cette controverse sur la loi Création et Internet complètement déconnectée de la crise économique mondiale. Au moment précis où la droite et la gauche, ensemble, dénoncent l'ultralibéralisme et la déréglementation, et préconisent d'une même voix la régulation du marché, certains intellectuels (de gauche ?), économistes, politiciens s'acharnent contre le projet de loi, qu'ils qualifient de répressif et liberticide.

Effrayante, cette démagogie ignore en bloc le fonctionnement de l'économie de la musique, le système de rémunération des auteurs et des artistes, ou la problématique d'investissement des éditeurs et des producteurs. Une attitude libérale consisterait à laisser faire le marché : à laisser s'écrouler le tissu de producteurs, de managers, d'éditeurs - indépendants ou majors - en espérant que des "business models" émergent sur les ruines et qu'en attendant, auteurs et artistes interprètes puissent vivre de leurs économies...

Une attitude responsable consiste à soutenir ce projet de loi en tant que première étape nécessaire à la construction d'une politique culturelle numérique audacieuse. Que la France se déchire autour d'un texte de loi, sous l'oeil intéressé des nations du monde entier, qui cherchent elles aussi une réponse à cette révolution numérique, pourrait avoir un avantage : celui de construire le débat. Malheureusement celui-ci se limite à quelques préjugés anti-show-business en ignorant - ou feignant d'ignorer - les métiers de la musique et du cinéma. Les entrepreneurs culturels, qui investissent leur capital personnel et prennent des risques ne pourront survivre sans un retour sur investissement. Le risque est la justification morale du profit, le contraire de l'argent facile.

Les internautes se trompent de cible : ce sont les "tuyaux" qui s'enrichissent, aux dépens des artistes et des producteurs. La régulation du Net est incontournable, sauf à considérer que tout produit qui peut se numériser, se copier et s'échanger deviendrait de fait gratuit. Au-delà de la musique et du cinéma, les services par abonnement des télévisions payantes ou de vidéos à la demande disparaîtraient également.

Personne ne souhaiterait aujourd'hui revenir au temps où les voitures pouvaient traverser les villages à 100 à l'heure et où les passants n'avaient qu'à se pousser. Pourtant, à l'époque, la voiture était le symbole de la liberté. Il en est de même aujourd'hui d'Internet. Il faudra du temps, nous en sommes conscients, pour trouver un consensus sociétal sur la musique comme il en a fallu sur les comportements routiers. Mais il est urgent d'agir pour la musique et le cinéma. Les détracteurs de la loi l'ont caricaturée grossièrement. Elle est pédagogique, préventive et dissuasive. Elle est nécessaire et vitale, car elle fera comprendre au public qu'il ne faut pas mettre à la disposition de tous des oeuvres que l'on n'a pas soi-même créées, au risque de ruiner leurs auteurs et tous ceux qui sont intervenus sur leur création. Ces 1 001 métiers de la musique méritent salaire !

Une fois la loi votée, il sera plus que temps de construire les nouvelles bases des industries culturelles en France et en Europe en organisant dans six mois des Etats généraux de la création pour aborder sans tabou les questions laissées en suspens par la loi, notamment le financement de la création et de la production. Ce sera aussi l'occasion de dresser un premier bilan de son efficacité et d'éventuels effets pervers, d'ordre éthique notamment.

La licence globale telle qu'elle était conçue était légitime dans son principe, mais inapplicable et injuste. Elle aurait déterminé une fois pour toutes le prix de la musique en fonction d'un abonnement à Internet. Mais cette licence trop globale, qui était sortie par la porte, revient en force - par la fenêtre, sous forme de licences bilatérales conclues entre les majors et les fournisseurs d'accès. Ces accords sont la réplique exacte de la licence globale, car ils prévoient une rémunération forfaitaire pour l'utilisation des contenus.

Il est impératif que les artistes et les indépendants puissent bénéficier automatiquement desdits accords bilatéraux actuellement négociés par les majors. Un droit de licence serait incorporé aux droits d'auteur et aux droits voisins (droits des producteurs). Les artistes et les producteurs s'approprieraient ainsi le droit d'utilisation de leur création sur Internet. Un tel mécanisme permettrait d'assurer l'égalité des chances entre les majors et les indépendants, atténuant ainsi les effets de la concentration sur le Net.

La reprise du marché suppose en effet l'existence et le développement, à côté des grands groupes de communication, d'un tissu de petites et moyennes entreprises culturelles indépendantes - acteurs incontournables de la diversité.

Le financement du droit de licence serait assuré par les FAI (fournisseurs d'accès à Internet), en prenant garde qu'il ne soit pas répercuté sur les internautes. Quant à son prix, il ferait l'objet d'une négociation entre les FAI, les producteurs et les artistes. Mais faute d'arbitrage des pouvoirs publics, les fournisseurs d'accès s'opposeront à toute nouvelle contribution financière s'ajoutant à la nouvelle taxe destinée à financer l'audiovisuel public (pour compenser la réduction des recettes publicitaires des chaînes publiques).

Comment sortir de cette impasse ? Existe-t-il un modèle "gagnant-gagnant" qui puisse satisfaire à la fois les fournisseurs d'accès, les opérateurs mobiles et les producteurs de contenus ? En 1985, la filière musicale a su créer le consensus qui lui a permis de prospérer pendant vingt ans. A propos, Jack Lang est favorable à la loi Création et Internet...

Patrick Zelnik est PDG de la maison de disques Naïve ;

Rémi Bouton est responsable de Pro-Music France.

Maxime Le Forestier : Piratage: laisser faire, c'est pétainiste

Submitted by HADOPI (not verified) on Tue, 05/05/2009 - 20:36.

Piratage: laisser faire, c'est "pétainiste" dit Le Forestier

Maxime Le Forestier et Pierre Arditi, ont co-signé une lettre visant le PS qu'ils accusent de les avoir lâchés dans la lutte contre le téléchargement illégal. Ne pas faire marche arrière sur la dérégulation du monde de la culture, "c'est pétainiste", juge Le Forestier sur Europe 1.

http://www.youtube.com/watch?v=IRz_r8gR-XU

Mon vieil artiste (sur l'air de "Parachutiste")

Submitted by Minga (not verified) on Sat, 05/16/2009 - 16:54.

Je suis citoyen avant d'être "consommateur de biens culturels", et je préfère me passer de ceux-ci que de la liberté de communiquer sans être espionné !
Il y a désormais une quarantaine d’artistes (dont quelques uns que j’aimais bien) dont je n’achèterais plus jamais les "produits culturels", c’est avec ce qui me reste de tendresse que je dédicace à Maxime Le Forestier ces quelques couplets anti-pétainistes, à fredonner sur l’air de "Parachutiste" :

"Mon vieil artiste"

Tu avais juste soixante ans
Quand on t’a r’mis un tapis rouge
Quand on t’a dit "Entre dedans
Tout ce qu’est louche"
C’est pas exprès qu’t’es sarkozyste,
Mon vieil artiste

Alors de coup bas en coup bas
S’est perdue ton intelligence.
Tu ne sais plus voir ici-bas
Que deux engeances :
Les majors et les terroristes,
Mon vieil artiste

Pour ça te viendront les honneurs,
Les colifichets, les médailles
Pour chaque bon mot au vingt heure,
Pour chaque faille,
Pour chaque dollar sur ta liste,
Mon vieil artiste

Mais malheureusement pour toi,
Ils te finiront au karcher :
Plus de conneries, plus de coups bas.
Que vas-tu faire ?
C’est pourri, les lois sarkozystes,
Mon vieil artiste

C’est plus qu’un travail de gaga
D’radoter d’vant ceux qui savent lire,
Surtout qu’ t’apprendra avec moi
Ce que veut dire
Le mot " anticapitaliste ",
Mon vieil artiste

T’en a perdu de ton talent,
Mais tu rates pas une ambassade
Mais comme ça n’se vend plus vraiment,
Tu reste en rade.
C’est pt’êt pour ça qu’ t’ es un vieux triste,
Mon vieil artiste

Mais si t’es vraiment pas gêné
D’être payé à ne rien faire,
Tu peux toujours te recycler
Chez tes confrères.
J’ crois qu’on engage au ministère ... mon vieil artiste !

Minga, 2009. Pastiche sous licence Art Libre : copies légales, libres, et gratuites. Source : revoltes.net.

Excellent !

Submitted by Charles Max (not verified) on Thu, 05/21/2009 - 01:55.

Excellent ! Et bien vu !

Martine Aubry : Le Parti socialiste est aux côtés des artistes

Submitted by PS ET HADOPI (not verified) on Thu, 05/07/2009 - 12:53.

Point de vue

Le Parti socialiste est aux côtés des artistes,

par Martine Aubry

LE MONDE | 07.05.09

Vous avez souhaité interpeller les socialistes sur le projet de loi Hadopi actuellement en discussion à l'Assemblée nationale, en faisant explicitement référence à des convictions et à des valeurs qui nous sont communes. Vous êtes confrontés à une réalité dure que je connais : quel devenir pour le droit d'auteur à l'époque d'Internet? Comment financer la création en France en toute indépendance? Comment soutenir les artistes et notamment les plus jeunes au moment où les pratiques des publics changent et où le pouvoir d'achat est en baisse? Tout cela, je le sais, et je comprends vos inquiétudes et vos angoisses.

Mais c'est justement au nom de ces convictions et de ces valeurs, qui sont celles de la gauche, que nous nous opposons à un texte qui retarde une nouvelle fois l'urgente adaptation du droit d'auteur à l'ère numérique.

Depuis toujours, le Parti socialiste est aux côtés des artistes. Il l'a montré ces dernières années, lors du conflit des intermittents du spectacle – j'y ai d'ailleurs pris ma part comme ministre du travail – ou en s'opposant depuis sept ans à ce que le ministère de la culture devienne le parent pauvre de la République. Sept ans où l'on a sabré les crédits de la création, étouffé l'éducation artistique, dépouillé l'audiovisuel public des ressources complémentaires de la publicité qui l'aidaient à soutenir la production cinématographique, imposé une taxe compensatoire aux fournisseurs d'accès qui aurait justement pu servir à la rémunération des auteurs.

En cela, les socialistes ont été à l'avant-garde pour dénoncer la remise en cause d'un modèle culturel qui a été longtemps un objet de consensus dans notre pays.

En nous opposant à Hadopi, nous nous inscrivons dans la droite ligne de la loi votée à l'unanimité par le Parlement en 1985 qui, en s'abstenant de sanctionner les usages d'alors, avait créé une nouvelle rémunération pour la création : la redevance pour copie privée sur les CD vierges. C'est un défi identique qu'il est nécessaire de relever aujourd'hui au regard des nouvelles technologies, et nous regrettons que le projet de loi Hadopi soit une occasion manquée, et d'ores et déjà un pari perdu d'avance.

Nous considérons que ce texte est perdant-perdant : perdant pour les internautes sur lesquels va désormais peser une présomption de culpabilité; perdant pour les artistes, puisque le projet de loi ne rapportera pas 1euro de plus à la création.

Ce texte instaure en effet un dispositif répressif disproportionné qui n'offrira, à aucun moment, les garanties qui sont celles d'une procédure judiciaire : absence de procédure contradictoire, non-prise en compte de la présomption d'innocence, non-respect du principe de l'imputabilité, possibilité de cumuler sanction administrative, sanction pénale et sanction financière… Force est de constater que la France est le seul pays à s'engager dans une telle voie, la Grande-Bretagne et l'Allemagne y ayant renoncé.
En s'opposant à ce texte aussi inutile qu'inefficace, les socialistes ont souhaité proposer des solutions alternatives afin que les artistes ne subissent pas cette transition et en soient plutôt les acteurs vigilants. Il est urgent d'agir : l'Internet doit financer la création culturelle. Les opérateurs des télécoms, les fournisseurs d'accès à Internet ont fondé une part de leur développement sur les échanges d'œuvres, sans contrepartie.

Cela n'est pas compatible avec une juste rémunération des droits d'auteur. C'est pourquoi nous voulons une nouvelle régulation créant un mode de rémunération adapté aux réalités de l'Internet, mais permettant aussi l'accès du plus grand nombre à la culture : ce sont deux objectifs de gauche qui doivent être poursuivis ensemble et non opposés.

Dans cette démarche, le Parti socialiste a le souci majeur de rassembler les créateurs et les internautes, c'est-à-dire les artistes et leur public.

Nous qui croyons en la force de la raison, à l'importance du dialogue dans une démocratie, à la force du débat, si important pour ceux qui défendent la culture et les idées, nous devons nous rencontrer, pour discuter, pour nous comprendre, et j'espère pour nous retrouver. Pour cela, je vous réitère notre invitation.

Martine Aubry, première secrétaire du PS

Claude Allègre : Non à la commercialisation du gratuit

Submitted by Tribune de Claude Allègre (not verified) on Wed, 06/03/2009 - 00:44.

Non à la commercialisation du gratuit

Claude Allègre,

Tribune, Le Point, 28 mai 2009

La notion de société émergea lorsque nos ancêtres vivant dans des grottes aux abords des grands lacs africains découvrirent ce qui allait devenir le ciment de toute vie commune : l'échange. Quelques millénaires plus tard, leurs descendants inventèrent la monnaie pour fluidifier ces échanges. L'économie était née. Puis au Moyen Age on inventa le crédit, c'est-à-dire l'introduction du rêve dans la logique de l'échange. D'ailleurs, on réalise aujourd'hui, avec la crise, combien la substitution exagérée du virtuel au réel a déstabilisé nos économies, fautives d'avoir falsifié le mécanisme de l'échange.

Mais si le facteur déstabilisant dans le monde de la finance a été l'importance exagérée donnée au crédit et aux manipulations financières, dans le monde des médias et des industries culturelles, le virus, c'est le gratuit ou plutôt le leurre du gratuit.

Notre télévision commerciale est née de la privatisation des télévisions publiques. Elle a cru bon de garder la pratique de l'accès gratuit et de fonder son financement sur la publicité. Ce faisant, elle se mettait dans une autre logique que celle de l'échange, elle était prisonnière du monde de la publicité. D'où les dérives, Audimat, « pipolisation », etc. André Rousselet, lui, créa Canal+ sur la logique de l'échange. Il fut soit moqué, soit vilipendé. Devant le succès du commercial, le service public lui-même emboîta le pas, encouragé par les pouvoirs politiques. Il s'enfonça du coup dans une logique qui n'était pas la sienne !

Fascinés par la manne publicitaire, certains journaux et magazines suivirent le mouvement allant jusqu'à mettre la publicité en tête de toutes les recettes. Puis le monde publicitaire fit un pas de plus : croyant avoir capturé économiquement celui de la presse, il lança la mode des « gratuits ». Souvent, il ne s'agit plus de « vrais journaux », mais d'annonces publicitaires dont les informations ne sont que les produits d'appel.

La logique du journalisme s'est ainsi retournée avec, bien sûr, un choc en retour sur les recettes des journaux. Au milieu de tout cela apparurent Internet et tous les produits dérivés qu'il a accueillis, avec une logique générale : la gratuité. Les journaux, toujours à l'affût de nouveaux supports, se sont investis dans Internet avec la même logique, celle du financement assuré par la pub. Des produits culturels ont été mis sur Internet avec l'objectif d'une redevance, mais rapidement tout a été piraté, copié, multiplié au nom de la gratuité. Les jeunes ont répondu à cette mode par un engouement enthousiaste, déçus qu'ils étaient par le monde réel et cherchant refuge dans un virtuel préformaté. Ils n'ont pas réalisé que, chemin faisant, sous couvert de modernisme, ils se mettaient dans un état d'aliénation vis-à-vis des marchands de tuyaux.

La publicité n'est pas une mauvaise chose en soi, contrairement à ce que voudraient affirmer les puristes. Elle aide le consommateur à s'informer et à choisir. Mais elle a une logique propre. Elle sélectionne ses canaux en fonction d'une logique qui n'est pas d'informer, mais de convaincre et d'orienter un choix. C'est un accélérateur de l'économie. Ce n'est pas la logique à laquelle les médias doivent obéir. Comme l'a bien montré Maurice Godelier dans son livre « L'énigme du don », la gratuité sans échange doit rester un monopole de la collectivité, de l'Etat, qui l'organise de manière à préserver l'équité. Si le don n'est pas un échange, il aliène celui qui reçoit et détruit le lien social.

La crise a fait apparaître en pleine lumière toutes ces déviances. Les télévisions commerciales sont plongées dans des difficultés qui ne feront que croître, les journaux également. On voit les champions de l'Internet gratuit comme le New York Times ou le Wall Street Journal revenir à l'échange et songer à étudier les moyens de faire payer le contenu de leurs sites. Ceux qui résistent le mieux à la crise sont ceux qui sont dans la logique de l'échange, Canal +, bien sûr, pour les télés, Le Canard enchaîné pour les journaux !

Dans ce paysage dont on ne voit que les premiers bouleversements, il y a des motifs de satisfaction. Le premier est la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publiques. L'Etat exerce là son monopole de la gratuité et remet cette télévision dans une logique qu'elle n'aurait jamais dû quitter. On en voit déjà les premiers effets positifs. Le deuxième concerne la presse écrite. Le gouvernement a bien fait d'organiser ces états généraux et de préparer des mesures qui, comme l'a bien expliqué Laurent Joffrin, devraient rendre la presse plus indépendante. Enfin, dernière péripétie, la loi Hadopi. C'est la première tentative pour organiser enfin cette jungle inextricable qu'est devenu Internet. Quelles que soient ses imperfections techniques, cette loi a plusieurs mérites. D'abord, d'engager enfin la démarche de régulation d'Internet : faire entrer ce merveilleux outil dans les règles. Ensuite, de souligner que le moteur du progrès, c'est la création, qui doit être rémunérée et protégée. La gratuité dans le circuit commercial est un leurre qui, à terme, est une aliénation de l'esprit et un encouragement à la paresse intellectuelle.

Milos Forman et protection du Droit d'auteur

Submitted by Copyright (not verified) on Mon, 06/29/2009 - 23:29.

« les pirates se voient comme des Robins des bois modernes, volant aux riches pour donner aux pauvres. En réalité ils volent à des milliers et milliers de gens lambda, souvent pauvres, tout autour du monde »

Milos Forman

Milos Forman in plea for copyright protection

Jun 10, 2009

WASHINGTON — Oscar-winning Hollywood director Milos Forman made an impassioned plea on Wednesday for greater copyright protection for film-makers, musicians and other artists, saying digital pirates were not "Robin Hoods" but "thieves."

"The Internet today is functioning as a dreamlike supermarket where you can go and take anything your heart desires without paying for it," the director told delegates here at the 2nd World Copyright Summit.

"It is so easy with a flip of the button at any time anywhere in the world to upload or download an entire film, musical composition, television program or book," he said.

"The 'free Internet' folks are trying to convince the public that only a few rich celebrities and powerful companies are crying foul about piracy because they want to get richer," said Forman, who won Academy Awards for "Best Director" for his 1975 "One Flew Over the Cuckoo's Nest" and 1984 "Amadeus."

"The pirates like to see themselves as modern day Robin Hoods," he said. "They are stealing from the rich and giving the loot to the poor, they say.

"They are in fact stealing from thousands and thousands of regular, many of them poor, people around the world," the Czech-born film-maker told the 500 delegates from more than 55 countries attending the two-day summit.

"Most of them are not even seen on the screen, but they depend directly on the creative industries for their livelihood. These people badly need their paychecks," he said.

"Stealing from these people is not at all Robin Hood-like behavior," Forman said, adding that they should be described as "thieves" and not the somewhat romantic "pirates."

"They make it sound like no one is hurt, like it's a victimless crime," he said. "We should call it what it really is -- thievery."

"The authors and many of their collaborators are the victims because they are not being paid for their work," he said. "If we cripple our culture we're crippling the heart and soul of our society.

"That is why copyright protection for those who create is so important."

Forman stressed that he and other film-makers were not against technology.

"Don't misunderstand us, we embrace the digital age," he said. "We are all aware of the great possibilities to make our work visible to billions of people around the world.

"All we are asking for is the protection of an artist from the theft of his right to be compensated for his work," he said.

 

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