Modulations.

Deleuze, Bazin, Valéry, Bresson, Mann, Antonioni.

 

- "Parmi les plus beaux textes de Bazin, il y en a un où il explique que la photo, c'est un moule, un moulage (...), tandis que le cinéma est tout entier modulation. Ce ne sont pas seulement les voix, mais les sons, les lumières, les mouvements, qui sont en modulation perpétuelle. Paramètres de l'image, ils sont mis en variation, en répétition, en clignotement, en boucle, - etc."

(Entretien avec Gilles Deleuze, par Pascal Bonitzer et Jean Narboni, Cahiers du cinéma n°352, octobre 1983, page 38)

 

- "La modulation généralisée est le comble de l'art."

(Paul Valéry, 1930, Cahiers Art et Esthétique, Pléiade II, p. 956)

 

- "Passages et modulations - Le secret le plus fin de l'art - et marque de l'art exquis."

(Paul Valéry, 1937, Cahiers Poïétique, Pléiade II, p. 1040)

 

- "Le cinéma doit s'exprimer non pas par des images, mais par des rapports d'images, ce qui n'est pas du tout la même chose. De même un peintre ne s'exprime pas par des couleurs, mais par des rapports de couleurs ; un bleu est un bleu en lui-même, mais s'il est à côté d'un vert, ou d'un rouge, ou d'un jaune, ce n'est plus le même bleu : il change. Il faut arriver à ce qu'un film joue des rapports d'images ; il y a une image, puis une autre qui a des valeurs de rapport, c'est-à-dire que cette première image est neutre et que, tout à coup, mise en présence d'une autre, elle vibre, la vie y fait irruption : et ce n'est pas tellement la vie de l'histoire, des personnages, c'est la vie du film. A partir du moment où l'image vit, on fait du cinéma."

(Conférence de presse de Robert Bresson,
Prix du meilleur metteur en scène au Festival de Cannes 1957,
Cahiers du cinéma n°75, octobre 1957,
Cahiers du cinéma Numéro spécial Histoires de Cannes 1939-1996, p. 50)

 

- "La musique est l'ambiguïté érigée en système. Prends telle ou telle note. Tu peux la comprendre d'une façon ou d'une autre, selon ses rapports, la considérer comme haussée d'en bas ou diminuée d'en haut et tu peux, si tu es malin, user à ton gré de ce double sens. Le rapport est tout. - Et il commença à me montrer des modulations entre des tonalités encore plus éloignées. Et il me fit entendre des suites d'accords d'une tonalité imprécise."

(Thomas Mann, Le Docteur Faustus, p. 50)

 

- "J'ignore comment est la réalité. Elle nous échappe et change sans cesse. Quand on croit l'avoir atteinte, la situation est déjà différente. Moi, je me méfie toujours de ce que je vois, de ce qu'une image me montre, car "j'imagine" ce qu'il y a au-delà ; or on ignore ce qu'il y a derrière une image. Le photographe de "Blow Up", qui n'est pas philosophe, veut y voir de plus près. Mais, comme il agrandit trop l'objet, celui-ci se décompose et disparaît. Il y a donc un moment où l'on s'empare de la réalité mais où, peu après, elle nous échappe. C'est un peu la signification de "Blow Up". "Blow Up" est un peu mon film néoréaliste sur les rapports entre l'individu et la réalité, même s'il y entre une composante métaphysique justement à cause de cette abstraction de l'apparence.
Après ce film, j'ai voulu aller voir ce qu'il y avait derrière, quelle était ma propre apparence à l'intérieur de ma personne. C'est ainsi qu'est né "Profession : reporter", un autre pas en avant dans l'étude de l'homme d'aujourd'hui.
Dans "Blow Up" [1966], les rapports entre l'individu et la réalité sont peut-être le thème principal, alors que dans "Profession : reporter" [1975] j'analyse les rapports de l'individu avec lui-même.
Je ne pense pas que l'apparence de la réalité soit assimilable à la réalité. Les apparences peuvent être innombrables, il en est de même pour les réalités, mais je n'en sais trop rien et n'y crois pas.
La réalité est, peut-être, un rapport.
J'ai connu la réalité en la photographiant quand j'ai commencé à filmer avec ma caméra, un peu comme dans "Blow Up". C'est pourquoi je pense que c'est mon film le plus autobiographique. C'est précisément en photographiant et en agrandissant la surface des choses que j'ai essayé de découvrir ce qu'il y avait derrière. Je n'ai fait que cela au cours de ma carrière."

(Michelangelo Antonioni, cité par Aldo Tassone, Antonioni, Cinémas Flammarion, pages 247-248)

 

Blow-Up Michelangelo Antonioni, 1966  David Hemmings : Thomas - Vanessa Redgrave : Jane
Blow-Up Michelangelo Antonioni, 1966  David Hemmings : Thomas

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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