Caroline Champetier (1996) : "Aujourd'hui, il y a de très bons films où il n'y a pas de lumière. C'est donc forcément une question pour moi : j'aime ces cinéastes, j'aime leurs films et je n'y retrouve pas la ligne de fuite de la lumière. (...) J'ai beaucoup de mal à ce que la lumière n'intervienne pas, car ça je n'y crois pas. C'est comme une foi personnelle : la lumière c'est le cinéma et elle doit être sensible. Sans doute que je m'ennuierais si c'était autrement. C'est là où j'ai le sentiment d'être ramenée à chaque fois à une question qui ne se résout pas : à l'endroit où je suis, ce dont j'ai hérité c'est que la lumière est un acte de mise en scène. Petit à petit, j'ai l'impression d'aller vers une génération qui ne se pose plus du tout cette question comme ça. Alors, c'est la mobilité des caméras qui devient un nouveau langage ? Je ne peux pas y croire totalement, parce que le cinéma, concrètement, c'est de la lumière qui impressionne la pellicule.

Il faudrait reposer la question : C'est quoi, la lumière ? C'est l'actrice, l'acteur, l'atmosphère, le dialogue, qui peut aussi être lumineux ? Si on dit que le cinéma se doit d'éclairer quelque chose, c'est au sens propre, bien sûr, et aussi au sens figuré. Il faut donc explorer également ces espaces de la non-lumière. C'est une éducation. Evidemment, j'ai été élevée religieusement dans le catholicisme et le protestantisme à la fois. L'image du Saint Esprit qui descend en langues de feu sur les apôtres, cela forge un inconscient de la lumière : ce n'est évidemment pas celui de l'opérateur de Kiarostami ou celui de Mike Leigh. A moi de voyager, au sens propre et au sens figuré, là aussi. (...)

Mon père est architecte. J'ai vite été mise en rapport avec les espaces et les formes, la beauté, en quelque sorte, une certaine beauté. Mais je me méfie du bon goût, c'est très ennuyeux le bon goût. Je crois que la lumière peut amener la subversion. La lumière bon-goût, ces visages magnifiquement éclairés, une part d'ombre, une part de lumière, il faudrait savoir en sortir. Déjà Vermeer, dans le portrait de la jeune femme au chapeau rouge, n'en était plus là."

(Extraits d'un entretien avec Caroline Champetier réalisé par Marie-Anne Guerin, Frédéric Strauss et Serge Toubiana, Cahiers du Cinéma n°500, mars 1996) 

Photo : 2012 : Holy Motors de Leos Carax - Direction de la Photographie : Caroline Champetier

Photo : 2012 : Holy Motors de Leos Carax - Direction de la Photographie : Caroline Champetier
La Fille au chapeau rouge / 1665-1667 / Johannes Vermeer