Godard et Bresson, par Claude Mauriac : "En citant Pickpocket, Godard situe son oeuvre à sa vraie place. (...) En quête de leurs voix les plus secrètes et les plus vraies, le Bresson de Pickpocket fait en apparence parler faux ses personnages. Ce ton est celui qu'aurait la conscience s'il était possible d'enregistrer la rumeur de ses cheminements. Jean-Luc Godard procède de la manière opposée pour arriver au même résultat : une des originalités de A bout de souffle tient dans la nature de ses dialogues. Il nous semble que, pour la première fois, nous entendions parler juste à l'écran. Mais ce naturel n'est qu'apparent. Il a été entièrement recréé. Deux bons comédiens : Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo. Mais tels les interprètes de Bresson, ils n'auraient pas d'existence (tout au moins pas celle-là) sans le cinéaste. Et tous les ressassements, les redites, les mots de passe, les cris étouffés, les appels muets de la conversation, telle qu'elle se passe, non dans l'esprit des scénaristes et selon leurs conventions, mais dans la vie. Les voix se recouvrent; elles poursuivent sans se répondre des monologues parallèles; parfois elles coïncident un instant, se complétant dans la brève communion d'une seconde : et c'est de nouveau cette double solitude camouflée par des mots anodins ou grossiers, des phrases qui sont là pour d'autres que l'on n'ose pas ou que l'on ne peut pas dire." (Claude Mauriac, Le Figaro littéraire, 19 mars 1960, extrait)

JEAN SEBERG - A BOUT DE SOUFFLE - JEAN-LUC GODARD
JEAN SEBERG - A BOUT DE SOUFFLE - JEAN-LUC GODARD