Photo : Eric Rohmer, Ma nuit chez Maud, Jean-Louis Trintignant, face à Antoine Vitez et Pascal :
"donc l'argument ne vaut rien pour quelqu'un qui est absolument incroyant".

Paul Valéry : "Mon grief contre Pascal c'est qu'il ait voulu convaincre, et pour cette fin - comme il arrive toujours dans ce cas - il a altéré, chargé, retenu etc. (...) A mon avis, si l'on a quelque chose à dire et que l'on pense bon de le dire - il faut le donner tel qu'il est dans l'esprit - c'est-à-dire avec les objections toujours présentes. A l'état vrai."
(Paul Valéry, Cahiers Littérature, Pléiade, page 1223) 

Paul Valéry : "Comme chacun peut le voir en soi-même, tout prosélytisme entraîne mauvaise foi - c'est-à-dire fait ne pas dire tout ce que l'on pense, et fait dire autre chose, fait feindre d'être plus sûr qu'on est et redouter de livrer son état d'esprit véritable sur un sujet donné. On améliore, on fortifie, on adoucit, on éclaire ce qu'on veut faire absorber à autrui, et d'ailleurs on se donne ainsi le change à soi-même. 
Tout ceci est naturel, normal, - donc - sincère. Mais s'agissant d'un esprit de nature et de prétention pure et rigoureuse, ceci est inacceptable - (...)"
(Paul Valéry, Cahiers Littérature, Pléiade, page 1202)

Paul Valéry : "Je trouve indigne de vouloir que les autres soient de notre avis. 
Le prosélytisme m'étonne. 
Répandre sa pensée ? 
Répandre - sa pensée - sans les reprises, sans l'absurde qui la nourrit, la baigne, - sans ses conditions... 
Répandre ce que je vois faux, incertain, incomplet - verbal ; ce que je ne supporte qu'à force de retouches, d'astérisques, de parenthèses et de soulignements ; - à force de retouches possibles, de reprises à date non certaine... 
Et par un autre côté - répandre mon meilleur... 
Ou bien : commençant de parler avec chaleur et lumière - tout à coup, au son réfléchi de ma parole, - en entendre la faiblesse, l'absurdité brusquement accusée - et alors m'interrompre ou... poursuivre. Me mentir ou me rétracter ?...
- Comment peuvent-ils supporter de rester dans leur opinion aussitôt qu'elle sonne, et devient distincte de ce qui crée ?" 
(Paul Valéry, Rhumbs, Pléiade II, page 645)

Claude Régy : "Nous pourrions finir par une phrase de Peter Handke que j'aime beaucoup : "Ne dis rien, car au milieu de ta phrase tu vas te mettre à penser le contraire."]

donc l'argument ne vaut rien | Trintignant, Vitez, Pascal, Rohmer

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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