"Dans Le Grand Escroc, se résume l'art de filmer de Godard. Il faut savoir jusqu'où on peut prendre et à partir d'où il faut cesser de prendre : à partir de l'instant où l'on est tenté de donner une forme définitive, d'anéantir la vie sous une signification unique, d'écraser la réalité brute sous une idée. "Il faut laisser les gens vivre leur vie, dit Godard, ne pas les regarder trop longtemps, sinon on finit par n'y plus rien comprendre."

C'est à cette dernière tentation que succombe (littéralement) Camille, l'héroïne du Mépris : elle a jeté sur Paul un regard définitif. Il n'est plus pour elle qu'objet de Mépris. "Pourquoi est-ce que tu me méprises ? lui demande Paul. - ça, je ne te le dirai jamais, répond Camille, même si je devais mourir". Elle le dira un jour pourtant. Et elle mourra."

Jean-Luc Godard, par Jean Collet, Cinéma d'aujourd'hui, page 64

JEAN-LUC GODARD : LE MEPRIS - MICHEL PICCOLI - BRIGITTE BARDOT