Gilles Deleuze, Cinéma I, L'Image-Mouvement :

"L'ellipse cesse d'être un mode de récit, une manière dont on va d'une action à une situation partiellement dévoilée : elle appartient à la situation même, et la réalité est lacunaire autant que dispersive. Les enchaînements, les raccords ou les liaisons sont délibérément faibles. Le hasard devient le seul fil conducteur. (...)

Dans Taxi Driver de Scorsese, le chauffeur hésite entre se tuer et faire un meurtre politique, et, remplaçant ces projets par la tuerie finale, s'en étonne lui-même, comme si l'effectuation ne le concernait pas plus que les velléités précédentes. L'actualité de l'image-action, la virtualité de l'image-affection peuvent d'autant mieux s'échanger qu'elles sont tombées dans la même indifférence.

(...) Ce qui a remplacé l'action ou la situation sensori-motrice, c'est la promenade, la balade, et l'aller-retour continuel.

(...) Elle est devenue balade urbaine, et s'est détachée de la structure active et affective qui la soutenait, la dirigeait, lui donnait des directions même vagues. Comment y aurait-il une fibre nerveuse ou une structure sensori-motrice entre le chauffeur de Taxi Driver et ce qu'il voit sur le trottoir par le biais d'un rétroviseur ?

(...) C'est en effet le plus clair de la balade moderne, elle se fait dans un espace quelconque, gare de triage, entrepôt désaffecté, tissu dédifférencié de la ville, par opposition à l'action qui se déroulait le plus souvent dans les espaces-temps qualifiés de l'ancien réalisme. Comme dit Cassavetes, il s'agit de défaire l'espace, non moins que l'histoire, l'intrigue ou l'action.

(...) On se demande ce qui maintient un ensemble dans ce monde sans totalité ni enchaînement. La réponse est simple : ce qui fait l'ensemble, ce sont les clichés, et rien d'autre. Rien que des clichés, partout des clichés...

(...) Dans Taxi Driver, Scorsese fait le catalogue de tous les clichés psychiques qui s'agitent dans la tête du chauffeur, mais en même temps des clichés optiques et sonores de la ville-néon qu'il voit défiler le long des rues : lui-même, après sa tuerie, sera le héros national d'un jour, accédant à l'état de cliché, sans que l'événement lui appartienne pour autant."

Gilles Deleuze, Cinéma I, L'Image-Mouvement,
Les Editions de Minuit, extraits des pages 279 à 282

 

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CYBILL SHEPHERD (Taxi Driver)

- Vous savez à quoi vous me faites penser ? A cette chanson, par Kris Kristofferson, un chanteur moderne : “C’est un prophète, un pourvoyeur, moitié réel, moitié fiction, ambulante contradiction”

ROBERT DE NIRO

- Et c'est moi ce type-là ?

 

 

"See him wasted on the sidewalk in his jacket and his jeans,
Wearing yesterday's misfortunes like a smile.
Once he had a future full of money, love, and dreams,
Which he spent like they was going out of style,
And he keeps right on a'changing for the better or the worse,
Searching for a shrine he's never found,
Never knowing if believing is a blessing or a curse,
Or if the going up was worth the coming down.

He's a poet, he's a picker,
He's a prophet, he's a pusher,
He's a pilgrim and a preacher, and a problem when he's stoned.
He's a walking contradiction, partly truth and partly fiction,
Taking every wrong direction on his lonely way back home.

He has tasted good and evil in your bedrooms and your bars,
And he's traded in tomorrow for today.
Running from his devils, Lord, and reaching for the stars,
And losing all he's loved along the way.
But if this world keeps right on turning for the better or the worse,
And all he ever gets is older and around,
From the rocking of the cradle to the rolling of the hearse,
The going up was worth the comin' down.

He's a poet, he's a picker,
He's a prophet, he's a pusher,
He's a pilgrim and a preacher, and a problem when he's stoned.
He's a walking contradiction, partly truth and partly fiction,
Taking every wrong direction on his lonely way back home."

 

Scorsese, Taxi Driver, Robert de Niro, Cybill Shepherd

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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