Jean-Louis Richard, coscénariste de François Truffaut : "Il y avait ce moment (dans La Nuit américaine) où il dit à Jean-Pierre Léaud que les films sont plus harmonieux que la vie, qu'ils sont comme des trains dans la nuit. Et je lui disais : "C'est bien qu'il y ait ça, mais moi, je suis un partisan de la vie, je ne suis pas comme vous". C'était une différence entre nous, qui faisait qu'on s'admirait réciproquement. Je l'admirais de ne vivre que pour le cinéma. Et lui me demandait des conseils en me disant : "Mais moi je ne sais pas vivre comme vous, vous savez. Dites-moi comment il faut faire". (On s'est toujours vouvoyé. Il m'a dit une fois : "Je sais pourquoi on se vouvoie, c'est parce que c'est plus difficile de dire : "vous m'emmerdez" que "je t'emmerde !".)"

(Comme un voyage, par Jean-Louis Richard, Cahiers du cinéma, numéro spécial François Truffaut, décembre 1984, extrait des pages 63-64)

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Jean-Pierre Léaud : Personne veut me passer dix mille balles pour aller au bordel ?

François Truffaut : Ecoute Alphonse, viens, tu vas rentrer dans ta chambre, tu vas relire le scénario, tu vas travailler un petit peu, et tu vas essayer de dormir. Demain, c'est le travail, et le travail est plus important. Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse, il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort, les films avancent comme des trains tu comprends, comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, on est fait pour être heureux dans notre travail de cinéma. Salut Alphonse, je compte sur toi.

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Jean-Pierre Léaud : J'ai cru trop longtemps que les femmes étaient magiques.

La Nuit américaine, François Truffaut, 1973

Jean-Louis Richard (bandeau sur l’oeil) - François Truffaut - Au centre, le chef opérateur Nestor Almendros - tournage du Dernier métro
Jean-Pierre Léaud - La Nuit Américaine - François Truffaut