An Analysis: To the Wonder | Terrence Malick

"I think his work right now is at it's most fascinating. He's moved so far away from how one is supposed to make a film..."

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The Making of 'To The Wonder' Directed by Terrence Malick

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British Film Institute, To the Wonder. "Those inclined to binary readings tend to oversimplify Malick’s films, to their inevitable detriment.  (...) Such readings say more about the reader’s prejudices than Malick’s." -- "Terrence Malick’s first contemporaneously set movie has been decried as a rote work and worse; but look afresh, and you’ll see gold in these visions".
"Malick’s most nebulous and potentially most divisive film to date, To the Wonder has the feeling of a movie made according to Jean Cocteau’s advice: “What is being held against you – cultivate it, it is your essence.” For some, myself included, this means a logical and welcome stylistic evolution; for others, that Malick has arrived at self-parody. 
Where stylistic and thematic consistency was once used as evidence that a single figure, the director, could exercise the same authorial influence on a film that a painter or novelist could on their art, it is now often taken as proof of a rut. But Malick’s magic-hour photography, again by two-time DP Emmanuel Lubezki, in which the elusive sun is forever just peering over a rise in the distance or visible through a knot in a fence, isn’t just some fall-back pictorialist cliché; it’s the manifestation of Malick’s deeply personal conviction, shared with J.M.W. Turner, that the sun is God." (...)
"Some reports would have you believe that To the Wonder was a movie made like cheap sausage, a great mass of exposed film thrown into a hopper and ground up.
But then how does one explain the rhyming of images? The way that, shortly before taking up again with Marina, Neil (who works as an environmental watchdog) goes slogging through polluted muck investigating a toxic leak affecting the local water table, invoking the muddy silt on the Mont Saint-Michel tidal inlet where they’d earlier frolicked together? The way the sinister pumping motion of a toxifying oil derrick is picked up by a ride at a country carnival, by a dipping bird toy?" (...)
"Kurylenko, who has some background in ballet, displays her dancer’s limberness while gambolling and twirling; viewers will fall into two parties – those who think no one acts like that and those who shut up and watch." (...)
"It’s an orchestral film, brimming with Wagner and Berlioz and Tchaikovsky, and the priest’s crisis of faith plays the contrapuntal melody to that of Neil and his women." (...)
"Those inclined to binary readings tend to oversimplify Malick’s films, to their inevitable detriment.  (...) Such readings say more about the reader’s prejudices than Malick’s. In fact, there are few working artists with such a generous and infectious curiosity about the variety of life on this planet, the variety of human forms, of objects manmade and natural (...)" (Read more, BFI)

The New Yorker, THE CINEMATIC MIRACLE OF “TO THE WONDER. "There is perhaps no film in the history of cinema that reveals such attention to light, which seems to suffuse the space of every frame and to imbue the characters with its moral and spiritual element. Malick treats light as something of the main substance of the film, even the main subject of the film, as well as its crucial (and deeply conceived) metaphor." (Read more)

La Croix. "Les lignes de dialogue ont, pour ainsi dire, disparu, laissant le champ sonore s’emplir de voix entremêlant les langues (français, anglais, russe, espagnol…), sans rapport immédiat avec les images qu’elles accompagnent. La musique (deuxième concerto pour piano de Chostakovitch, L’Île des Morts de Rachmaninov, Parsifal de Wagner…) joue un rôle éminent. Bien plus que le récit à proprement parler, ténu et servi sans linéarité : un homme, une femme et sa fille, l’amour et l’engagement, le doute et la faute. (...) « Quel est cet amour qui nous aime, qui vient de nulle part, de tout autour ?», demande une voix.  (...) Impossible de dire toute l’émotion suscitée par cette œuvre aux références fortes (Heidegger, chapitre huit de l’Épître de saint Paul aux Romains, saint Irénée…) et cependant rendue accessible par la mise en scène virtuose, n’exigeant, elle aussi, « que » la confiance et l’abandon. Terrence Malick a fait de sa caméra l’instrument privilégié de sa quête. Jusqu’à l’émerveillement". (Article complet)
"Impossible de dire toute l’émotion suscitée par ce film à la très haute ambition, interrogation sublime sur l’amour terrestre – sa beauté, sa force, ses limites, ses faiblesses – et l’amour divin – quête d’absolu qui condamne au constat de sa propre défaillance". (Article complet)

Courte focale. "Malick opte ici pour un protagoniste éminemment casse-gueule : Marina (Olga Kurylenko, divinement belle), jeune Européenne dansante et exaltée, qui paraît adopter l’état second comme s’il s’agissait d’un trait de naissance et dont le comportement frise parfois l’insondable (il faut la voir débiter un dialecte inconnu ou danser comme une ballerine dans les rayons de supermarché). C’est pourtant, et tout bêtement, le réceptacle d’un amour terriblement fort, au-delà du possible : celui qu’elle ressent pour Neil (Ben Affleck, solide, minéral, très bon" (...)
 "Si A la Merveille apparait comme le film le plus pur et le plus lumineux de sa filmographie, c’est parce que chaque plan incarne ici une idée ou un sentiment qui, pour une fois, échappe sans problème au tohu-bohu métaphysique pour favoriser au contraire l’apparition du symbole le plus limpide. (...)  Et en l’état, c’est juste beau à en crever". (...)
"dépourvu de la monumentalité des précédents films de son auteur, le film fait surtout preuve d’un contenu très dénudé, tant en termes d’espaces que de décors, orientant le système Malick vers là où ses fondations grandioses sont précisément absentes. Et s’il réussit à s’en sortir à (la) merveille, c’est justement par cette croyance définitive envers l’impossibilité de voir s’aboutir sa propre quête d’absolu (précisément ce que les personnages de ses films tentent de faire à chaque fois). Quand on disait à quel point ce cinéaste invisible ne nous était jamais apparu aussi visible et tangible à l’écran, ce n’était pas des paroles en l’air." (...)
"Les deux dernières minutes du film, littéralement prodigieuses, achèvent de graver dans la pierre cette impossible quête d’absolu à laquelle Malick adhère autant que ceux qu’il filme : sous un ciel grisâtre, seule dans une forêt automnale jonchée de feuilles mortes, Marina erre en titubant jusqu’à un vaste champ de blé où des rayons de soleil se mettent soudain à lui chatouiller le visage, signe d’un espoir possible et d’une beauté toute proche, enfin retrouvée. Vient alors l’ultime plan : le Mont-Saint-Michel, lieu magique (la « Merveille » du titre), îlot de splendeur qui émergea un jour au bord de la mer, de la main de l’homme, comme si ce dernier avait tenté de repousser son terrain d’action au-delà de ses propres frontières" (...) (Article complet)

Grand angle libertaire. "Le film ne met pas en scène l’usure de l’amour, objet classique du cinéma et de ses histoires d’amour, mais l’impossible. Cette impossibilité est aussi bien celle de la normalité, de la vie quotidienne, et signale une vulnérabilité essentielle de la vie ordinaire, qui n’est pas un donné mais doit être constamment rétablie et conquise, contre les élans de la vie même.
« And yet is the God the native of these bleak rocks » (Emerson, Experience, 1844) (Et pourtant le dieu est natif de ces roches désolées)
C’est cette vulnérabilité du réel qui donne sa tâche à la caméra de Terrence Malick, définit son travail de restitution du monde constamment changé en sa perte". 
"Le génie de Malick, proprement philosophique et esthétique, est dans cette façon de nous éveiller au monde, au jour, par la nouveauté radicale de chaque image, sa transparence, sa luminosité – par le sentiment de trouvaille et de perte conjuguées qu’elle suscite en nous, réinventant notre rapport individuel et intime au monde. Terrence Malick en ce sens se singularise doublement, par rapport, on l’a bien vu, au cinéma de Hollywood (malgré ses castings de stars et ses histoires d’amour) et par rapport au cinéma dit d’« auteur » parce que quoique ultra-personnel et original, c’est bien un cinéaste de la réception, qui imprime en nous comme sur une pellicule". (Article complet)

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Mark Yoshikawa, monteur de Terrence Malick, To the Wonder : "Travaillant depuis 15 ans à Hollywood, j'étais habitué aux scripts conventionnels d'Hollywood. C'est très libérateur de travailler avec Terry, qui est si créatif. On démarre avec une histoire qui en cache une autre, puis une autre..."

Olga Kurylenko : "Terry m'a demandé de relire Anna Karénine, Les frères Karamazov et L'Idiot. Les trois livres sont aussi gros que ça !"

Terrence Malick demande à Olga Kurylenko de combiner en une seule femme les deux grands personnages de femmes rivales de L'Idiot, de Dostoïevski : Aglaia et Nastassia.
"Terrence Malick recommended that Kurylenko read The Idiot with a particular eye on two characters: the young and prideful Aglaya Yepanchin, and the fallen, tragic Nastassya Filippovna.
“He wanted me to combine their influences — the romantic and innocent side, with the insolent and daring side. ‘For some reason, you only ever see that combination in Russian characters,’ he said to me.”"
"Anna Karenina, The Brothers Karamazov, and The Idiot. “Those books were, in a way, his script,” Olga Kurylenko says". (Read more: BEHIND THE SCENES Radiant Zigzag Becoming: How Terrence Malick and His Team Constructed To the Wonder)

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Olga Kurylenko, Terrence Malick : "Il voulait que je sois en contact avec la nature, que je touche les feuilles, que je boive l’eau des branches, que je danse, touche le sol, parle aux fleurs. Tout ça durant deux mois et demi. Et sans jamais employer, durant les prises, le mot coupez. Il ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette.
Il doit y avoir assez de rushs pour faire cinq ou six films différents, selon moi. D’autant qu’il décide de l’histoire qu’il va raconter en salle de montage. C’est du coup un peu un casse-tête, pour moi, quand je découvre le film, entre ce qui est à l’écran et ce qui n’y est plus. Je l’ai vu deux fois et je veux encore le revoir. C’est un film qu’il faut revoir tant les messages y sont intenses. En le revoyant, j’ai trouvé des choses que je n’avais pas vues à la première vision.
Il est si humble et timide qu’il ne parlera jamais de lui. C’est un homme d’une timidité extrême. Mais pas avec les acteurs ! Pour son art, il en est capable. Mais parler de lui, ce n’est pas de l’art, pour lui. Ce n’est pas un homme qui se vend.
Terrence n’était jamais présent durant l’enregistrement des voix off. Je l’ai d’ailleurs fait depuis les quatre coins du monde. Terrence m’envoyait des tonnes de textes. Je l’ai fait durant un an. Et j’ai probablement lu et enregistré minimum 400 pages.
Vous savez, à un certain moment, vous le faites par amour. Et comme vous aimez tant Terry, voilà… C’est un grand artiste. C’est un être magnifique. En quête de vérité. Très protecteur aussi. Tout l’inverse de l’image qu’il peut donner à l’extérieur, de par son choix de refuser les contacts et apparitions publiques." (Le Soir)

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Dans l'utilisation par Malick, à trois reprises dans le film, du Prélude de Parsifal, se retrouve une même répugnance au figement. L'analyse de ce Prélude par Pierre Boulez ("Ce matériau saisi dans un perpétuel devenir est probablement la découverte musicale la plus personnelle de Wagner - elle met pour la première fois l'accent sur l'instabilité, l'indétermination ; le matériau sonore révèle clairement une répugnance au figement, il trahit une aversion pour la stabilisation des événements musicaux, aussi longtemps que leurs possibilités de développement et de renouvellement ne sont pas épuisées") fait écho à ce qu'Olga Kurylenko rapporte de son tournage avec Malick : "Il me le disait en français : "saute comme un lapin !". C'est un personnage qui bouge tout le temps, c'est la façon de filmer de Terry. Il disait : ne t'arrête jamais de bouger. Si je m'arrêtais, il me tapotait : continue de bouger ! L'immobilité n'est pas son truc. Il ne veut rien d'immobile. Les choses doivent se transformer en quelque chose d'autre, dans un mouvement constant de transformation, comme une danse".

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(Le prince raconte l'histoire de cet homme qui doit être fusillé) : "« Si je ne mourais pas ? Si la vie m’était rendue ? Quelle éternité ! Et tout cela serait à moi ! Oh ! alors, chaque minute serait pour moi comme une existence entière, je n’en perdrais pas une seule, je tiendrais compte de tous mes instants pour n’en dépenser aucun inutilement ! » À la fin, l’obsession de cette idée l’avait tellement irrité qu’il aurait voulu être fusillé le plus vite possible" 
... (Observation d'Alexandra) : "— cet ami qui vous a raconté ses transes… on a commué sa peine, par conséquent on lui a donné cette « vie éternelle ». Eh bien, quel usage a-t-il fait ensuite de ce trésor ? A-t-il vécu en « tenant compte » de chaque minute ?"
— "Oh ! non, je lui ai demandé s’il avait mis son programme à exécution, et lui-même a reconnu qu’il n’avait pas du tout vécu ainsi, qu’au contraire il avait perdu beaucoup, beaucoup de minutes".
— "Eh bien, voilà une expérience décisive. Cela prouve qu’en effet on ne peut pas vivre en tenant compte de tous les instants. C’est impossible".
— "Oui, c’est impossible, reprit le prince, — moi-même je me suis dit cela… Et pourtant comment ne pas croire ?…"
— "C’est-à-dire que vous croyez vivre plus intelligemment que tout le monde ? interrogea Aglaé".

(L'Idiot, Dostoïevski)

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... "To The Wonder invites mocking and derision — and has received plenty of it at film festivals in Venice and Toronto — but Malick persists in refining his style to the barest essentials of sound and image, caring little whether he’s out of step with the times." (A.V. Club) 

... "Si vous entamez un sujet comme (...) la théorie selon laquelle "la beauté sauvera le monde", eh bien !... j'en serai ravie et m'en amuserai beaucoup, mais... je vous préviens : ne reparaissez plus devant moi après cela ! Vous m'entendez : je parle sérieusement ! Cette fois je parle sérieusement ! 
Elle proféra en effet cette menace sur un ton sérieux ; même il y avait dans ses paroles et dans son regard une expression inaccoutumée que le prince n'y avait jamais observée jusque-là et qui, certes, ne ressemblait guère à une envie de plaisanter." 
(L'Idiot, Pléiade, 639)

... "On se moque souvent de ce qui est bien et beau; c'est seulement par étourderie; mais je vous assure qu'aussitôt après avoir ri, il se dira dans son coeur: "J'ai eu tort, car on ne doit pas rire de ces choses !"
- Il en sera certainement ainsi, Karamazov, je vous comprends ! s'exclama Kolia, les yeux brillants."
(Les frères Karamazov, Pléiade 809)

OLGA KURYLENKO - BEN AFFLECK - JARDIN DU MONT SAINT-MICHEL | To The Wonder (A la merveille) | Terrence Malick
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BEN AFFLECK - BOUE TOXIQUE | To The Wonder (A la merveille) | Terrence Malick
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