"Il dit à Chantal, dans la dernière scène qui les réunit, qu'elle s'agite beaucoup pour cacher la vérité de son âme, mais presque tous les autres paraissent également vouloir présenter un personnage, y tenir, rester soucieux de l'opinion de spectateurs éventuels. Le curé d'Ambricourt, avec son beau visage et sa gaucherie immobile, rappelle constamment, par sa seule présence, que le visage des autres n'est qu'un masque. Lui ne joue pas, il s'engage. Chaque scène du film justifie cette remarque du roman : "Je crois, je suis sûr que beaucoup d'hommes n'engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d'eux-mêmes". Mais le jeune prêtre oblige l'âme à jaillir à la surface. (...) - Ce n'est pas son expérience, il insiste au contraire sur son inexpérience, qui amène les êtres à se révéler ; c'est une sorte de réaction d'ordre physique ou chimique, provoquée par sa seule présence."

Bresson par Jean Sémolué, Editions Universitaires, 1959, extraits des pages 92-93

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- "Je pense que vous vous agitez beaucoup, dans l'espoir de cacher à tous la vérité de votre âme, ou peut-être de l'oublier."

- "Je n'ai pas peur de la vérité. Et si vous m'en défiez..."

- "Je ne vous défie pas."

Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson 1951 - roman de Georges Bernanos, 1936
Claude Laydu : le curé d'Ambricourt
Nicole Ladmiral : Chantal

Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson 1951 - roman de Georges Bernanos, 1936 Claude Laydu : le curé d'Ambricourt - Nicole Ladmiral : Chantal | Je pense que vous vous agitez beaucoup, dans l'espoir de cacher à tous la vérité de votre âme, ou peut-être de l'oublier