François Truffaut, dernière intervention télévisée : "Hitchcock, c'est une vie de frustration. Hitchcock s'est vu, dès le début de la vie, comme quelqu'un en marge, comme quelqu'un qui n'était pas normal, il s'est vu comme un monstre, et il s'est mis à avoir peur, à se méfier, il a eu un comportement de méfiance à l'égard de tout le monde. C'est quelqu'un qui s'est retiré de la vie, volontairement, qui en a souffert, mais enfin il a projeté sur l'écran toutes ses émotions, qu'il ne vivrait jamais, qu'il ne connaitrait jamais, il les a mises sur l'écran avec une violence formidable... C'est ça qui fait que les films sont forts, qu'ils sont beaux, qu'ils traversent les années." (Apostrophes, 13 avril 1984)

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Todd Mc Carthy : "Truffaut était obsédé par les rapports d'Hitchcock avec ses interprètes féminines. Convaincu, comme la plupart des observateurs, qu'Hitchcock avait transformé l'attirance sexuelle intense qu'elles lui inspiraient et qu'il ne pouvait satisfaire, en des relations de père à fille. Truffaut pensait qu'Hitchcock avait rangé ses actrices préférées dans deux catégories, "les filles bien", et "les filles pas bien". Il prétendait qu'Ingrid Bergman était une "fille pas bien", parce qu'elle l'avait quitté pour filer avec Rossellini, et tourner dans des films qui n'avaient pas, à son avis, la qualité d'un travail professionnel. Elle n'avait pas suivi ses conseils. Grace Kelly était une fille bien, parce qu'au moins, quand elle l'avait quitté, c'était pour épouser un prince.

Quant à Tippi Hedren, Truffaut me confia, alors qu'on l'ignorait, qu'Hitchcock avait l'habitude de s'enfermer pour son propre plaisir dans sa salle de montage, pendant des heures, pour voir et revoir les publicités qu'Hedren avait tournées à ses débuts pour la télévision. Tout comme Spoto, Truffaut était convaincu qu'Hitchcock était épris d'elle au point d'en perdre la tranquillité ; il reconnaissait en privé que ses oeuvres, après Marnie, n'avaient plus la même passion ni le même éclat."

(Visites à Hollywood, par Todd Mac Carthy, scénariste et réalisateur
Cahiers du cinéma, numéro spécial François Truffaut,
décembre 1984, page 120)

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Voir aussi : Alain Bergala : Les scènes les plus troublantes de Hitchcock sont souvent celles où une tension sexuelle cachée pousse sous le scénario de surface, le déforme, où un motif ordinaire est surinvesti par un affect déplacé, comme dans le rêve

Alfred Hitchcock - Tippi Hedren (Marnie, 1964)
Alfred Hitchcock - Tippi Hedren (Marnie, 1964)
Alfred Hitchcock - Tippi Hedren
Alfred Hitchcock - Tippi Hedren
Alfred Hitchcock - Tippi Hedren
TIPPI HEDREN
TIPPI HEDREN
TIPPI HEDREN
TIPPI HEDREN
TIPPI HEDREN
Tippi Hedren : Marnie - Alfred Hitchcock

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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