Quand le premier échec amoureux conditionne le second. Les deux histoires d'amour de Monica Vitti dans L'Eclipse, de Michelangelo Antonioni

(Dans la première histoire d'amour, Vittoria - Riccardo), "dans le cas de Riccardo, il semblerait qu'il y ait un rapport de type "res cogitans", un rapport de type "intellectuel", c'est à dire une situation dans laquelle on peut parler toute une nuit sans pour autant communiquer avec l'autre. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'incommunicabilité ne signifie pas "absence" de dialogue ; discourir pendant une nuit entière peut être vain, s'il n'existe pas le mouvement intentionnel vers la compréhension. Et Vittoria s'oppose à la vaine tentative de Riccardo de récupérer son amour, quand il s'aperçoit qu'il a perdu : pour ne pas perdre Vittoria, Riccardo lui rappelle les choses qu'ils n'ont jamais faites ensemble ("Nous ne sommes jamais sortis aussi tôt le matin"), il essaie de lui montrer combien de choses manquent à leur rapport de couple pour prouver que ce rapport ne peut s'épuiser. Mais Vittoria ne se laisse pas convaincre. Riccardo prend la main de Vittoria, mais elle le repousse, car elle sait que désormais leur liaison est viciée par la direction particulière qu'elle a prise, elle sait qu'il n'est pas vraiment possible de recommencer depuis le début. (...)"

(Dans la seconde histoire d'amour, Vittoria - Piero), "dans le second cas, le point de départ pour Vittoria est son expérience précédente : même lorsqu'elle ne s'en souvient pas, elle agit toujours sur la base de cette expérience, qui fait désormais partie de son histoire personnelle. C'est pour cette raison qu'au début de sa liaison avec Piero, Vittoria cherche quelque chose de différent, arrivant ainsi à affirmer l'impossibilité, et même l'inopportunité, de se comprendre quand on s'aime. (...) Le rapport (dans la première histoire d'amour) ayant échoué sur le plan de la compréhension, Vittoria instaure un autre rapport dans lequel la compréhension n'a aucune valeur. (...) C'est une nouvelle situation, dans laquelle ils sont "concrètement" ensemble, un rapport de "res extensa", si l'on peut dire. Mais quel est le résultat ? Ils sont ensemble comme pourraient l'être deux animaux et donc encore une fois ils ne constituent pas un couple (...)."

Ida BonaDébat sur L'Eclisse, Université de Milan, 13 avril 1962
in L'oeuvre de Michelangelo Antonioni, par Carlo di Carlo, premier volume, extraits des pages 162-163 

Monica Vitti : Vittoria
Francisco Rabal : Riccardo
Alain Delon : Piero

Francisco Rabal : Riccardo - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Francisco Rabal : Riccardo - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria Francisco Rabal : Riccardo - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria Francisco Rabal : Riccardo - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria Francisco Rabal : Riccardo - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI
Monica Vitti : Vittoria - Alain Delon : Piero - L'ECLISSE (L'ECLIPSE) MICHELANGELO ANTONIONI

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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