Extrait d'un texte de Le Clézio sur Robert Bresson, à la sortie de L'Argent, en 1983 :

"Au coeur de l'oeuvre de Bresson, il y a le procès. Le procès, c'est-à-dire ce moment crucial où l'homme devenu solitaire s'oppose à la société, et où celle-ci le juge et l'exclut, au nom de la justice des hommes, puis le livre à la prison, ou au bourreau. Comme Jeanne d'Arc, comme Lancelot, le héros maudit de l'Argent est confronté à l'injustice et au mal, et son destin l'écarte du chemin des autres hommes, le désigne comme victime expiatoire. La justice humaine ne peut admettre l'exceptionnel, comme elle ne peut admettre la morale individuelle, ou la révélation mystique. Le héros de Bresson doit se séparer d'elle, et suivre son chemin, quoi qu'il lui en coûte. C'est en échappant à la morale commune qu'il peut échapper au mal, atteindre cette vérité intérieure qui s'est révélée à lui.

Visages, mains, gestes

L'instant le plus dense de l'Argent, c'est ce procès, où se joue précisément le destin d'un homme ordinaire, que les événements vont pousser jusqu'aux extrémités du mal et de la folie. C'est l'instant où les hommes perdent leur masque, mais aussi leur valeur fraternelle.

Exclu par le monde humain (où l'argent peut aussi bien acheter le silence que vouer au crime), le héros de Bresson est aussi celui qui se condamne lui-même, quand il atteint cette région irréelle comme le règne animal, zone de fuite, d'exil et de déraison, où les lois humaines n'ont plus cours, où le jugement est inaudible. Errant dans la foule, ou bien enfermé dans la prison que l'abandon de la femme qu'il aime a élargie aux limites mêmes du monde, le héros de Bresson connaît une autre réalité, celle des mystiques peut-être, celle des fous et des criminels : quand l'homme est nu, dépouillé de tout ce qui lui était secours, amour, chaleur terrestre. Quand autour de lui le monde est devenu silencieux comme un désert de bêtes, et que l'avenir n'a plus de commencement. Ne lui reste alors que l'au-delà, qui l'attend, mais qui lui est non moins étranger, et l'infini du néant et de la mort, qui sont déjà en lui, l'ont abrasé, purifié.

(...) Robert Bresson est sans doute notre plus grand poète, il est notre seul dramaturge d'aujourd'hui."

Le voyage initiatique | J.M.G. LE CLÉZIO
LE MONDE | 07.07.1983
(Extraits)

Photo : Robert Bresson dirige Florence Delay, Procès de Jeanne d'Arc 1962

Photo : Robert Bresson dirige Florence Delay, Procès de Jeanne d'Arc 1962

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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