Jean-Luc Godard, à Robert Bresson : "J’ai l'impression que ce film, « Balthazar », répond chez vous à quelque chose de très ancien, quelque chose à quoi vous pensiez depuis peut-être quinze ans, et que tous les films que vous avez faits ensuite étaient faits en attendant. C'est pourquoi on a l'impression de retrouver dans « Balthazar » tous vos autres films. En fait : ce sont vos autres films qui préfiguraient celui-ci, comme s'ils en étaient des fragments".

Robert Bresson  : "J’y pensais depuis longtemps, mais sans y travailler. C'est-à-dire que j’y travaillais par bouffées, et c’était très dur. Je me fatiguais assez vite. C’était dur aussi du point de vue de la composition. Car je ne voulais pas faire un film à sketches, mais je voulais aussi que l’âne traverse un certain nombre de groupes humains — qui repré­sentent les vices de l'humanité. Il fallait donc que ces groupes humains s’imbriquent les uns dans les autres. Il fallait aussi, étant donné que la vie d’un âne est une vie très égale, très sereine, trouver un mouvement, une montée dramatique. Il fallait donc trouver un personnage qui serait parallèle à l’âne, et qui aurait, lui, ce mouvement ; qui donnerait au film cette montée dramatique qui lui était nécessaire. C’est à ce moment que j’ai pensé à une fille. A la fille perdue. Ou plutôt : à la fille qui se perd."

(Cahiers du cinéma n°178,
entretien de Robert Bresson avec Jean-Luc Godard et Michel Delahaye, mai 1966)

Robert Bresson, à Jean-Luc Godard, AU HASARD BALTHAZAR avec Anne Wiazemsky : L'âne et la fille qui se perd. Il fallait trouver un mouvement, une montée dramatique