ROBERT BRESSON

(...) Ce n’est pas en cherchant à plaquer une émotion, comme font les virtuoses. Voilà : les acteurs sont des virtuoses. Qui, au lieu de vous donner la chose exacte, pour que vous la ressentiez, vous plaquent leur émotion dessus pour vous dire : voilà comment il faut que vous ressentiez la chose !

JEAN-LUC GODARD

Oui. Il suffit de s'entendre sur les mots. Je veux dire : les acteurs sont peut-être, en effet, des virtuoses, mais pour moi ils représentent, disons : un certain genre de poésie, une fois qu'on les prend tels qu'ils sont, en tant que virtuoses. (...)

ROBERT BRESSON

Ce qu'il y a de bien, de toute façon, c'est que vous voyez le problème. Vous avez réfléchi sur le cas de l'acteur. Vous savez ce que c'est. C'est votre matière première. Bon... Et vous prenez les acteurs en tant qu'acteurs. C'est probablement un moyen qui vous sert, mais je ne peux plus, moi, je ne peux plus me servir de ça.

JEAN-LUC GODARD

Je veux dire que finalement, si je prends des acteurs, c'est une question de morale. Et c'est peut-être aussi un peu par lâcheté, parce que je trouve que le cinéma pourrit les gens, ceux qui ne sont pas préparés. Ainsi, tous les gens que j'ai connus, que j’aimais dans la vie, et qui ont fait du cinéma sans être acteur — et je pense aussi à Nicole Ladmiral — ce sont des gens qui ont mal fini. Ou les filles sont devenues putains, ou les garçons se sont suicidés... De toute façon, la moindre chose qui leur soit arrivée, c'est de devenir moins bien qu'ils n'étaient avant. Et même parfois, quand je fais jouer des acteurs... Un garçon comme Jean-Pierre Léaud, par exemple, dans mon dernier film, j'avais de la peine à le faire jouer, parce que je sentais... qu’il vivait trop, et que c'était quelque chose d’important pour lui, et j’avais un peu honte vis-à-vis de lui... Alors, n’est-ce pas une question de morale ?

 

(Extraits de
Entretien avec Robert Bresson,
par Jean-Luc Godard et Michel Delahaye,
Propos recueillis au magnétophone.
Cahiers du cinéma 178, mai 1966)

Godard à Bresson : si je prends des acteurs, c'est une question de morale. Parce que je trouve que le cinéma pourrit les gens, ceux qui ne sont pas préparés

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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