Cahiers du cinéma, à Michel Piccoli : "Vous avez fait alliance avec des gens de toutes catégories ?" 

Michel Piccoli : "... oui, on peut penser que je bouffe à tous les râteliers..." 

Cahiers du cinéma : "ça, c'est une morale d'acteur ?" 

Michel Piccoli : "C'est une morale d'acteur et je suis sûr que j'ai raison. Il faut toujours apprendre son métier : on ne sait jamais quand on tombe dans la constellation juste, alors il faut voyager. Lorsque j'ai fait des films avec des gens comme Ferreri ou Berlanga, qui n'étaient plus les films dignes et sages de Sautet, on a commencé à dire : "Cet artiste si distingué, dans quoi il va se vautrer !" Et Sautet lui-même, que j'aime énormément, au point qu'à un moment on a fait du mimétisme, m'a dit, à propos de ces films qu'il allait voir et qui le fascinaient : "Ce sont tes soupapes de sécurité". C'est beau, ça, surtout venant de Sautet... Il faut voyager comme ça, mais quand même avoir une ligne de conduite, ne pas se galvauder, avoir des phares, sinon, on devient une pâte molle, on devient de la merde. Sauf si on est un De Funès, qui est un acteur génial, qui a mis quarante ans à avoir du succès, qui s'est arrêté à une recette avant de crever, et qui s'est acheté un château. C'est un autre parcours." 

(Entretien réalisé par Alain Philippon et Serge Toubiana, 
Cahiers du cinéma n°390, décembre 1986, page 23, extrait)

Photos :

Michel PICCOLI : La Grande Bouffe (La grande abbuffata), un film de Marco Ferreri - 1973

Michel PICCOLI : Habemus Papam, un film de Nanni Moretti : Le Pape - 2011

Michel PICCOLI : La Grande Bouffe (La grande abbuffata) un film de Marco Ferreri - 1973
Michel PICCOLI - 2011 : Habemus Papam de Nanni Moretti : Le Pape