Martin Scorsese, Cape Fear (Les Nerfs à vif), film de commande pour Universal :

"J'ai essayé beaucoup de choses dans ce film. Certaines fonctionnent, d'autres pas. Le jeu de De Niro est excessif, c'était son intention et je la trouvais bonne. Il fallait faire oublier la première version [Cape Fear - Les Nerfs à vifs, 1962 de Jack Lee Thompson] qui est, d'une certaine manière, un modèle du genre. Dans le film de Jack Lee Thompson, Mitchum joue de façon très sobre, très retenue. Il fallait partir dans l'autre direction, pas seulement pour se différencier du premier film, mais aussi pour atteindre un autre état d'esprit, qui avait trait au religieux. L'idée de cet ange vengeur, de ce personnage qui paie pour ses péchés. La forme un peu opératique du film était dans le scénario de Wesley Strick. (...) Chaque scène avait quelque chose de particulier... On voulait montrer que le personnage de De Niro ne cessait de revenir, quoi qu'on lui fasse. (...) Je voulais qu'il soit comme un couteau. Avec ses tatouages sur le dos, son corps ressemble à une arme mortelle. Il ira jusqu'au bout, il sait qu'à la clef, il risque de se détruire, mais peu importe. Et d'une certaine manière il rend service au personnage de Nick Nolte parce qu'il lui ouvre les yeux, il le confronte à lui-même. Il ne pouvait plus vivre tant qu'il ne ferait pas face à Nolte. De Niro a eu l'idée de la séquence où il se cache sous la voiture en s'y accrochant. A partir de cette séquence, on est dans un autre film, plus dans la tradition du genre, du cinéma d'aujourd'hui. Il ressemble à Terminator. Mais pas uniquement d'un point de vue robotique, c'est quelque chose de moral... Un sentiment de culpabilité, et quand j'ai commencé à voir le sujet sous cet angle, j'ai transformé complètement le personnage de Max. (...) De tous mes films [jusqu'à 1996], c'est celui qui a rapporté le plus d'argent."

(Martin Scorsese : De Niro et moi, Cahiers du cinéma n°500, page 34, mars 1996)

Martin Scorsese : Cape Fear (Les Nerfs à vif) - Robert De Niro