Serge Grünberg, rencontre avec James G. Ballard, autour de Crash, de David Cronenberg, adapté de son roman. 

Serge Grünberg : "Je ne peux m'empêcher de lui faire valoir que Cronenberg est le meilleur représentant au cinéma de ce genre dramatique qui n'y a plus sa place : la tragédie. Mais le gentleman de Shangai se méprend et croit que j'insinue que le film est pessimiste. Il me répond donc dans des termes que j'ai souvent entendus dans la bouche du cinéaste".

James G. Ballard : "Pour moi, Crash - le roman et le film - a pour sujet la gratification, la satisfaction profonde d'un désir. A mes yeux, la seule chose qui élargisse le paysage du XXe siècle, c'est la psychopathologie, et cette psychopathologie se rit des diktats de la morale. Le narrateur et sa femme ont conquis cette immense liberté qui leur permet de jouer à leurs drôles de jeux sans se soucier des conséquences. La psychopathologie est devenue le moteur d'une grande partie de notre vie quotidienne. Le livre et le film se terminent sur une note d'exultation, de profonde satisfaction, d'accomplissement. Comme moi, Cronenberg est profondément optimiste. Mes personnages acceptent le risque d'une mort violente, ce qui paraît absurde, mais ils l'assument comme Cortez, comme un conquistador qui sent l'océan derrière des montagnes. Crash est filmé avec une énergie incroyable. 
Cronenberg a éliminé tout ce qui restait de la narrativité classique dans mon roman, et a permis aux personnages la découverte immédiate de leur moi profond. Dans le roman, le narrateur, devenu impuissant à la suite de son accident, parvient à se re-érotiser grâce aux prothèses qu'on lui pose sur le corps. Dans le film, c'est le caractère obsessionnel de sa recherche qui lui rend le désir. Il y a un élément hyperréaliste dans Crash, tout y est parfaitement réel, mais le monde extérieur est constamment subverti par les obsessions des personnages. Rien de naturaliste, donc. Même dans Psycho d'Hitchcock, le spectateur est censé croire à la réalité du motel ou de la maison sur la colline, mais dans Crash, absolument tout est soumis à la volonté d'une imagination psychopathologique. Je crois en cette liberté fondamentale qu'est le jeu avec notre psychopathologie. Dans le domaine de la poésie et de la fiction, nous pouvons explorer les domaines qui, en tant que citoyens, nous restent interdits. J'accepte les contraintes sociales, mais je prends le risque que Crash pousse quelqu'un à imiter les faits et gestes des personnages. C'est un danger qui est inhérent à l'activité artistique. La censure ne cesse de prendre prétexte de l'influence du cinéma, de la vidéo et de la télévision sur les criminels, pour tenter d'interdire certains spectacles."

Extrait de l'entretien réalisé à Cannes, mai 1996, Cahiers du Cinéma n° 504, juillet/août 1996, page 32. En Une : "Crash : un chef-d'oeuvre de Cronenberg". 

-> Autre extrait de l'entretien : Crash / Cronenberg / Ballard : La passion sexuelle, chez beaucoup de gens, se développe à un niveau intellectuel plutôt que physique. Tout a lieu dans la tête. Crash oublie toute la machinerie démodée des conventions dramatiques qui limite tant le medium

CRASH - CRONENBERG - THE END
CRASH - CRONENBERG - THE END

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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