Alain Bergala, Vérités et Mensonges - Le vrai, le faux, le factice (1983) : "(...) Elle est peut-être là, la différence : entre ceux qui aiment le faux pour le faux, et qui en viennent souvent très vite à aimer le toc et le factice, et ceux qui ont choisi d'entrer dans la spirale du faux comme leur façon à eux, vertigineuse, de tourner avec leur cinéma autour de la question de la vérité. Quand Welles, qui est sans doute le cinéaste vivant qui a joué le plus magistralement avec les puissances du faux au cinéma, ne cesse de répéter, de film en film et de déclaration en déclaration, qu'il ne saurait y avoir de dernier mot de la vérité, c'est pour dire du même coup que cette question de la vérité, autour de laquelle il tourne maintenant depuis plus de quarante ans, est sans doute la seule question qui l'ait véritablement hanté dans tous ses films (...). Les grands cinéastes du faux, ceux pour qui le travail de l'illusion est une nécessité esthétique et non une simple stratégie de séduction, sont sans doute ceux qui ont éprouvé le besoin impérieux de mettre en oeuvre les puissances du faux que leur apportait le cinéma pour tourner autour de la question de la vérité, de décor en décor, de masque en masque, sans espoir de jamais la toucher, mais fascinés et exaltés par sa trop vive lumière, bien loin du cynisme triste des manipulateurs d'illusions désabusés. (...)"

(Extrait de la page 8, Cahiers du Cinéma n°351, septembre 1983)

ROSEBUD - CITIZEN KANE - ORSON WELLES