Pascal Bonitzer, Une certaine tendance du cinéma américain (1986) :

"(...) il n'y a plus de metteur en scène aux Etats-Unis. Ce n'est pas, bien sûr, une pure et simple disparition. Quelque chose est venu à la place, quelque chose a remplacé la mise en scène, quelque chose qui depuis un moment exigeait sa suppression. Ce quelque chose, c'est, au sens le plus large, ce qu'on appelle les effets spéciaux. Il n'y a plus de mise en scène dans le cinéma américain, il n'y a plus que des effets spéciaux. Il n'y a plus de metteur en scène, il n'y a plus que des spécialistes d'effets. J'entends par là non seulement les trafiquages d'image en tous genres, non seulement les cascades toujours recommencées, mais même le jeu des comédiens, cet acting performant jusqu'à la nausée pour des scénarios tous fabriqués pareil à base de psychologie nulle et d'émotion mécanique (...). 
C'est là la malediction de l'époque des effets spéciaux : le "on peut montrer" se transforme automatiquement en "on doit montrer". Et ce qu'on montre, c'est toujours la même chose : la nudité, la boucherie, les changements à vue - l'ineffable quincaillerie pour crétins. "On doit montrer" veut dire que le metteur en scène, au point crucial où cette loi passe dans le réel, n'a plus rien à dire : il délègue ses pouvoirs aux techniciens, aux spécialistes, qui savent comment, image par image, on fait voir Nastassia Kinski se muer en panthère de bande dessinée. Misérable miracle."

(avril 1986, Cahiers du Cinéma n°382, extraits des pages 37 à 39)

LA FELINE - PAUL SCHRADER - NASTASSJA KINSKI : L'amour a fait d'elle une bête érotique