Gérard Depardieu : "Je te signale que Pialat, Sous le soleil de Satan, ça fait vingt ans qu'il y pense. Qu'importe la méthode avec laquelle il y va. Si on voit Bertrand Blier chez lui (comme l'a si bien montré Alain Cavalier dans son film-portrait pour Cinéma Cinémas) tout est rangé et il est devant sa page blanche. Chacun sa merde, c'est l'humilité avec ses souffrances. Maurice rêve depuis vingt-cinq ans au Soleil de Satan, et quand il voit son rêve se réaliser, oh panique, battement de coeur, tension ! ça, c'est de la cuisine, mais elle est toujours honnête. Et le cinéma de Veber est du cinéma d'auteur, au même titre que Carné-Prévert, ou que des belles choses qui ont été faites il y a longtemps ou qui se font aujourd'hui. 

Et c'est différent de ce que font les Américains, où il n'y a pas de chair : on sent trop que untel a été pris pour écrire ce genre de situations, un autre pour traiter de la marginalité, un autre pour autre chose, et ensuite on trouve un type qui sait faire l'assemblage, de la même façon qu'on traite les vins en les mélangeant : le Cabernet franc, le Cabernet-Sauvignon, le Merlot, et on traite l'ensemble pour trouver le bon millésime. Dans le cinéma américain, on sent trop cela, pas chez tous heureusement, pas chez les "européanisés". 

Tu sais comment on critique un film : c'est quand on commence à s'ennuyer, à voir les choses. Pendant un milliard de dizième de seconde, quelque chose passe dans ta tête qui commence à foutre la machine en l'air, alors on s'écoute, on voit l'ensemble après et on se dit, quand le temps a passé : "Tiens, merde, c'est ce qui m'a gêné qui m'attache le plus maintenant". C'est comme un souvenir d'enfance, où tu as pleuré les larmes de ton corps : quand tu t'en souviens, tu commences à en sourire, tu t'attaches."

(Gérard Depardieu, entretien avec Serge Toubiana, Cahiers du Cinéma n°390, extrait de la page 38, décembre 1986)

Gérard DEPARDIEU : Sous le Soleil de Satan - Maurice PIALAT