Ariane Labed, jeu et direction d'acteur | Qu’est ce que tu attends d’un réalisateur quand tu es sur le plateau ?

 

Vidéo : Ariane Labed - Le Grand Entretien (2013) - Sortie d'Usine

 

"Qu’est ce que tu attends d’un réalisateur quand tu es sur le plateau ?"

Ariane Labed : "Ce n’est pas tant pendant le tournage, c’est ce qui peut se passer avant… Je ne sais pas. Pendant une prise, je me sens tellement lâchée dans le vide, que si je n’ai pas ce rapport, ce regard bienveillant, et cette personne en qui je fais confiance absolument, je ne peux pas fonctionner. Sur un tournage je ne peux écouter personne d’autre que le réalisateur. Il y a toujours quelqu’un qui va venir te donner des conseils, te faire une réflexion, et j’ai horreur de ça. Je suis peut-être un peu absolue là-dedans, et je crois que ça vient de la danse classique, ce rapport au maître. Moi, c’est ce que j’attends d’un réalisateur. Qu’il prenne cette position-là et que je puisse lui faire absolument confiance. Et ça n’a rien à voir avec du charisme, ni avec de la tchatche. Tu le sens, même quand un réalisateur ne sait pas où il va, mais qu’il y va juste par intuition. J’aime savoir que je peux le suivre les yeux fermés. (...)

Mais ma façon d’aborder les rôles est beaucoup plus intuitive que psychologique, au théâtre comme au cinéma. Je n’ai jamais utilisé ou travaillé de méthode, comme la méthode de l’Actors’ Studio. C’est quelque chose qui m’est complètement étranger. Peut-être que c’est génial mais je ne m’y intéresse pas du tout, parce que j’ai un rapport physique au rôle. Et de façon générale, quand on a lu un scénario et que le rôle – qu’on sache ou non pourquoi – fait écho quelque part en nous, c’est le signe que quelque chose va éclore tout seul. Ça veut dire qu’on a une base en nous. N’importe qui, il y a pas besoin de talent pour ça. On peut lire un texte et être touché, et après ça peut devenir – cette chose qui s’est éveillée – une matière et un personnage, si on s’en sort bien. C’est assez abstrait ce que je dis, finalement c’est un truc assez intuitif. (...)

C’est quelque chose que je voudrais garder et suivre : construire des choses intérieures et ne pas les autoriser à sortir. J’aimerais bien continuer à travailler comme ça. J’exprime à travers du non-dit. L’expressivité passe par quelque chose d’intérieur, qui s’échappe par des détails, par un regard ou par une respiration, quelque chose qui ne serait pas explicatif. Et je préfère largement ce mode de jeu-là à des modes de jeu qui s’expliquent, qui expliquent eux-mêmes ce qu’ils sont en train de jouer ou de vivre ou de dire. Pour moi, c’est juste une charge émotive ou sensible que j’empêche de sortir. J’ai réalisé aussi que, avec Attenberg et Alps, j’ai travaillé avec des gens -c’est une chose que j’aime beaucoup- qui filment beaucoup l’écoute. Ils filment peut-être plus la personne qui écoute que la personne qui parle. Je pense que c’est aussi comme ça que ça apparaît."

Ariane Labed - Le Grand Entretien - Sortie d'Usine

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL