- David Cronenberg, vous avez une relation unique avec vos acteurs. Ils ne cessent de parler de la confiance qu'ils ont en vous. A quoi attribuez-vous cela ? 

David Cronenberg : "Pour Holly Hunter, par exemple, je savais qu'elle voulait jouer le rôle de Geneviève Bujold dans Dead Ringers. Tous mes acteurs vivent dans le système hollywoodien mais ils ont également envie de faire des films où ils seront compris et où ils pourront s'exprimer dans un contexte différent. Tous connaissent mon travail, comme Rosanna Arquette, et Elias Koteas qui avait refusé de jouer dans Naked Lunch et qui l'avait beaucoup regretté par la suite ; il s'en est excusé - il est tellement adorable ! Je crois qu'ils auraient tous accepté de jouer dans Crash sans en connaître le scénario. Il faut beaucoup de temps pour parvenir à cela, refuser beaucoup de compromissions."

- Dans votre direction d'acteur, vous semblez les amener à "sous-jouer", à éviter, comme nous le disons en français, de faire du cinéma...

David Cronenberg : "C'est une expression que je connais, on devrait d'ailleurs plutôt dire "faire du théâtre"... c'est un peu comme régler un carburateur, ça demande beaucoup de délicatesse et de patience. Mais effectivement, un des mots que j'emploie le plus souvent est "moins, un peu en-dessous" ! Une fois bien établi le protocole avec la star, l'ambiance est déjà créée. Les autres le sentent, aux répétitions. ça ne prend que deux jours. (...) Les bons acteurs ont des radars ; si le ton général est Joe Pesci, tout le monde fera du Joe Pesci... Après quelques jours de tournage, il n'est même plus nécessaire de parler, on est sur un autre plan, il s'agit de trouver de petites subtilités."

(Entretien avec David Cronenberg, réalisé par Serge Grünberg, à Cannes, le 20 mai 1996, Cahiers du Cinéma n°504, extraits, pages 29 et 30)

HOLLY HUNTER - CRASH - DAVID CRONENBERG