Alain Bergala :

"(...) Sans le magnétisme des corps qui s'attirent, se rapprochent, se rejettent, se cognent, s'agrippent, il n'y a plus de cinéma qui vaille pour Pialat. Ce dont il a impérativement besoin, pour chacun de ses plans, c'est que la caméra enregistre ces magnétismes, ces soumissions instantanées, la façon dont les êtres humains se "flairent" et se mesurent comme des animaux. Aussi bien dans l'étreinte amoureuse comme aboutissement de l'emprise muette qu'un corps humain exerce parfois dès l'abord sur un autre, que dans l'agrippement comme révolte sans espoir, tentative désespérée de nier la certitude que le mal a déjà accompli son oeuvre. Et Pialat sait bien qu'aucune "direction d'acteur", au sens misérable que l'on donne ordinairement à cette expression, ne saurait obtenir que ces champs d'attraction et de répulsion, ces redditions instantanées, ces emprises muettes, qui relèvent de la pure animalité des corps, ces tensions invisibles qui traversent l'intervalle entre les acteurs, s'inscrivent sur la pellicule, et que tout ceci, qui est la pierre de touche de son cinéma, passe avant le scénario, avant les dialogues, avant même la "mise en scène" entendue comme sage installation des plans. Il sait aussi que pour ce cinéma-là, le seul qui à ses yeux en vaille la peine, toute erreur de casting peut être fatale, comme elle l'était déjà aux yeux de Chaplin. Ce n'est pas un hasard si Gérard Depardieu est l'acteur pialatien par excellence, à cause de ce magnétisme animal qui emporte tout sur son passage, sa façon de rôder dans le plan, de jeter ses pattes sur les autres, de les soumettre par sa seule présence, et sa capacité à incarner dans le même temps la faiblesse de cette force. 

De tant de films où rien de plus ne s'inscrit jamais sur la pellicule que le scénario et sa gentille interprétation par des comédiens qui font leur travail, le cinéma de Pialat est l'antidote absolu et la mauvaise conscience. Rien d'étonnant à ce qu'il ait souvent été celui par qui le scandale arrive, pour secouer les hypocrisies d'un cinéma ambiant, résigné à accompagner mollement une époque faible. (...)"

(extrait de LA GRAPPE HUMAINE par Alain Bergala, Cahiers du Cinéma n°576, février 2003, numéro spécial PIALAT 1925-2003, pages 63-64)

SOUS LE SOLEIL DE SATAN - MAURICE PIALAT - GERARD DEPARDIEU - SANDRINE BONNAIRE
SOUS LE SOLEIL DE SATAN - MAURICE PIALAT - GERARD DEPARDIEU - SANDRINE BONNAIRE
Erika Linder / Galvan London 2018

 

Erika Linder

Galvan London 2018

"Erika Linder throws enough spiky, smoldering attitude at the screen to make her a compelling cipher; it’s a debut hopefully striking enough to command fuller, more testing roles." - VARIETY

 

Erika Linder / Galvan London 2018

 

Erika Linder
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