Dominique Besnehard, la direction d'acteur de Maurice Pialat :

"Sur ses tournages, on vivait dans l'angoisse que le film ne se termine pas. Tout paraissait très fragile, et même très inconfortable. Maurice n'a pas été aimé assez tôt, et en même temps il n'a jamais rien fait pour être aimé. Parfois on pouvait penser qu'il souhaitait que les choses n'aboutissent pas. (...) Il avait une dialectique très particulière, disant tout et son contraire. (...) Il avait l'air très seul, alors je suis allé lui parler. Il m'a dit : "Tiens, l'espion Berri", il m'appelait toujours comme ça. Puis m'a demandé sur quoi je bossais. Je venais de faire L'Entourloupe de Gérard Pirès. Il m'a dit : "Et ben, tu t'arranges pas ! T'enchaîne merde sur merde." (...) Il m'a proposé de faire un essai. Je suis tombé des nues. (...) Pour A nos amours, j'avais peur, le rôle était trop lourd, j'ai d'abord dit non. Il m'a dit que j'étais un médiocre, que je ne savais faire que le larbin pour les autres. Finalement, encouragé par Claude Sautet qui pensait que je ne pouvais pas passer à côté d'une telle expérience, j'ai dit oui. Sur le tournage (...), on avait un texte, il nous le faisait répéter, et ensuite on devait se l'approprier, l'enrichir de choses imprévues, jusqu'à ce que surgisse une vérité. Il savait comme personne quand surgissait la vérité. Il était vraiment très fort pour détourner les relations réelles entre les gens au profit du film, comme par exemple les rapports compliqués entre Evelyne Ker et Sandrine (Bonnaire). Dans le scénario qu'on tournait, le père devait mourir et la scène du repas final se déroulait après. Il a décidé de faire irruption, et on a dû improviser avec ça. Ce qui explique mon regard de sidération lorsqu'il arrive. Plus tard, lorsque je dis à Cyril Collard d'arrêter de toucher ma soeur en m'énervant, ça mettait aussi en jeu mon histoire personnelle avec Cyril et l'agacement que j'avais à le voir séduire tout le monde tout le temps. Maurice canalisait parfaitement ça (...). Je lui en ai un peu voulu de revenir dans cette scène de repas. Je m'étais fait à l'idée d'avoir le premier rôle masculin et il ne voulait pas me le laisser. En fait, il ne voulait pas mourir, et il ne voulait pas quitter Sandrine."

(extraits d'un entretien de Dominique Besnehard avec Jean-Marc Lalanne, entretien complet dans les Cahiers du Cinéma n°576, février 2003, numéro spécial PIALAT 1925-2003, page 39)

A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT - SCENE DU REPAS FINAL : LE RETOUR DU PERE
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT - SCENE DU REPAS FINAL : LE RETOUR DU PERE
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT - DOMINIQUE BESNEHARD - SANDRINE BONNAIRE - SCENE DU REPAS FINAL : LE RETOUR DU PERE
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT - DOMINIQUE BESNEHARD - SANDRINE BONNAIRE - SCENE DU REPAS FINAL : LE RETOUR DU PERE
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT
A NOS AMOURS - MAURICE PIALAT