Samuel Fuller : c'est le monde qui fait ce que vous êtes. Ce n'est pas vous qui faites ce monde. Le cerveau a son point de non-retour

"Fuller, comme Rossellini, rêvait de sauver le monde en filmant l'encyclopédie de l'humanité. (...)

Alors que les films de Rossellini voient en l'après-guerre une occasion de construire une "nouvelle réalité", ceux de Fuller se focalisent sur les collisions violentes au coeur desquelles l'homme et le monde se dissolvent en émotions. Où est la réalité ? "Je crois vraiment que c'est le monde qui fait ce que vous êtes. Ce n'est pas vous qui faites ce monde." (...)

Chaque film est une crise de l'énergie - marcher, poursuivre, courir - qui met les gens face à leur mort ou, pire, face à leur destin. Les lâches accusent les circonstances, les braves passent à l'attaque. Mais ces  odyssées recèlent peu de choix moraux. Les passions décident, pas la raison. Les gens changent lorsque changent les circonstances (ou leurs fantasmes sexuels). Le plaisir, le désir, la rage, la peur ne relèvent d'aucune moralité. Jekyll et Hyde sont la même personne. Dans Forty Guns, Barbara Stanwyck fait claquer son fouet, s'élance à travers les plaines, baise avec ses quarante fusils. Puis elle abandonne bottes, éperons, crime et pouvoir simplement parce qu'il fait bon se soumettre à un homme fort. Sa transformation n'est pas le fruit de sa volonté, mais un relâchement émotionnel. (...) 

"La plupart de mes personnages sont des anarchistes. Dans leur coeur, ils sont contre tout système." Aucun d'eux ne se rendra - sauf Thelma Ritter dans Pickup, qui a assez vécu pour se sentir fatiguée. (...)

Beaucoup meurent. Mais les rares survivants découvrent que leur volonté n'a jamais joué aucun rôle, que c'est autre chose qui les poussait. (...)

Ils sont "malades", dit Fuller. Ils deviennent fous par le seul fait d'exister. (...) "Je voulais rappeler que le cerveau a son point de non-retour", a dit Fuller." 

(...) "sa présence érotique est au coeur du monde de Fuller. Les femmes sont l'une des sources de la violence dans son cinéma névrotiquement centré sur les mâles, car elles séduisent et rejettent. Ce sont généralement des amazones ou des salopes que la force excite, à 1000 lieues de toute morale, et qui se font tabasser par des hommes dans une douzaine de films. La belle qui pousse son amant à assassiner Jesse James est révulsée non par le meurtrier mais par son sentiment de culpabilité. Celle de Forty Guns - inspirée de la première femme de Fuller - pousse aussi un amant à tuer. Puis, selon Fuller, "un jour, elle n'en veut plus. Et l'on entend le bruit de la plume. Elle lui signe un chèque. Elle s'est bien amusée au lit avec lui, maintenant, elle a oublié. Il n'était qu'un prostitué pour elle. Et il se pend." Les femmes de Fuller sont des white dogs."

(Tag Gallagher, Pourquoi tant de violence, Cahiers du cinéma n°561, octobre 2001, Le cinéma rattrapé par l'histoire, pages 62-64, extraits.)

Samuel Fuller : c'est le monde qui fait ce que vous êtes. Ce n'est pas vous qui faites ce monde. Le cerveau a son point de non-retour
Samuel Fuller : c'est le monde qui fait ce que vous êtes. Ce n'est pas vous qui faites ce monde. Le cerveau a son point de non-retour

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL