Gilles Deleuze, Cinéma 2, L'Image-Temps :

"C'est la grandeur de l'oeuvre de Cassavetes, avoir défait l'histoire, l'intrigue ou l'action, mais même l'espace, pour atteindre aux attitudes comme aux catégories qui mettent le temps dans le corps, autant que la pensée dans la vie. Quand Cassavetes dit que les personnages ne doivent pas venir de l'histoire ou de l'intrigue, mais l'histoire, être sécrétée par les personnages, il résume l'exigence d'un cinéma des corps : le personnage est réduit à ses propres attitudes corporelles, et ce qui doit en sortir, c'est le gestus, c'est-à-dire un "spectacle", une théâtralisation ou une dramatisation qui vaut pour toute intrigue. (...)

En règle générale, Cassavetes ne garde de l'espace que ce qui tient aux corps, il compose l'espace avec des morceaux déconnectés que seul un gestus relie. C'est l'enchaînement formel des attitudes qui remplace l'association des images. (...)

Cassavetes lui-même dit que la vie ne suffit pas : il faut un "spectacle", car seul le spectacle est création ; mais le spectacle doit émaner des personnages vivants, et non l'inverse."

Gilles Deleuze, Cinéma 2, L'Image-Temps,
Les Editions de Minuit,
extraits des pages 250-251

Deleuze : Cassavetes lui-même dit que la vie ne suffit pas : il faut un spectacle