"Gena Rowlands. Avec Gena Rowlands, on a le sentiment unique de tenir le cinéma par les deux bouts.

Elle est d'abord une actrice et un personnage du cinéma américain moderne (principalement dans les films de son mari John Cassavetes) : elle incarne à merveille les angoisses indicibles de l'Amérique contemporaine. La souffrance visible sur son visage n'est pas à chercher dans un quelconque temps fort de la fiction, elle est fréquentative, non narrative, quotidienne. Il n'y a ni passé obscur et tragique (elle n'est pas au sens classique du terme un personnage de tragédie) ni amour impossible ou interdit (elle n'est pas non plus un personnage de mélo) à l'origine de cette douleur.

Et pourtant ces marques du cinéma moderne (que l'on retrouve dans des personnages de femmes dans nombre de films américains sous une forme uniquement sociologique ou psychologique) s'inscrivent sur un corps qui vient du grand cinéma classique : sa taille, ses cheveux, la finesse de son visage, la magie qu'elle sait imprimer à un geste, lui garantissent les atouts d'une star d'autrefois. On l'imagine sans peine photographiée par James Hong Howe ou Lee Garmes qui n'auraient pas fait la différence entre elle et des actrices comme Lauren Bacall, Ann Sheridan ou Eva Marie Saint.

Ce double héritage est suffisamment rare pour faire d'elle l'une des meiilleures actrices mondiales du moment."

(Serge Le Péron,
Portraits pour treize acteurs,
Cahiers du cinéma "MADE IN USA", numéro spécial 337, juin 1982, page 72)

Gena Rowlands - La souffrance visible sur son visage n'est pas à chercher dans un quelconque temps fort de la fiction, elle est fréquentative, non narrative, quotidienne