Orson Welles : "Pour moi, presque tout ce qui est baptisé mise en scène est un vaste bluff. Au cinéma, il y a très peu de gens qui soient vraiment des metteurs en scène, et, parmi ceux-ci, il y en a très peu qui aient jamais l'occasion de mettre en scène. La seule mise en scène d'une réelle importance s'exerce au cours du montage. Il m'a fallu neuf mois pour monter Citizen Kane, six jours par semaine. Oui, j'ai monté les Amberson, en dépit du fait qu'il y avait des scènes dont je n'étais pas l'auteur, mais on modifia mon montage. Le montage de base est le mien, et, lorsqu'une scène du film tient, c'est parce que je l’ai montée. 
En d'autres termes, tout se passe comme si un homme peignait un tableau : il le termine et quelqu'un vient faire des retouches, mais il ne peut évidemment rajouter de la peinture sur toute la surface de la toile. 
J'ai travaillé des mois et des mois au montage des Amberson avant qu'on ne me l'arrache : tout ce travail est donc là, sur l'écran. 

Mais pour mon style, pour ma vision du cinéma, le montage n'est pas un aspect, c'est l'aspect. 

Mettre un film en scène est une invention de gens comme vous : ce n'est pas un art, tout au plus un art pendant une minute par jour. Cette minute est terriblement cruciale, mais elle n'arrive que très rarement. Le seul moment où l'on peut exercer un contrôle sur le film est le montage. Or, dans la salle de montage, je travaille très lentement, ce qui a toujours pour effet de déchaîner la colère des producteurs qui m'arrachent le film des mains. 
Je ne sais pas pourquoi cela me prend tellement de temps : je pourrais travailler éternellement au montage d'un film. 
En ce qui me concerne, le ruban de celluloïd s'exécute comme une partition musicale, et cette exécution est déterminée par le montage, de même qu'un chef d'orchestre interprétera un morceau de musique tout en rubato, un autre le jouera d'une façon très sèche et académique, un troisième sera très romantique, etc. 
Les images elles-mêmes ne sont pas suffisantes : elles sont très importantes, mais ne sont qu'images. L'essentiel est la durée de chaque image, ce qui suit chaque image : c'est toute l'éloquence du cinéma que l'on fabrique dans la salle de montage."

(Entretien avec Orson Welles, 
par André Bazin et Charles Bitsch, 
Cahiers du cinéma n°84, juin 1958)

Orson Welles : pour ma vision du cinéma, le montage n'est pas un aspect, c'est l'aspect. C'est toute l'éloquence du cinéma que l'on fabrique dans la salle de montage