Céline Sallette nous lit... Barthes, Joyce, Stanislavski, Louis de Funès, Hollywood
Extrait de France Culture : Je déballe ma bibliothèque - Emission de Marie Richeux

 

Céline Sallette dit un texte de Roland Barthes, puis évoque son expérience du travail de l'acteur. Audio et transcription.

 

I - ROLAND BARTHES

Roland Barthes, L'Inconnaissable - Fragments d'un discours amoureux :

"INCONNAISSABLE.

Efforts du sujet amoureux pour comprendre et définir l’être aimé « en soi », au titre de type caractériel, psychologique ou névrotique, indépendamment des données particulières du rapport amoureux.

1. Je suis pris dans cette contradiction : d’une part, je crois connaître l’autre mieux que quiconque et le lui affirme triomphalement (« Moi, je te connais. Il n’y a que moi qui te connaisse bien ! ») ; et, d’autre part, je suis souvent saisi de cette évidence : l’autre est impénétrable, introuvable, intraitable ; je ne puis l’ouvrir, remonter à son origine, défaire l’énigme. D’où vient-il ? Qui est-il ? Je m’épuise, je ne le saurai jamais.

(De tous ceux que j’avais connus, X... était à coup sûr le plus impénétrable. Cela venait de ce qu’on ne connaissait rien de son désir : connaître quelqu’un, n’est-ce pas seulement ceci : connaître son désir ? Je connaissais tout, immédiatement, des désirs de Y... : il m’apparaissait alors « cousu de fil blanc », et j’étais enclin à l’aimer non plus avec terreur, mais avec indulgence, comme une mère aime son enfant.)

Retournement : « Je n’arrive pas à te connaître » veut dire : « Je ne saurai jamais ce que tu penses vraiment de moi. » Je ne puis te déchiffrer, parce que je ne sais comment tu me déchiffres.

2. Se dépenser, se démener pour un objet impénétrable, c’est de la pure religion. Faire de l’autre une énigme insoluble dont ma vie dépend, c’est le consacrer comme dieu ; je n’arriverai jamais à défaire la question qu’il me pose, l’amoureux n’est pas OEdipe. Il ne me reste plus alors qu’à renverser mon ignorance en vérité. Il n’est pas vrai que plus on aime, mieux on comprend ; ce que l’action amoureuse obtient de moi, c’est seulement cette sagesse : que l’autre n’est pas à connaître ; son opacité n’est nullement l’écran d’un secret, mais plutôt une sorte d’évidence, en laquelle s’abolit le jeu de l’apparence et de l’être. Il me vient alors cette exaltation d’aimer à fond quelqu’un d’inconnu, et qui le reste à jamais : mouvement mystique : j’accède à la connaissance de l’inconnaissance.

3. Ou encore : au lieu de vouloir définir l’autre (« Qu’est-ce qu’il est ? »), je me tourne vers moi-même : « Qu’est-ce que je veux, moi qui veux te connaître ? » Qu’est-ce que cela donnerait, si je décidais de te définir comme une force, et non comme une personne ? Et si je me situais moi-même comme une autre force en face de ta force ? Cela donnerait ceci : mon autre se définirait seulement par la souffrance ou le plaisir qu’il me donne."

II - LE TRAVAIL DE L'ACTEUR

Céline Sallette :

"Ce que je trouve beau c'est l'ailleurs, l'autre, le chemin. Ce qui nous est étranger est merveilleux. Insondable, pas défini, pas fini. Par exemple je trouve que dans le travail de l'acteur, dans le fait de pouvoir... En tant que comédienne je peux m'approcher, je peux faire un chemin, je peux faire des chemins multiples en fait, vers des choses que je ne sais pas de moi. Souvent par exemple, dans les moments d'expériences fondatrices sur le plateau de théâtre en exercice, ou des choses que j'ai pu éprouver à la fac, au Conservatoire, dans les exercices d'apprentissage, même parfois sur les plateaux de cinéma, les moments merveilleux, les moments qui fondent la vie d'un acteur, c'est les moments où il se révèle à lui-même, c'est-à-dire où d'un coup tu éprouves l'expérience de découvrir quelque chose de toi, à l'instant, sur l'instant. C'est ce dont parle Novarina dans "Pour Louis de Funès" : hop, tu nais, tu découvres quelque chose de toi que tu ne savais pas du tout, que tu ignorais profondément, et je trouve ça merveilleux. ça veut dire que ça existe, pour le chemin qu'on a à faire ; ça existe pour l'autre, mais ça existe aussi pour toi. On est aussi des inconnus à soi-même. J'aime pas tellement dans la vie quand les gens me disent "je suis ci ou je suis ça", ou "je suis comme ça", ou "je changerai pas". Je suis pour le changement. C'est presque philosophique : profondément je crois qu'on n'est pas fini. C'est fondateur. Une fois qu'on sait que ça existe : c'est-à-dire qu'il y a des milliers de parties de soi qu'on n'a pas explorées encore... à la fois c'est comme une drogue, hop, quand c'est des choses qui arrivent, on veut absolument les revivre un jour, même si on sait que ça nous échappe. Le propre du travail d'acteur c'est que ça nous échappe : on est traversé, c'est pas une chose qui vient de notre volonté, notre propre. Mais c'est très beau, parce que ça construit, ça fait qu'on sait que c'est là. C'est ça qui est merveilleux dans la vie : se découvrir, se transformer, pas savoir qui on est vraiment. Savoir qu'on ne sait pas qui on est. C'est magnifique. C'est très très beau, c'est vrai je vous jure... Vivre avec ça, c'est très beau, parce que ça veut dire qu'on se laisse la possibilité de ne pas s'enfermer dans une chose, et même aussi de se tromper, de se dire qu'on a été bête, et aussi reconnaître : vivre et pouvoir se regarder... Je crois beaucoup à cela. C'est des choses dont on manque dans la vie en général."

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"Les uns recherchent les femmes pour en jouir et puis penser librement à autre chose. Et ainsi ils sont portés à désirer d'en changer. D'autres ont une femme comme on a des pantoufles, confortablement les mêmes. Mais peu, infiniment peu, désirent dans la femme un être vivant, toujours plein de découvertes et d'attraits, un petit monde, qui possédé d'aussi près que possible, garde encore un infini d'obscurités et d'intimités. 
Ceux-là font les véritables amants. Mais rarissimes, et ceux qui pourraient l'être tombent sur des femmes qui ont précisément la nature des hommes dont je parlais d'abord."  (Paul Valéry, Cahiers Eros, Pléiade, Cahiers II, page 412)

"C'était cet inconnu qui faisait le fond de mon amour." (Marcel Proust)

CELINE SALLETTE : GERONIMO - TONY GATLIF - 2014

 

 

Agence Film Talents : Anaïs PARELLO | Démo comédienne

 

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Sarah-Sofie BOUSSNINA

 

Prochainement au cinéma : Sarah-Sofie BOUSSNINA | Mary Magdalene | Garth Davis

 

Sarah-Sofie BOUSSNINA

 

Sarah-Sofie BOUSSNINA

 

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Louise Chevillotte - L'Amant d'un Jour | Philippe Garrel

 

Au cinéma : Louise Chevillotte | L'Amant d'un Jour | Philippe Garrel

 

 

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