Jean Sémolué, Bresson :

"Dans L'Argent plus encore que dans Balthazar, on va, semble-t-il, "au hasard". "La vie est presque entièrement faite de hasards", déclare d'ailleurs Bresson à  propos de son film. La diversité de lieux hétérogènes (...) retient moins que le passage perpétuel d'un lieu à  un autre. La forme du passage prend une valeur en elle-même. Dans L'Argent, aboutissement exemplaire, Bresson ne s'accorde aucune harmonie préétablie. Aucun de ses films, même Balthazar, ne rassemble autant d'êtres différents, par leur âge, leur caractère, leur profession, leur éthique; aucun ne réunit des lieux et des objets aussi peu disposés à  jouer ensemble; et aucun ne transforme davantage le morcelé en continu, le dissonant en concertant. (...) Le va-et-vient devient processus, crée une attente : il doit arriver quelque chose. (...) L'assassin ne sait pas quelle vétille a donné naissance aux catastrophes qui l'ont frappé.

- "Tu attends."
- "C'est tout ?"
- "C'est tout."

... "Le mal déboule, vertigineux. Pour une petite faute - passer un faux billet, qu'est-ce pour des enfants ? - le démon surgit." (Robert Bresson)

L'argent s'installe et circule dans les images du film comme dans notre vie. Moyen de communication dont les hommes civilisés ne peuvent se passer, il renforce entre eux l'incommunicabilité. Il ouvre la voie, mais il barre le chemin. Il ferme visages et coeurs. Il fait de qui le touche un obsédé, un malade, un fou. (...) L'argent l'a perdu ; il va perdre les autres, pour l'argent. (...) La phrase finale d'Yvon rappelle l'aveu de Raskolnikov: "C'est moi qui ai tué, à  coups de hache, pour les voler, la vieille femme de fonctionnaire et sa soeur Lisaveta." (...) Ce qu'écrit Hector Bianciotti dans Sans la miséricorde du Christ : "Nous ne savons pas pourquoi nous agissons ; la vie se sert de nous pour faire des échanges qui nous dépassent"."

extraits de Jean Sémolué, Bresson ou L'acte pur des métamorphoses, Flammarion

Jean Sémolué, Bresson ou L'acte pur des métamorphoses, Flammarion
Robert Bresson - L'ARGENT (Affiche du film) : La vie est presque entièrement faite de hasards. Le mal déboule, vertigineux. Pour une petite faute - le démon surgit
Robert Bresson - L'ARGENT (Affiche du film - SAVIGNAC)

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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