Martin Scorsese : Qu'est-ce qu'un metteur en scène indépendant ?

"J'ai montré à John (Cassavetes) un bout-à-bout de deux heures. Il m'a fait venir à son bureau, m'a regardé et m'a dit :

"Marty, tu viens de passer un an de ta vie à fabriquer ce tas de merde. C'est un film correct, mais ne te fais pas bouffer par ce genre de cinéma - essaye de faire un film personnel."

Cela faisait quelque temps que je jouais avec l'idée de devenir un metteur en scène hollywoodien de la vieille école qui réaliserait des films de genre, mais j'ai compris plus tard que l'influence des films européens sur moi avait été trop forte et que je n'avais plus le choix. Je me retrouvais un peu au milieu, position que John acceptait et qu'il m'aida à accepter.

Il me demanda si j'avais un scénario que je mourais d'envie de tourner. Je lui dis : "Oui, mais il faudrait le réécrire". J'ai donc réécrit ce scénario qui devint Mean Streets.

Quand j'entends l'expression "cinéaste indépendant", je pense tout de suite à John Cassavetes. Il a été sûrement le plus indépendant de tous les metteurs en scène. Il a été et reste pour moi un guide et un maître : sans son soutien et ses conseils, je ne sais pas ce que je serais devenu dans le monde du cinéma.

La question "Qu'est-ce qu'un metteur en scène indépendant ?" n'a rien à voir avec le fait d'être dans ou hors de l'industrie hollywoodienne. Le seul problème intéressant est celui de la détermination et de la force ; il faut avoir la passion de dire quelque chose de si fort que rien ni personne ne vous arrêtera.

Chaque fois que je rencontre un jeune réalisateur avide de conseils, je lui dis de méditer sur la vie et la carrière de John Cassavetes. Son exemple est une source de très grande force.

C'est grâce à John que j'ai réellement compris qu'on pouvait FAIRE un film, ce qui en soi est une idée folle, puisque c'est une entreprise énorme, dont on ne comprend la dimension que lorsqu'on y est plongé... mais alors, il est trop tard.

John était une force de la nature.Il a dit un jour : "On n'a peur de rien ni de personne quand on veut faire un film" !

C'est aussi simple que cela. Il faut être aussi coriace qu'il l'a été."

(Martin Scorsese,
Cahiers du cinéma n°500,
numéro spécial dirigé par Martin Scorsese, mars 1996, extraits)

JOHN CASSAVETES

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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