Martin Scorsese :

"Tarantino est différent de notre génération. Paul Schrader a dit quelque chose de marrant à ce propos, il faut un peu connaître l'univers des talk-shows de la télévision américaine : d'un côté, Johnny Carson, qui est un peu le classique ; et le nouveau, David Letterman, différent, très à la mode, qui tourne tout à la dérision, la société, les gens célèbres, la télévision, de manière très satirique. Carson est plus authentique. Donc, Schrader a dit : "Tarantino est à Scorsese ce que Letterman est à Carson".

Ce qui signifie qu'aujourd'hui, le héros ironique est "in", tandis que le héros existentiel serait "out". Nous sommes finis, m'a dit un jour Schrader. Je m'en fiche. Je ne savais pas que les personnages que nous avons créés étaient des héros existentiels. Je n'ai jamais pris de cours de philosophie. J'ai toujours cru aux sentiments de ces personnages, je m'y prendrais de la même façon, peu importe qu'il soit à la mode ou ironique. Je continuerai de faire des films avec des personnages auxquels je crois.

Chez Tarantino, le personnage est ironique, et non existentiel. Je ne sais pas si c'est très nouveau d'ailleurs. J'ai l'impression que Godard faisait ça dans ses premiers films.

Les studios d'aujourd'hui attendent un nouveau "Pulp Fiction". Ce sont les mêmes d'ailleurs qui sont passés à côté de "Pulp Fiction" ! Schrader dit que, même s'il leur apportait le nouveau "Pulp Fiction", les patrons de studios seraient incapables de le reconnaître, étant donné qu'il n'en avaient déjà pas été capables avec le premier..."

(Cahiers du cinéma n°500, numéro spécial dirigé par Martin Scorsese, mars 1996,
"Notre génération",
Propos de Martin Scorsese recueillis par Thierry Jousse et Nicolas Saada, à Londres le 3 février 1996)

Martin Scorsese : Tarantino et moi. Aujourd'hui, le héros ironique est in, tandis que le héros existentiel serait out