François Truffaut :

"Un auteur dramatique disait : "Tous les genres sont permis, sauf le genre ennuyeux."

J'accepterais volontiers cette définition, à condition de se mettre d'accord sur ce qui est ennuyeux, ce qui est impossible.

Le danger qui nous guette lorsque nous accordons une interview au cours de laquelle nous définissons notre travail, c'est de se livrer à des déclarations péremptoires et définitives qui sont encore pires que des justifications.

En affirmant : "Le cinéma, c'est ceci ou cela et seulement ceci ou cela", on sous-entend sournoisement qu'on est un type formidable  et que tous les autres sont des cloches.

Nous sommes menacés par notre propre intolérance, notre jalousie, notre inacceptation des autres et je crois que nous devons lutter contre cette tendance qui est en nous.

Quand on est un cinglé de cinéma, on aime en bloc tous ceux qui constituent cette famille, sans se douter un seul instant qu'il s'agit de la famille d'Oreste et d'Agamemnon!

Robert Bresson dans ses films refuse de faire tourner des acteurs professionnels, il a raison, pour lui.

Alfred Hitchcock refuse de tourner des westerns ou des films d'époque, il a raison, pour lui.

Jean-Luc Godard ne veut plus tourner des films produits et consommés par une société dont il souhaite la destruction, il a raison, pour lui.

Ingmar Bergman ne veut pas tourner de films en dehors de son pays la Suède, il a raison, pour lui.

Luis Bunuel ne veut plus mettre de musique dans ses films, il a raison, pour lui.

Roberto Rossellini ne veut plus tourner que des films éducatifs, il a raison, pour lui.

Howard Hawks entend toujours placer sa caméra "à la hauteur de l'oeil humain", il a raison, pour lui.

Ces cinéastes sont parmi les plus grands du monde. Ils sont tous de grands cinéastes parce que les films qu'ils tournent leur ressemblent, qu'ils expriment à la fois leurs idées sur la vie et leur idée du cinéma et que ces idées sont fortes et fortement présentées".

François TruffautEsquire, 1969 (Le plaisir des yeux)

Photos : Jean-Luc Godard et François Truffaut

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Le point de vue du metteur en scène, par Sidney Lumet :

"Le danger qui menace les gens qui écrivent sur leur travail est que le lecteur puisse bâtir un système à partir de leurs déclarations.

Je ne connais pas de système pour mettre en scène. Je ne connais pas de bonne ou de mauvaise méthode de mise en scène, pas plus qu'il n'y a de bonne ou de mauvaise méthode dans n'importe quelle autre forme d'art.

Le maximum qu'on puisse attendre de la lecture des opinions d'autrui et de sa façon d'aborder le travail est de les trouver intéressantes, stimulantes, quelque chose qu'on absorbe, digère, rejette ou assimile selon le besoin du lecteur.

On doit bien comprendre que travailler dans le monde du spectacle est une affaire purement individuelle. C'est ce qui le rend passionnant. C'est ce qui en fait la magie.

[...] Mais ce sur quoi je veux insister encore et encore, c'est que les questions et idées que cet article provoquera peut-être en vous, trouveront leur réponse dans votre propre travail, dans vos propres méthodes, dans votre propre façon de procéder. Nulle lecture, nulle théorie, nulle discussion, ne vous fournira jamais la réponse désirée. Seul le travail lui-même vous l'apportera.

Ce qui compte c'est votre point de vue à vous."

(Le point de vue du metteur en scène, par Sidney Lumet,
Cahiers du cinéma n°94, avril 1959,
Fragment 626 page 239 de "Passage du cinéma 4992")

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Paul Valéry

"Dans les arts, les théories ne valent pas grand'chose... Mais c'est une calomnie. La vérité est qu'elles n'ont point de valeur universelle. Ce sont des théories pour un. Utiles à un. Faites à lui, et pour lui, et par lui. Il manque, à la critique, qui les détruit facilement, la connaissance des besoins et des penchants de l'individu ; et il manque à la théorie même de déclarer qu'elle n'est pas vraie en général, mais vraie pour X dont elle est l'instrument. 
On critique un outil sans savoir qu'il sert à un homme auquel il manque un doigt, ou bien qui en a six." 

(Paul Valéry, Tel Quel, Rhumbs, Pléiade, Oeuvres II, p.638) 

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Louis Jouvet :

"C'est à cela que j'arrive, et je fais en même temps cette découverte que c'est un métier qui n'exige aucune pensée, aucune idée et que tout ce qu'on peut écrire et tout ce qu'on a écrit - je l'ai lu - est inutile et vain, que c'est amusement, mirage, et que l'explication ne sera jamais vraie que pour exciter les autres à en chercher une nouvelle."

(Louis Jouvet, 1940 ?,
Le comédien désincarné, Flammarion, page 249)

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Yoshi Oida :

"Dans ce livre, je me réfère beaucoup à ce que différentes personnes ont pu dire. Mais il ne faudrait pas se contenter d'accepter tout ce qui est écrit ici sans mise en question. En fait, si l'on croit chaque mot lu, il vaut mieux ne pas lire du tout."

(Yoshi Oida, L'acteur invisible, Actes Sud, page 162)

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Federico Fellini :

"Quelle chose embarrassante que de s'entendre répéter ce qu'on a dit Dieu sait quand et Dieu sait pourquoi !"

"Je suis paresseux avec les journalistes, réfractaire à leurs questions. Pourquoi parler ? ça me paraît inopportun. Non seulement en raison du côté privé de la chose, mais à cause de l'inutilité de l'opération, qui devient facilement pour l'auteur des ragots ridicules et présomptueux."

(Federico Fellini, entretien, 
in Le Cinéma italien parle, Aldo Tassone, 
Editions Edilig, pages 108 et 107)

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Cf Marcel Proust : "Car les théories et les écoles, comme les microbes et les globules, s'entre-dévorent et assurent, par leur lutte, la continuité de la vie".

Jean-Luc Godard - François Truffaut
Jean-Luc Godard - François Truffaut
FRANCOIS TRUFFAUT - LA NUIT AMERICAINE
Louis Jouvet : l'explication ne sera jamais vraie que pour exciter les autres à en chercher une nouvelle
Yoshi Oida, L'acteur invisible : si l'on croit chaque mot lu, il vaut mieux ne pas lire du tout

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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