- Pourquoi avez-vous choisi Lucia Bosè comme héroïne ? 

MICHELANGELO ANTONIONI : - "Parce qu'il y avait une histoire entre elle et moi. Elle avait 19 ans, elle était merveilleuse. On ne pouvait pas ne pas tomber amoureux d'elle. Un soir, à Rome, à une fête intellectuelle, mondaine, chez Flora Volpini, je remarquai sa timidité de Miss Italia à peine promue actrice dans "Non c'è pace tra gli ulivi" de De Santis. Je n'avais jamais vu une femme aussi belle et aussi passionnante. Je n'ai jamais subordonné mon travail à mes histoires personnelles, mais pour le film, j'ai toujours pensé à elle. Dans le bout d'essai, elle révéla un air sombre et troublant, tout à fait juste. Et quand, avec Fausto Sarli, nous avons commencé à lui mettre des robes de grand couturier et des vrais bijoux, la petite jeune fille s'est transformée en une femme splendide. Elle était pleine de charme, intelligente, vivace, joyeuse. Qu'est-ce qu'elle a reçu comme tartes, la pauvre Lucia, pour la dernière scène. Le film se concluait sur son image, meurtrie et en sanglots, adossée à un portail. Mais elle était toujours contente. Elle n'avait pas assez de métier pour feindre le désespoir : ce n'était pas une actrice. Pour obtenir le résultat que je voulais, j'ai dû recourir à la violence, psychologique et physique. Des insultes, des phrases pour la vexer, des humiliations et des gifles brutales. A la fin, elle perdit la tête et elle s'est mise à pleurer comme une toute petite fille : elle joua très bien son rôle."

Michelangelo Antonioni. 
Le cinéma et moi, les femmes et moi
par Lietta Tornabuoni,
"Corriere della sera", Milan, 12 février 1978, 
in Cher Antonioni...,
Projet culturel pour la récupération, la restauration, la conservation et la diffusion multimédias de l'oeuvre de Michelangelo Antonioni, 
Editions E.A.G.C.  Ente Autonomo Gestione Cinema, page 80
sous le patronage du Ministero del Turismo E Dello Spettacolo, 1988

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Cf Michelangelo Antonioni, direction d'acteur :

"Seul le geste importe pour moi; en lui se résume tout le jeu de l'acteur; je choisis donc des interprètes qui ont une grande mobilité d'expression, ainsi que beaucoup de souplesse et de docilité, et les dirige uniquement de l'extérieur, par des indications de gestes et d'attitudes. C'est ainsi que, loin de faire appel au métier de Massimo Girotti, j'ai sans cesse lutté contre son expérience de comédien, et, m'efforçant de retrouver l'homme brut, le déconcertais volontairement par mon refus de toute explication sur les indications de jeu que je lui dictais, pour qu'il incarne plus parfaitement son rôle d'homme désemparé. Je n'ai de même fait nul appel à l'intelligence de Lucia Bosè, et l'ai dirigée comme une marionnette."

(Gazette du cinéma n°4, octobre 1950 - Film Chronique d'un amour.
-- Fragment 60 page 34, Passage du cinéma 4992 --)

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Aldo Tassone défend la direction d'Antonioni :

"Le mérite d'avoir inventé une vamp italienne revient davantage au metteur en scène qu'à l'interprète. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer le personnage de Paola (dans Chronique d'un amour d'Antonioni) à celui (maniéré et extérieur) qu'interprète Lucia Bosè dans Pâques sanglantes de Giuseppe De Santis (1949). En se servant d'elle comme d'un matériau, de gré ou de force ("J'ai dû la gifler plusieurs fois", a-t-il avoué), Antonioni parvient à métamorphoser l'ex-miss Italie en une actrice authentique, capable par moments de rivaliser avec une Louise Brooks."

(Aldo Tassone, Antonioni, Cinémas Flammarion, 142)

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Sophie Proust à Matthias Langhoff : "Pensez-vous qu'il faille pousser l'acteur à bout lors des répétitions, aller jusqu'à le faire craquer comme on dit, afin qu'il parvienne ensuite à communiquer le plus clairement possible les sentiments de son personnage ?"

Matthias Langhoff : "Autrefois, j'ai pensé ça, quand j'étais encore trop jeune, trop intéressé par ma personne, trop méfiant peut-être aussi, je pensais ça ; aujourd'hui, plus du tout. Cela ne procure aucun résultat de faire craquer quelqu'un, hormis d'avoir fait craquer quelqu'un !"

Entretien avec Matthias Langhoff, Fontenay-sous-Bois, 4 juillet 1996,
in Sophie Proust, La Direction d'acteurs dans la mise en scène théâtrale contemporaine,
Les voies de l'acteur, L'Entretemps éditions, page 444

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Vidéo : PÂQUES SANGLANTES - Giuseppe De Santis, 1950

Premier film de Lucia Bosè (Miss Italia 1947), avant "Chronique d'un amour", d'Antonioni

« De Santis développe une morale de l'amour fou qui est celle du surréalisme. Il se refuse à séparer l'engagement politique et l'érotisme libérateur. » (Raymond Borde et André Bouissy, Le néo-réalisme italien)

"Si Pâques sanglantes est une illustration un peu simplette de la lutte des classes en milieu rural, c'est aussi, heureusement, une oeuvre d'un lyrisme fiévreux où la communauté villageoise joue un rôle comparable au choeur de la tragédie antique. Avec quelques moments de réelle sensualité : ainsi la scène où la fiancée du berger (Lucia Bosè) se lance dans une danse frénétique pour détourner l'attention des carabiniers." (Joshka Schidlow, Télérama)

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Photos :

- Lucia Bosè et Massimo Girotti : Cronaca di un amore, Michelangelo Antonioni, 1950

- Lucia Bosé : Non c'è pace tra gli ulivi (Pâques sanglantes), Giuseppe De Santis, 1950

- Lucía Bosé, La Settimana INCOM, 9 settembre 1950

- Lucia Bosè, 1949

LUCIA BOSE 1950 MICHELANGELO ANTONIONI
LUCIA BOSE 1950 MICHELANGELO ANTONIONI
LUCIA BOSE 1950 MICHELANGELO ANTONIONI
Lucia Bosé : Non c'è pace tra gli ulivi (Pâques sanglantes), Giuseppe De Santis, 1950
Lucia Bosé : Non c'è pace tra gli ulivi (Pâques sanglantes), Giuseppe De Santis, 1950
Lucia Bosé : Non c'è pace tra gli ulivi, Giuseppe De Santis, 1950
Lucía Bosé, La Settimana INCOM, 9 settembre 1950
Lucia Bosè 1949
Antonioni : Lucia Bosè n'était pas une actrice. Pour obtenir le résultat que je voulais, j'ai dû recourir à la violence

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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